[Critique] Florence + the Machine: Lungs (2009)

image pochette florence and the machine lungsDécouverte inattendue

J’ai découvert cette artiste par hasard sur Last.fm en décembre dernier. Le site musical venait d’inaugurer une série de sessions live acoustiques  rendues disponibles par le biais de You Tube et c’est en visionnant celle consacrée à Tori Amos que je suis tombée sur cette vidéo de la chanson « Cosmic Love ». J’ai été attirée par ce nom de groupe étrange et ai été très impressionnée par la présence et la puissance vocale de la chanteuse Florence Welsh. Pour ne rien gâcher, la chanson est géniale et j’ai adoré ce rock à l’énergie démente, très loin des excès grotesques récents de Muse se prenant pour Queen et autres groupes de rock FM qui inondent nos ondes. Il y a un côté rock 60’s, matiné de soul dans la musique de Florence + the Machine, le tout bien déjanté sur les bords et je me demande comment j’ai pu attendre cinq mois avant d’écouter leur premier album, Lungs, sorti en juillet 2009 chez Universal Music.

Coup d’essai, coup de maître

Un album enivrant et galvanisant dès sa chanson d’ouverture « Dog Days are Over » et qui se fait toujours plus enthousiasmant à chaque nouveau titre écoulé. Florence Welsh  fait preuve d’une assurance et d’une maîtrise (on pourrait aussi et surtout parler d’abandon) rares pour un premier album, rejoignant ainsi le panthéon des artistes qui ont fait de leur coup d’essai un coup de maître : l’album éponyme des Doors, I Got Dem Ol’ Kozmic Blues Again, Mama de Janis Joplin, Little Earthquakes de Tori Amos, Grace de Jeff Buckley, etc. Oscillant entre rock 60’s emprunt d’esprit Motown et pop psychédélique à mi-chemin entre Kate Bush, Björk, Bat for Lashes et Tori Amos période From the Choirgirl Hotel  elle a définitivement son propre style et une présence qu’on sent magnétique à la seule écoute de l’album. Sa voix, d’une puissance impressionnante, fait un peu penser à celle d’une Sarah McLachlan sous acide qui aurait troqué ses tendances à la minauderie contre l’énergie vociférante d’Amy Winehouse.

Chœurs et percussions

image florence and the machine lungs luneChaque morceau possède une rythmique et des arrangements audacieux et impeccables et l’harmonie est parfaite entre la voix de Florence et les diverses orchestrations qui se superposent pour aboutir à un climax grandiose. Il faut d’ailleurs ici attribuer une mention toute particulière aux percussions et aux chœurs omniprésents qui transcendent chaque morceau, les morceaux en question étant bien souvent bâtis autour de ces deux éléments majeurs. Des chœurs réussis sont assez rares aujourd’hui pour qu’on les remarque (à l’exception de ceux, géniaux, d’Arcade Fire) et nous pouvons espérer que l’écoute de Lungs inspirera positivement les artistes (parfois par ailleurs très bons) qui sont malheureusement spécialistes des backing vocals allant d’irritants à grandiloquents utilisés dans le seul but d’habiller l’espace. Cette maîtrise rappelle celle de Kate Bush, spécialiste des arrangements baroques grandioses sur des titres comme « Cloudbusting » ou «Rocket’s Tail » et je suis curieuse de voir jusqu’où elle ira dans ces expérimentations.

Le piano (dont elle dit qu’elle ne sait pas vraiment jouer) est souvent simple et discret mais il donne véritablement texture, caractère et rythme aux chansons. On trouve également une utilisation surprenante de la harpe dans cet univers rock assez brut, mais aussi du violon, de la batterie bien entendu, des boîtes à rythme et beaucoup d’autre choses pour un son rafraîchissant. Les paroles parlent toutes de relations amoureuses compliquées mais de manière complètement décalée, avec une imagerie très gothique qui emprunte un certain nombre de références aux contes de fées (autre point commun avec Kate Bush et Bat for Lashes) comme dans « Rabbit Heart (Raise It Up) » qui fait davantage clin d’œil à Alice aux pays des merveilles version Matrix que version Disney. Quant à la chanson « Kiss with a Fist », il s’agit d’une ode burlesque au bonheur domestique d’un couple qui s’aime à grands coups réciproques. Des paroles qui, tout comme les prestations vocales de la chanteuse, témoignent d’un caractère entier et singulier qui refuse l’auto-apitoiement.

Découverte majeure de l’année 2009, Florence + the Machine frappe un grand coup avec Lungs, véritable régal pour mélomanes rock-addicts qui supporte très bien des écoutes répétées. Couronnée par les critiques du monde entier et rassemblant déjà une foule de fidèles, gageons qu’elle étendra encore davantage son public et s’établira rapidement comme une des artistes majeures des années 2000. Parmi les joyaux de ce premier opus, citons le single « Rabbit Heart (Raise it Up) », « I’m Not Calling You a Liar », « Cosmic Love »… Elle sera en concert  à l’Olympia le 16 juin 2010.

Voici quelques chansons en vidéo (clips et live) :

Les deux clips (très réussis) pour « Dog Days are Over »

 

La version acoustique de « Cosmic Love » qui m’a fait découvrir l’artiste:

et le clip de la même chanson:

 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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