image couverture comic strip nemi lise myhre milady1er recueil en français du comic strip norvégien

J’ai entendu parler pour la première fois de Nemi, ce comic strip norvégien très connu dans son pays ainsi qu’en Angleterre, il y a environ deux ans sur un site consacré à la chanteuse Tori Amos. Le deuxième recueil de la bande-dessinée venait d’être publié en Grande-Bretagne et la chanteuse, qui fait partie des artistes préférées de l’héroïne de Lise Myhre, avait signé la préface. Je m’étais promis de guetter une éventuelle sortie française car je sais que Tori Amos n’écrit pas de préface pour n’importe qui et la plus grande découverte en matière de comics que j’ai fait grâce à elle n’est autre que Neil Gaiman (Sandman), rien de moins!

J’ai donc sauté sur l’occasion il y a quelques mois lorsque j’ai vu la BD à la Fnac. J’ai beaucoup aimé, bien que j’ai de prime abord été déroutée par le fait qu’il s’agisse d’un comic strip, ce que j’ignorais. Du coup, j’ai commencé à lire le livre normalement, jusqu’à ce que je m’aperçoive (au bout de 2 pages), qu’il y avait un petit problème de continuité… Je ne suis pas habituée du tout à ce genre, que je n’avais jamais eu l’occasion de lire il me semble et le fait de devoir suivre de toutes petites anecdotes de 1 à 4 cases sur une ligne m’a demandé un petit temps d’adaptation. Ce type de bande dessinée ne se lit pas comme on lirait une BD traditionnelle, donc c’est quelque chose de totalement différent en terme de développement des personnages et de l’intrigue.

Nemi est publié depuis 1997 dans divers quotidiens norvégiens et dans la version anglaise du journal gratuit Metro (on peut d’ailleurs retrouver les différents strips de la semaine sur leur site web ). L’avantage de la parution quotidienne est que l’auteur peut établir des parallèles avec l’actualité, ce que l’on perd forcément dans un recueil. J’ai néanmoins beaucoup apprécié le comic strip de Lise Myhre.

Une héroïne gothique rebelle

nemi-lise-myhre-jackNemi Montoya (en hommage à Princess Bride) est une jeune femme gothique d’une vingtaine d’années qui ne jure par le rock et le métal en particulier, boit, jure comme un charretier et dit tout ce qu’elle pense. La radio FM, les grenouilles de bénitier ou encore les personnes portant de la fourrure font partie de ses bêtes noires et cette rebelle se montre souvent sarcastique voire cruelle dans ses réflexions.

Beaucoup de gens ont souligné que cette « héroïne » n’était pas toujours très sympathique avec les autres, mais il s’agit d’une oeuvre humoristique et il ne faut pas prendre son discours au premier degré. Et puis il faut avouer que ses réflexions sont souvent jouissives si on partage certaines références communes avec l’auteur, véritable geek qui se sert volontiers de son héroïne pour crier son amour de certains artistes (Alice Cooper, Neil Gaiman…) et certaines oeuvres (Le Seigneur des anneauxPeter Pan…).

Cette Nemi est une fausse dure et une vraie gamine, sorte de Peter Pan moderne en fille, qui s’indigne toujours de l’injustice du monde et cache un coeur en or. Un personnage dans lequel on peut tous un peu se reconnaître si on accepte que celui-ci soit souvent égal à lui-même, avec des comportements types qui reviennent de manière récurrente dans les gags.

Un livre à déguster par petits bouts

nemi-lise-myhre-oopsUn autre point qui semble avoir posé problème à pas mal de lecteurs, lorsqu’on parcourt les critiques des blogs, tient à l’humour. Beaucoup de personnnes ont trouvé que si le comic strip était plaisant, il n’était pas franchement hilarant. Là encore, je pense que cela tient à ce genre particulier, qui ne comporte que quatre cases au maximum.

Dans certains strips, Lise Myhre choisit de développer de véritables gags sur quatre cases, avec une évolution claire de case en case. Ce sont généralement ceux-là qui sont les plus explicitement drôles. Pour les autres, mon ressenti est que l’auteur ne cherche pas forcément à provoquer des éclats de rire. Comme je le disais plus haut, comme Nemi est publié dans des quotidiens, beaucoup de ces strips tiennent de l’anecdote et présentent de petites tranches de vie de la jeune femme, souvent drôles, parfois banales, fantasques… Il y a toujours de l’humour, mais c’est un humour plus « anglais » dirons-nous, plus pince-sans-rire. Parfois, Nemi doit travailler et s’ennuie, rêve de s’évader et on en reste là, il n’y a pas de recherche de gags majeurs.

Pourtant, si on lit le livre tranquillement en prenant bien le temps de déguster chaque ligne, les aventures de cette héroïne sont des plus attachantes. Ce n’est en tout cas pas une BD qui peut avoir le même impact sur ses lecteurs qu’un Tintin ou tout autre bande dessinée qui présente des histoires d’une quarantaine de pages. Et c’est vrai que ce mode de narration peut lasser au bout d’un moment… Je recommanderais plutôt, pour ma part, de ne pas lire le recueil d’une traite car vous auriez alors peu de chances de l’apprécier à sa juste valeur. Vous pouvez prendre un petit moment chaque jour pour lire quelques pages, ou l’emporter dans les transports en commun, par exemple. Il y a également deux histoires complètes de quinze pages, Nemi étant également publiée de manière mensuelle en format comics depuis quelques années, parallèlement à sa publication quotidienne.

Nemi, tome 1 de Lise Myhre, Milady Graphics, 2009, 159 pages.  

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.