[Critique] Le Monde Perdu : Jurassic Park – Steven Spielberg (1997)

image affiche le monde perdu jurassic park spielbergSouvenirs, souvenirs

Jurassic Park a été un de mes grands chocs cinématographiques quand j’étais petite, de ceux qui m’ont donné envie de travailler dans le milieu en devenant scénariste-réalisatrice. J’avais tout juste sept ans en 1993 lorsque le film de Spielberg est sorti en salles et j’étais fascinée : par les dinosaures et les effets spéciaux bien entendu, mais surtout par les moyens humains nécessaires pour réaliser un tel film, les différents métiers et services impliqués.

Beaucoup d’émissions parlaient de la conception du film et Le Journal de Mickey avait même consacré un dossier spécial où ils décrivaient les différentes étapes de sa création. Le film en lui-même, que j’avais vu au cinéma, m’a fortement marquée par son mélange d’émerveillement et d’angoisse mais je me souviens toujours de Jurassic Park comme de l’œuvre qui m’a sensibilisée à la création cinématographique.

Un cinéma d’attraction jouissif

Cependant, si j’ai vu Jurassic Park un nombre incalculable de fois, je n’avais jusque-là jamais vu Le monde perdu, allez savoir pourquoi. J’ai comblé cette lacune la semaine dernière et j’ai beaucoup aimé ce second opus, même s’il faut avouer qu’il reste inférieur au premier. Plus léger, sorte de parc d’attractions cinématographique (bien plus que le précédent film ou les Indiana Jones pour ceux qui répliqueraient que l’expression est caractéristique de l’œuvre de Spielberg), Le monde perdu n’en demeure pas moins une expérience jouissive, qui réserve son lot de scènes d’action et de suspense ultimes réalisées avec maestria.

Le Monde Perdu: Jurassic Park de Steven Spielberg (1997): l'ascenseur infernal revisité?

Spielberg reste en effet le maître incontesté en la matière, bien loin devant le tapagisme d’un Michael Bay qui n’a toujours pas compris qu’il ne suffisait pas d’avoir de gros moyens et de tout faire exploser deux heures durant pour faire un bon blockbuster. Spielberg maîtrise la réalisation, l’intrigue, le rythme et la direction d’acteurs et même si certaines ficelles sont bien visibles (les relations du personnage de Jeff Goldblum avec sa fille ou Julianne Moore sont sommes toutes très conventionnelles et prévisibles même si elles demeurent attachantes…), cela n’est jamais vraiment gênant et on ne boude pas son plaisir.

L’île maudite bis

Le Monde Perdu: Jurassic Park de Steven Spielberg (1997): tout petit, tout gentil?

Quelques années après l’échec de l’expérience de John Hammond (Richard Attenbourough) sur l’île, celui-ci a décidé de remettre ça mais sur une île différente, avec des mesures de sécurité à la hauteur. Il n’est cette fois plus question de parc public mais d’une simple réserve dans un but d’observation scientifique. Mais face à la pression d’investisseurs qui souhaitent ramener les dinosaures en Amérique pour créer un parc à sensations et au manque de financement, le milliardaire décide d’envoyer une équipe réduite de scientifiques pour réaliser un petit film destiné à convaincre de l’importance de préserver l’île et ses créatures.

Bien évidemment, il veut que Ian Malcolm (Jeff Goldblum) soit de la partie, lequel refuse net avant de changer d’avis lorsqu’il apprend que sa petite amie Sarah Harding (Julianne Moore) a accepté et se trouve déjà sur les lieux. Sa fille, une effrontée de dix ans, se cache dans le bateau et est bien entendu embarquée dans l’aventure, remplaçant ainsi la jeune Lex et son petit frère, que l’on retrouve le temps d’une séquence chez le milliardaire.

Le monde perdu reprend ainsi les mêmes ingrédients que Jurassic Park et joue la carte de la catastrophe annoncée de manière plus marquée que le premier film : dans celui-ci, Malcolm se doutait que les choses se passeraient mal et que la nature reprendrait ses droits, ici, il apparaît comme inévitable qu’elles se passent mal. « Je ne ferai pas les mêmes erreurs que par le passé » dit le milliardaire, « Non, vous en créez de nouvelles » réplique, sarcastique, Malcolm. Très enjoué, le film ne se prend jamais au sérieux et nous embarque donc dans un impressionnant tour de manège.

La scène catastrophe ultime

Sarah Harding (Julianne Moore) en mauvaise posture dans la géniale scène du van du Monde Perdu: Jurassic Park de Steven Spielberg (1997).

Toute la première partie du film, qui se déroule sur l’île, est pour moi la meilleure ; la dernière demi-heure, à San Diego, étant plus faiblarde malgré quelques scènes très drôles et impressionnantes, comme le tyrannosaure se désaltérant dans la piscine d’une demeure avant de se repaître du chien de la famille. La scène la plus marquante du Monde Perdu, qui justifie à elle seule de voir le film, est la magistrale scène dans le van, qui a été  renversé par la mère tyrannosaure après qu’elle ait récupéré son petit blessé, que l’équipe tentait de soigner.

Le van est à moitié suspendu dans le vide au bord d’une falaise et Sarah, Ian Malcolm et le caméraman Nick (Vince Vaughn) sont accrochés à la verticale tandis que le quatrième membre de l’équipe, sur la terre ferme, tente de les remonter à l’aide d’une corde et en tractant le van avec une voiture. Stressante en diable, la scène est un exemple en matière de scène d’action/catastrophe, les choses semblant empirer à  chaque fois qu’on pense que c’est fini, le tout avec une réalisation au cordeau. Summum de la scène, il y a ce moment magnifiquement retors où Sarah se trouve sur la vitre du van qui se fendille, menaçant de plus en plus de céder et de la lâcher dans l’océan.

L’héritage de King Kong

Le Monde Perdu: Jurassic Park de Steven Spielberg (1997): qui n'a jamais rêvé de trouver un tyrex dans son jardin enfant?Pour le reste, le film est toujours prenant, malgré des personnages secondaires convenus (le commando envoyé sur l’île composé de brutes épaisses affichant 2 de Q.I.) et une intrigue qui manque de réelles suprises.

Par ailleurs, Le Monde Perdu est un hommage évident à King Kong (et à Godzilla dans l’une des scènes finales en ville) par son intrigue et sa structure et même s’il ne se montre pas tout à fait à la hauteur de ce modèle dans son ultime partie, il apparaît naturel que Steven Spielberg revendique cet héritage: avec Jurassic Park, il a en effet ressuscité ce type de films de monstres « à l’ancienne » en lui apposant sa patte personnelle et en utilisant des moyens et une technologie permettant de créer des dinosaures d’un réalisme jusque-là jamais vu sans perdre en émotion. Ce deuxième opus, même s’il ne remplacera pas le premier film dans le coeur et la mémoire des cinéphiles, reste dans le même esprit et les effets spéciaux ne sont jamais m’as-tu-vu. Le Monde Perdu est ainsi un tour de grand huit qui vaut le coup et dont le souvenir vous suivra bien plus longtemps qu’une bonne partie des gros films de monstres de ces dix dernières années.

 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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