Harry Potter et les Reliques de la Mort, 1ère partie de David Yates: critique du film

harry-potter-et-les-reliques-de-la-mort1-affiche.jpgUne adaptation trop lisse?

Depuis la sortie de Harry Potter à l’école des sorciers en 2001, j’ai toujours eu un sentiment très partagé envers l’adaptation de la saga de J.K. Rowling, que j’adore par ailleurs. Le premier film m’a toujours semblé trop académique, trop sage: je n’ai jamais pu y retrouver le sentiment d’émerveillement intense ressenti à la lecture du livre, et si l’ensemble se regarde avec plaisir, il manque véritablement de l’ampleur et de la tension pour que le tout fasse figure d’oeuvre à part entière.

Un jugement plus ou moins valable pour les autres volets, même si, à chaque fois, quelques scènes ou éléments marquants relèvent le niveau et nous tirent de la monotonie. J’avais beaucoup apprécié La Chambre des Secrets et je garde un bon souvenir du Prisonnier d’Azkhaban réalisé par Alfonso Cuaron (sans surprise le cinéaste le plus loué de la saga), cependant, les volets cinq et six pêchaient encore et toujours par trop de longueurs inutiles sur des détails insignifiants comparé à la trame principale, qui avait malheureusement subi des coupes franches préjudiciables à l’intérêt et la cohérence de l’ensemble.

Dans Le Prince de Sang-Mêlé, il aurait été plus judicieux de s’attarder plus longuement sur l’histoire de ce personnage (ce qui aurait renforcé l’impact de la révélation de son identité véritable) plutôt que de s’éterniser sur les histoires de coeur du trio, dépeintes de manière bien trop niaise pour le jeune public. Excepté l’affrontement entre Harry et Drago, sanglant, et le final qui voit la mort d’un personnage-clé, le film de David Yates manquait trop de tension par bien des aspects et laissait de côté l’intrigue politique très bien amorcée dans L’Ordre du Phoenix.

Une excellente surprise

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Après avoir vu Harry Potter et les Reliques de la Mort – 1ère partie hier soir, je peux néanmoins dire que j’ai enfin été conquise! David Yates a bien su corriger les défauts des précédents volets et ce film est sans doute le plus convaincant de la saga. Tout d’abord, l’intrigue prend le temps de se développer sans traîner inutilement en longueur et les personnages acquièrent plus de profondeur, semblent moins « programmatiques ».

Le côté sentimental est justement dosé et la relation entre les trois héros évolue de manière tout à fait intéressante. Daniel Radliffe, Emma Watson et Rupert Grint se sont bien améliorés (mention spéciale à ce dernier) et il est assez touchant de repenser à leurs petites frimousses dans le premier film. Une des scènes que j’ai préférées, absente du roman et assez décalée par rapport aux adaptations des précédents volumes, est celle où Harry tente d’égayer Hermione, désespérée, en la faisant danser alors qu’on sent bien que lui non plus n’a pas le coeur à ça et se sent perdu. Réalisée avec beaucoup de simplicité, cette scène donne un sentiment de vérité et de spontanéité trop souvent absent des films.

Sombre et tendu

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Du point de vue de la tension, enfin, aucun reproche à faire cette fois-ci: dès la première scène, le ton est donné, on sent que la fin est proche et que le combat qui se profile sera difficile et sanglant. Le pouvoir exercé par le Ministère maintenant que Voldemort est revenu au pouvoir s’apparente à une résurgence du nazisme (parallèle déjà établi dans les précédents volets et qui prend ici toute sa mesure) et donne lieu à des scènes qui font froid dans le dos.

Très sombre et violent par rapport aux précédents volets (même si l’ambiance était devenue plus sombre à partir du 4), Les Reliques de la Mort – 1ère partie n’est pas à conseiller aux enfants de moins de dix ans et colle parfaitement au ton du roman même si, bien sûr, on retrouve des scènes de complicité ou d’humour plus légères. En milieu de film, une longue scène nocturne, admirable par son ambiance, lorgnerait presque du côté de l’épouvante et mettra l’air de rien plus d’un adulte à cran.

Une réalisation plus audacieuse

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Autre élément de taille qui fait plaisir: David Yates semble enfin se lâcher et la réalisation, tout en étant simple et efficace, place la barre bien plus haut qu’auparavant. Cuaron excepté, les réalisateurs précédents s’apparentaient plus à des tâcherons au service du studio. Ici, on peut enfin dire que le réalisateur met réellement son talent au service du film et un certain nombre de passages sortent des rails pour notre plus grand plaisir, comme la magnifique scène d’animation qui illustre la lecture du conte des Trois Frères, qui s’avérera capitale pour la dernière partie.

Plus réaliste et plus audacieux que les précédents films de la saga, Harry Potter et les Reliques de la Mort – 1ère partie est donc une excellente surprise. Bien sûr, il ne s’agit que de la première partie du volet final des aventures du petit sorcier et il faudra patienter jusqu’à cet été pour se faire une idée globale donc quelques points restent en suspens. David Yates ayant placé la barre haute avec ce film, les attentes n’en sont que plus fortes pour le grand final, qui aura fort à faire pour tenir toutes ses promesses.

Le cas Dumbledore, je dois l’avouer, intrigue: si l’autobiographie non-officielle du sorcier barbu est mentionnée dans cette première partie (on voit même Hermione le lire), le passé trouble du magicien n’est pas du tout évoqué, alors que cela a une grande importance dans l’intrigue. Je suppose que les scénaristes ont gardé cet élément pour la suite, pour renforcer le côté « tension ultime », ce qui ferait en effet sens. Et au vu de ce qu’il reste avant de boucler les aventures du trio, la deuxième partie promet de ne pas ménager le moindre temps mort et, si Yates poursuit sur sa lancée, il se pourrait bien que Harry Potter et les Reliques de la Mort devienne vraiment le film que l’on n’osait plus attendre de la saga.

 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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