Possession de Joel Bergvall et Simon Sandquist : critique du film

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Encore un DTV pour SMG

Après l’excellent Veronika décide de mourir sorti directement en DVD l’an dernier, Sarah Michelle Gellar nous revient cette fois-ci avec un drame surnaturel classique mais attachant, Possession… également en DTV. Encore une fois, il ne faut pas forcément y voir une sanction infligée à une œuvre médiocre. Le film, tourné en 2007 et dont la sortie en salles US était initialement programmée pour février 2008 est resté deux ans dans les placards suite à la faillite du distributeur indépendant Yari Film Group, lequel a dû se placer sous la protection de l’Etat. Finalement, Possession sera sorti en DTV des deux côtés de l’Atlantique, en mars 2010 aux Etats-Unis et le mois dernier chez nous.

L’actrice de Buffy joue le rôle de Jess, une jeune avocate mariée à un (trop) gentil sculpteur, Ryan. Très heureux, ils n’ont malheureusement pas beaucoup d’intimité lorsque le film débute puisqu’ils hébergent Roman (Lee Pace), le frère délinquant du mari de Jess, en conditionnelle après avoir purgé une peine pour agression. Après avoir surpris une discussion entre les époux à son sujet, Roman décide de partir… et percute accidentellement son frère, qui avait pris la route pour le rattraper. Les deux hommes se retrouvent plongés dans le coma. Quelques semaines plus tard, le beau-frère de Jess se réveille et prétend être Ryan. S’agit-il d’un phénomène surnaturel ou bien Roman joue-t-il la comédie pour séduire sa belle-soeur ?

Un thriller classique mais prenant

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Autant le dire franchement, Possession ne joue pas sur l’originalité et ses ficelles sont assez visibles. Cependant, sans faire preuve de trésors d’invention, sa réalisation est agréable et l’image souvent très belle (mention spéciale à la définition du Blu-Ray, qui conserve un joli grain), l’intrigue, tout aussi classique et attendue soit-elle, est prenante. Quant à Sarah Michelle Gellar et Lee Pace, ils sont très bons dans leurs rôles respectifs. Les admirateurs de la série Pushing Daisies en seront pour leurs frais puisque l’acteur, qui inspirait une gentillesse absolue en romantique pâtissier, joue ici le rôle du beau-frère tatoué et violent. Un virage à 360° très bien négocié dont les réalisateurs suédois se serviront pour semer le trouble lorsque Roman se réveille en clamant être son frère plongé dans le coma.

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Sarah Michelle Gellar, si elle ne retrouve pas un rôle aussi fort que dans Veronika décide de mourir, rend l’évasive Jess attachante. Après avoir longtemps joué les adolescentes à cause de son petit minois, elle est enfin crédible dans le rôle d’une fille de trente ans et la langueur lui va bien. Ce rôle de fille triste aurait pu être quelque peu limité s’il avait été interprété par une autre actrice, mais elle impose facilement une présence qui donne plus d’épaisseur au personnage.

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Niveau personnages justement, le point faible reste le gentil mari (Michael Landes), amoureux transi qui écrit pas moins d’une déclaration enflammée par semaine à sa chère et tendre. A force de vouloir nous représenter le bonheur parfait du couple avant le drame, les réalisateurs nous désintéressent complètement de ce personnage lisse et tête à claques, de sorte qu’on est pas mécontents lorsqu’il sombre dans le coma pour laisser la place à son frère. Si au départ on a l’impression d’une approche manichéenne (le mari tout gentil et le frère purement mauvais), le personnage de Roman se fait complexe, ambigu et attachant.

Des enjeux plus humains que surnaturels

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Pour apprécier Possession, il ne faut néanmoins pas se fier à la mention présente sur la jacquette : « Par les producteurs exécutifs de Le Cercle – The Ring et The Grudge ». Si on peut le considérer comme un thriller psychologique mâtiné de surnaturel, il ne s’agit en rien d’un film d’horreur. Avant toute chose, c’est un drame romantique au rythme plutôt lent, sauf dans sa seconde moitié, qui effectue un revirement vers le thriller classique tout en restant soft. On y trouve des scènes chargées de tension, de suspicions, mais pas de moments qui font vraiment peur et encore moins de passages gore. Le seul point commun avec les deux films mentionnés (outre la présence de Sarah Michelle Gellar dans The Grudge) étant que Possession est également un remake d’un film coréen, Jungdok (2002).

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Autre faiblesse relative du film : la maladresse du scénario, assez prévisible. Je dis bien relative car en fin de compte, le twist final a peu d’importance. J’avais lu une petite critique dans Mad Movies où le journaliste vendait la mèche (surnaturel ou pas ?) à mots à peine voilés, j’ai donc regardé le film dès le départ dans cette optique et ça ne m’a absolument pas gênée puisqu’il m’a semblé que Possession reposait plus sur des enjeux humains (qui sont bien rendus globalement) que sur les ressorts du thriller surnaturel, qui donnent une certaine ambiance au film mais sont plus là pour la forme qu’autre chose.

Drame sentimental ou film de genre halletant ?

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En cela, le film se rapproche de Birth de Jonathan Glazer (2004), qui reposait sur une question similaire (un gamin de dix ans serait-il la réincarnation du défunt mari de Nicole Kidman ?) et avait déçu le public qui s’attendait à un vrai film fantastique à la Sixième Sens alors qu’il s’agissait avant tout de la tragique histoire d’amour d’une femme en détresse. Certes, la fin est différente et Birth est supérieur sur tous les plans à Possession (il est notamment plus subtil et beaucoup plus dérangeant) mais le principe est le même. Les adeptes de fantastique et d’horreur cherchant des frissons seront déçus par un produit sentant le réchauffé tandis que les personnes sensibles aux enjeux humains et sentimentaux et aux films « d’ambiance » seront plus à même d’être convaincues.

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Si on regarde le film sans savoir de quoi il retourne, il faut bien admettre que le scénario abat trop tôt certaines cartes décisives, même si la fin reste volontairement ambiguë. Les réalisateurs s’amusent également à faire sursauter le spectateur à tort et à travers à coups de personnages qui font subitement irruption dans le champ et de porte de frigo ouverte à la volée dès les premières minutes. Cela instaure une certaine tension, une certaine ambiance (assez artificielle pour le coup) mais trompe également sur la marchandise en jouant un peu trop avec les attentes du spectateur, qui pourra alors ne pas adhérer à l’approche réellement privilégiée, celle du drame sentimental.

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S’il ne brille pas par son originalité, Possession reste donc un joli film, prenant, bien réalisé et touchant. A noter que le Blu-Ray contient une fin alternative d’une demi-heure. Il s’agit en fait d’un montage différent qui change radicalement la fin, l’oriente plus vers le drame (en cohérence avec le reste du film) là où le montage définitif privilégie un thriller plus classique. Un choix commercial sans doute. Les deux options sont néanmoins toutes les deux convaincantes.

 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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