Last-Night-affiche.jpgUn drame conjugal tiède

Histoire de terminer le mois en douceur et avant d’assister aux projections de 127 heures et True Grit avec mon cher et tendre, je suis allée voir Last Night en solo. Je n’attendais pas grand chose de ce drame conjugal, dont j’avais bien aimé la bande-annonce et qui a recueilli des critiques mitigées.

Mon avis ne différera pas beaucoup, dans l’ensemble, de ce qui a déjà été dit. Le film se laisse suivre agréablement et Keira Knightley, très femme, tour à tour fragile et séductrice, y est remarquable. La musique de Clint Mansell accompagne subtilement le vacillement du couple Keira Knightley/Sam Worthington, confronté à la tentation chacun de leur côté.

Mais la partie entre Michael (Sam Worthington) et sa collègue de travail Laura (Eva Mendes), très en retrait, est d’une platitude confondante et ne convainc jamais. On ne ressent aucun trouble, le personnage de Laura reste une simple tentatrice bombesque sans la moindre aspérité et Sam Worthington ne laisse jamais transparaître la moindre émotion, la moindre complexité, piégé dans son rôle de gars coincé, passif et peu bavard.

On s’ennuie ferme avec eux tandis qu’on est pendus aux lèvres et au regard de Keira Knightley, qui profite de l’absence de son mari pour passer la journée avec un ami qu’elle a secrètement aimé mais rejeté pour épouser son petit-ami de la fac. L’actrice fait montre d’un jeu très mature et traduit à merveille les contradictions et les doutes de son personnage. Guillaume Canet, dans le rôle de l’ami-amant rejeté de passage à New York, s’en sort plutôt bien. Son interprétation tout en retenue n’attire guère l’attention de prime abord mais il sait donner de l’épaisseur à son personnage et le rendre émouvant à mesure que le film avance.

Une histoire de second plan bâclée

last-night3.jpg

En ce qui concerne l’intrigue en elle-même, celle-ci se concentre sur cette journée que les époux doivent passer loin de l’autre et se résume à : lequel craquera et trompera son conjoint ? L’épure narrative choisie par la réalisatrice et scénariste Massy Tadjedin n’est pas un problème en soi : elle rend plutôt justice à la partie Keira Knightley/Guillaume Canet, permettant aux personnages de développer une relation convaincante, de les sentir douter, vaciller… En revanche, elle enterre royalement la partie entre Michael et Laura, qui n’a que relativement peu de scènes pour exister. Surtout, toute cette partie est pauvrement scénarisée, accumule les clichés et ne nous raconte rien d’intéressant sur le mariage et la tentation de mener une liaison extra-conjugale. Michael aime sa femme mais a besoin d’excitation, fantasme sur sa collègue sexy, célibataire avenante très directe dans son approche… A part ça ? Rien d’autre.

On sent bien que Massy Tadjedin s’identifiait surtout à Joanna, le personnage joué par Keira Knightley, qui est de fait clairement mis en avant. Mais elle semble ne savoir que faire avec l’histoire du mari, prétexte au film puisque Last Night s’ouvre sur la crise de jalousie de Joanna, qui a remarqué l’attirance de celui-ci pour Laura, qu’il s’entête à nier. Ce qui pourrait lui donner envie de se venger le lendemain lorsqu’elle croise son ami français en l’absence de Michael… Du coup, concentrée sur son héroïne, on a l’impression qu’elle a bâclé cette histoire de second plan. S’est-elle seulement aperçue que Michael et Laura sont des personnages programmatiques qui ne sortent jamais de leur condition de pantins pour s’incarner à l’écran ?

Cette faiblesse est le gros problème de Last Night, gentil drame sentimental qui se regarde avec plaisir (surtout pour l’excellente Keira Knightley) mais s’oubliera bien vite.

 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.