Les fantômes d’hiver de Kate Mosse : critique du roman

image couverture les fantômes d'hiver kate mosse éditions jc lattèsLes fantômes d’hiver est un roman surprenant qui nous mène là où on ne l’attend pas vraiment.

L’histoire est celle de Freddie, un jeune homme anglais fortement affecté par la mort de son frère aîné lors de la Première Guerre Mondiale. A la suite d’un accident de voiture, il se retrouve dans le petit village français de Néans, à l’atmosphère pesante. Lors de la fête de la St Etienne célébrant les morts, il fait la rencontre d’une intrigante jeune femme, Fabrissa, dont il tombe sous le charme. L’histoire dans laquelle elle l’entraîne sera pour lui l’occasion d’affronter les fantômes de son passé et de faire la paix avec lui-même.

Difficile d’en dire plus sans éventer le mystère tapi au creux du livre de Kate Mosse, auquel je ne m’attendais pas du tout. L’auteur prend le temps d’installer son histoire, de nous familiariser avec Freddie, le narrateur, qui raconte son histoire à un libraire en 1933 et remonte le cours de son douloureux passé. Pendant environ 100 pages, il ne se passe pas grand chose. On apprend à connaître le héros, on s’attache à lui, à sa langueur, tout en nous demandant où tout cela va nous mener… Lorsqu’il se rend à la fête du village, tout bascule de manière inattendue et le livre est dès lors empli d’une tension qui le rend impossible à lâcher avant d’avoir tourné la dernière page.

Que dire de plus, alors, sans prendre le risque de spoiler ? Le roman de Kate Mosse (qui n’a rien à voir avec la top Kate Moss) ne parle pas uniquement de deuil personnel mais de mémoire et de deuil collectif, rattaché à certaines périodes douloureuses de l’Histoire entre lesquelles elle établit des ponts de manière subtile. Si Freddie raconte son récit depuis 1933 et qu’il n’est à aucun moment question de la Seconde Guerre Mondiale, celle-ci est dans nos esprits. D’ailleurs, 1933 n’est autre que l’accession au pouvoir d’Hitler, ce qui ne semble pas anodin. Il est évidemment tragique de penser que l’atroce réalité découverte par Freddie est sur le point de recommencer…

Autre point fort des Fantômes d’hiver : si à la moitié du roman on a compris la solution de l’énigme (sans le contexte historique bien sûr, pas évident à deviner à ce stade), contrairement au héros qui doit attendre presque la toute fin pour enfin se l’avouer et y faire face, cela ne gâche en rien ce formidable jeu de pistes. L’ambiance et les personnages sont merveilleusement décrits et l’auteur parvient à nous rendre de plus en plus concrète et oppressante une réalité historique qui aurait pu nous sembler fort éloignée. La manière dont elle joue de l’identification avec ses héros, en distillant de nouveaux éléments petit à petit, est brillante et le dernier tiers du roman en devient fort éprouvant. J’avoue que je suis sortie de  ce livre très fortement secouée, touchée tout autant que dérangée…

Ce roman véritablement atypique est donc une excellente surprise, qui nous happe lentement mais sûrement. S’il met un certain temps à « démarrer », une fois tous les éléments en place, il ne nous lâche plus et révèle une force impressionnante. Je suis du coup très curieuse de me pencher sur les autres romans de Kate Mosse.

Les fantômes d’hiver de Kate Mosse, Éditions JC Lattès, 2011. 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
« »

© 2017 Culturellement Vôtre. Theme by Anders Norén.