Black Mamba n°20 : critique du magazine

black_mamba201Une revue littéraire intrigante

Une fois n’est pas coutume, c’est d’un magazine dont je vais vous parler aujourd’hui. Edité par les éditions Céléphaïs, Black Mamba est une revue consacrée à la littérature de genre : fantastique, SF, polar et aventure. On y trouve principalement des nouvelles et bande-dessinées, mais également des dossiers thématiques s’intéressant à différents courants et auteurs et une sélection des meilleurs livres, DVD ou jeux vidéos qui sortent ces jours-ci.

Autant le dire, je ne savais pas trop à quoi m’attendre en ouvrant ce magazine. J’adore la littérature de genre, mais il faut avouer qu’il s’agit d’un vaste territoire, où l’on trouve autant des récits réservés aux enfants, aux adolescents qu’aux adultes et des publications plus ou moins exigeantes, plus ou moins grand public. Quel était donc l’approche de Black Mamba, sa ligne éditoriale, son coeur de cible ? Impossible à dire en feuilletant distraitement ce numéro : la couverture et les illustrations des histoires, toutes de styles différents, pourraient laisser penser par certains aspects qu’il s’agit d’une revue s’adressant aux adolescents, mais était-ce vraiment le cas ?

Des nouvelles variées et exigeantes

Puis, j’ai commencé à lire ce numéro et j’ai été très agréablement surprise par la qualité de l’ensemble, l’exigence des histoires publiées et des articles thématiques. Les amateurs de littérature de genre curieux de nature en auront pour leurs frais puisque le magazine offre une impressionnante palette de contenus. Toutes les nouvelles et bande-dessinées présentées sont totalement différentes les unes des autres, avec un ton et un style qui leur est propre, aussi bien en ce qui concerne l’écriture que les illustrations.

Au sujet de ces dernières, je dois néanmoins ajouter un bémol (tout personnel) : il y a pour moi un côté un petit peu trop simple et ado et je n’ai pas véritablement accroché à la plupart de ces dessins, à l’exception de ceux de l’histoire « La pension des monstres » ou « Cordes », plus sombres et adultes.

Pour le reste, difficile de trouver quoi que ce soit à reprocher à Black Mamba : on passe d’un univers à l’autre avec un plaisir toujours renouvelé et le magazine se dévore ainsi très vite. Certaines histoires font preuve d’humour, reprennent certains courants ou codes du genre éculés pour raconter quelque chose de poignant, percutant, saisissant ou tout simplement intriguant. En ce qui concerne les bandes-dessinées, j’ai tout particulièrement aimé « La pension des monstres », qui nous plonge dans une communauté de freaks évoquant le film des années 20 du même nom ou encore un épisode célèbre de la saison 2 d’X-Files (pour le frère jumeau collé à l’estomac et voulant prendre son indépendance) pour un récit aussi sombre et mélancolique qu’émouvant. Les nouvelles sont toutes très fortes et marquantes à leur manière, de sorte qu’il serait difficile d’en choisir une en particulier… Mais s’il fallait vraiment choisir (étant donné que je ne vais pas faire de commentaires sur chacune), je dirais que j’ai particulièrement apprécié la mécanique de « Concentration », poussée dans ses retranchements les plus extrêmes, le tout dans une veine noire mais teinté d’un humour sarcastique tout à fait délicieux.

Le magazine nous permet également de nous familariser avec les différents auteurs et illustrateurs, dont les crédits sont complétés par leur date de naissance, lieu de résidence, site web perso, auteurs favoris et dernières publications en date. C’est la première fois que je vois ça dans une revue et je dois dire que l’idée est excellente. Présentées de manière ludique, ces informations offrent une plus grande visibilité aux auteurs et donnent forcément envie au lecteur conquis d’en apprendre plus.

Des dossiers thématiques fouillés et instructifs

Enfin, les deux dossiers thématiques qui concluent ce numéro sont passionnants et démontrent une fois de plus toute l’exigence de Black Mamba : ce numéro 20 nous propose ainsi de partir à la découverte de la bit-lit, courant très à la mode dans la littérature jeunesse ces dernières années et souvent fort décrié pour sa superficialité et son aspect lucratif à une époque où la saga Twilight de Stephenie Meyer fait des ravages aussi bien dans les librairies qu’au cinéma. Comme beaucoup de personnes, je n’ai jamais vraiment lu ce type de littérature, irrémédiablement associée dans mon esprit à la saga sus-mentionnée et à un public adolescent dont je ne fais plus partie depuis bien longtemps. Ce dossier très fourni m’a donc permis d’apprendre plein de choses que j’ignorais, notamment le fait que ce pan de la littérature est composé de sous-genres assez variés, dont certains n’ont rien à voir avec les livres asceptisés et consensuels de certains auteurs à succès actuels. Me voici donc avec quelques idées de lecture supplémentaires pour les prochains mois…

Le deuxième dossier est quant à lui consacré au mythique auteur de BD Milton Caniff, dont j’ignorais tout et pour cause : sa bande-dessinée la plus célèbre, Terry et les pirates, n’a jamais été publiée en intégralité chez nous et seuls les fins connaisseurs du genre sont encore familiers de l’oeuvre de cet artiste qui avait autrefois 32 millions de lecteurs quotidiens. En l’espace de 9 pages passionnantes et très documentées, émaillées par une interview du directeur éditorial de Bdartist(e) (qui a entamé la publication d’une intégrale de haute qualité) et du traducteur français de Caniff, Black Mamba nous permet donc de combler ces lacunes et  de partir à la découverte de cet auteur singulier, qui devrait intéresser tous les amateurs de bande-dessinée.

Au final, la revue Black Mamba est une très belle découverte en ce début d’année, qui vaut très largement ses 7 euros pour 100 pages (sachant qu’il y a 3 numéros par an). L’exigence et la diversité de son contenu ajouté à la qualité des histoires présentées en font un véritable plaisir pour tout lecteur avide de nouvelles découvertes en matière de littérature de genre.

Je remercie donc chaleureusement les éditions Céléphaïs et le forum Accros & Mordus de lecture pour m’avoir fait parvenir ce numéro dans le cadre d’un partenariat.   Vous pouvez commander le magazine sur le site de l’éditeur ou bien sur Amazon

 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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