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Début juin avait lieu le Festival Onze Bouge à Paris, qui proposait de nombreux spectacles gratuits. Parmi eux, La Tempête par l’Association K, adaptation (très) libre de la pièce de Shakespeare

L’action est transposée dans le milieu des affaires, dans le contexte fort actuel de la crise économique, où les traders font la loi et met en scène 5 personnages, 4 hommes et 1 femme, faisant partie intégrante de ce monde de requins. Drôle, acérée et poétique, la pièce est courte (40 mn) et arrive à faire passer l’essentiel de son discours avec très peu de paroles. Hormis quelques monologues déclamés par un seul acteur, tout n’est que mime, danse, musique, le tout chorégraphié et mis en scène avec une finesse et une précision rares.

Le ton est donné dès la scène d’ouverture, où les protagnonistes s’affrontent au cours d’un débat politique mêlant prises de bec houleuses et langues de bois, le tout figuré par… des aboiements et halètements de chien ! La frénésie et, paradoxalement, la routine et l’ennui rythmant ce petit monde ponctué par les cours de la bourse passe par des transitions où chaque personnage se retranche derrière sa porte. Les horloges portées par chacun en ouverture et fermeture de la pièce affichent des heures différentes, les enfermant dans leur bulle, les condamnant à être en décalage constant les uns vis-à-vis des autres dans cette course contre la montre om chacun cherche en vain une échappée poétique… qui passe par ces scènes de transition de la fameuse tempête et l’unique présence féminine, personnage qui impose sa force et sa fragilité et autour de laquelle gravitent tous les autres.

C’est cette figure qui rythme et structure véritablement la pièce : c’est elle qui anime le débat en ouverture, puis s’ensuit une scène de séduction avec un jeune cadre, le mariage, etc. Sentimentalisme et cynisme alternent et donnent à la pièce tout son mordant : le mariage prend des allures électorales, les invités se retrouvant à jeter des billets sur le corps de la mariée, à terre.

La musique, très présente, rythme également le tout et créé un décalage ou des moments de flottements comme cette scène de séduction, toute en apesanteur, où le couple tombe amoureux au cours d’une impressionnante et acrobatique scène de danse sur un trampoline caché derrière la scène au son de « Can’t Take My Eyes Off Of You ».

Mais au final, c’est l’argent qui domine et régit ce petit monde : la pièce s’ouvre au son de « Money » de Pink Floyd, avec le son inexorable de l’argent qui remplit les caisses et se termine par « Money, Money » d’Abba, qui est l’occasion des déhanchements des acteurs saluant le public et distribuant des billets à la foule dans la bonne humeur. De ces 40 minutes, on ressort avec le sentiment d’avoir passé un moment hors du temps, où le rire et l’émotion le disputent constamment aux grincements de dents.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.