image cast dexter saison 8 showtimeL’ultime saison de Dexter vient de s’achever aux États-Unis sur une note de déception non feinte. Avec une diffusion commencée le 30 juin, à peine 6 mois après la fin de

la saison 7, on pouvait légitimement (et à raison) craindre que l’équipe créative de la série n’aille un peu trop vite en besogne et bâcle la chose. Et pourtant, après une avant-dernière saison à la hauteur des espérances et une fin surprenante, on voulait y croire. Surtout que, même au vu des critiques régulièrement essuyées par le show depuis le début de la saison 5, Dexter avait toujours réussi à tirer son épingle du jeu et à présenter des épisodes et une narration stimulantes malgré une asesptisation certaine de la réalisation et un récit qui facilitait un peu trop la vie du personnage avec des deus ex machina un peu tirés par les cheveux. Mais il y avait toujours ce quelque chose qui faisait qu’on y croyait et cette qualité d’ensemble.

Ici, force est de constater qu’au-delà des 3-4 premiers épisodes, la série s’enfonce dans une platitude impardonnable. Ca se laisse regarder et on veut croire, d’épisode en épisode, en un sursaut bienfaiteur, on essaie de s’accrocher aux personnages, mais on coule à pic, à l’image d’un personnage que je ne citerai pas pour ne pas gâcher la surprise. De série de haute qualité, Dexter devient un téléfilm du dimanche gentillet et assez moraliste, cousu de fil blanc, dénué de toute émotion alors même qu’on devrait trembler pour les personnages comme jamais. Mais malgré tous nos efforts, on ne peut frissonner lorsque (attention spoiler de 1ère partie saison !) Debra, au terme d’un quatrième épisode qui est le dernier véritablement potable de la série, jette sa voiture dans un lac pour se suicider avec son frère. Pas un seul instant on ne craint pour eux et lors de l’épisode suivant, la réaction du personnage est tellement téléphoné et le jeu de l’actrice tellement planplan qu’on est agacé plus qu’autre chose. Alors même qu’il y avait là matière à creuser vraiment là où ça fait mal dans la relation entre le frère et la sœur… chose qui avait été explorée avec brio dans les saisons précédentes qui plus est.

 

Un duel au sommet vite esquivé

image saison 8 dexter et hannah showtimeLa seule véritable bonne idée de la saison (qui a été fort mal exploitée) est l’arrivée du Dr. Vogel, incarné par Charlotte Rampling. En Dr. Frankenstein responsable de la création du « monstre » Dexter, la série se fait dérangeante le temps de quelques épisodes avant de planquer sous le tapis toutes les questions intéressantes soulevées par l’apparition de ce personnage pervers qui promettait une rencontre au sommet et un jeu de dupes psychologique façon Silence des agneaux. Durant ce bref laps de temps, on  se prend à rêver que Dexter a enfin trouvé là un adversaire à sa mesure, lié à ses origines qui plus est, le seul à même de retourner ses propres armes contre lui avec finesse. D’où l’immense déception lorsque les scénariste transforment la psy en espèce de maman-nounou pour Dexter et Deb et font passer à la trappe le côté vicieux et ambivalent du personnage contre tout intérêt et vraisemblance.

Comment, à partir de ce moment, prendre la série au sérieux et oser espérer une fin à la hauteur des espérances ? On se prend à espérer au fil des épisodes au moins une fin divertissante et convenable avec un peu d’émotion à défaut de se sentir dérangé ou bouleversé – chose pour laquelle on abandonne tout espoir à partir de la 2e moitié de la saison. Le pire est que les scénaristes se plantent avec tous les personnages : on colle une fille illégitime à Masuka pour le faire mûrir mais on s’en fout, Batista ne sert à rien et on a l’impression que l’acteur s’ennuie, idem pour Quinn dont on pressend à un moment qu’il pourrait revenir en grâce mais à tort, Hannah est trop gentille et ne parvient plus à émouvoir, etc. La série baigne dans un conventionnel et une platitude qui font mal à voir et, même si on a envie, malgré tout, de voir la suite, à aucun moment on est scotché ou interpellé. Pauvre Dexter !

 

Un final inexcusable

image charlotte rampling dexter saison 8 showtimeL’ultime épisode aurait pu être à cette image… Hélas ! Il est pire, vraiment, et on se demande encore comment les producteurs ont pu laisser passer un truc pareil, aussi plat, aussi décousu, gnangnan et dépourvu d’émotion et de parti pris véritable dans le même temps. Alors oui, à un moment, il y a un truc choc qui se passe comme on pouvait s’en douter, mais même là, l’émotion est absente, à l’exception d’un plan fugace et encore… L’équipe des saisons précédentes (qui est la même ? Vraiment ?) aurait pu en tirer quelque chose de cent fois plus fort et réussi. Dexter nous laisse sur le côté de la route, entre consternation et indifférence. Consternation parce-que cette fin et cet échec ultime sont assez incompréhensibles et qu’il y a un côté foutage de gueule du spectateur qui pose question. Indifférence parce-que c’est tellement le calme plat niveau émotion qu’on est même pas plombé à ce point par cette cuisante défaite.

A ce niveau-là, autant en finir, c’est clair. A noter que la transition entre l’avant-dernière séquence et la scène « ultime » est des plus maladroites et assez indigne. On dirait que l’épisode a été monté à l’arrache par quelqu’un qui découvre le montage et c’est bien regrettable. La série cherche une dernière fois à nous interpeller, en vain. On ne peut s’empêcher de penser à la fin de la saison 1, qui avait rempli cet objectif et fait frissonner, dérangé. La comparaison s’impose et on en vient à regretter que la série ne se soit pas achevée sur la mort de Laguerta aux mains de Deb.

 

image showtime debra morgan dexter saison 8Cela aurait été cohérent, dérangeant, une fin ouverte aussi où la boucle était déjà bouclée au niveau de la relation Dexter-Deb : Dexter a réussi à détruire sa soeur qui ne peut le tuer et tue une innocente. La fin faisait d’eux un couple criminel qui faisait également écho aux sentiments incestueux de la jeune femme pour son frère. Bref, cela aurait été mille fois mieux que ce dernier tour de piste inutile. Signe de la dégradation de la série, qui préfère passer à la trappe tous ses éléments intéressants, la saison débute 6 mois après la mort de Laguerta et prive les acteurs et le public de davantage d’adrénaline.

Dommage ! On se passera donc de davantage de commentaires sur cette décidément bien piètre saison et on fera donc rapidement nos adieux à Dexter pour nous tourner dès ce dimanche sur la infinimment meilleure Homeland, dont la saison 3 débutera sur la même Showtime qui avait visiblement de meilleurs chats à fouetter. Adieu donc Dexter et s’il te plaît, si en guise de faveur tu pouvais jeter au fond de l’eau les bobines de tes 12 dernières aventures, cela nous ferait bien plaisir. Au moins qu’on ait pas à repasser derrière toi ! 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.