Affiche-An-American-in-Paris-musical-cre-ation-George-Ira-Après Chantons sous la pluie cet automne, le Théâtre du Châtelet propose une autre adaptation scénique d’un grand classique du septième art. Un américain à Paris de Vincente Minelli (1951), qui mettait en scène les amours de Gene Kelly, devient ainsi une super-production réunissant plein de beau monde : le chorégraphe Christopher Wheeldon à la choré donc mais également à la mise en scène, ainsi que le danseur étoile du New York City Ballet Robert Fairchild et Leanne Cope, first artist au Royal Ballet de Londres, dans les rôles principaix.

Le spectacle présente un cas assez rare : il s’agit d’une création du Théâtre du Châtelet en collaboration avec des producteurs de Broadway, Van Kaplan et Stuart Oken. Présenté en avant-première mondiale dans la capitale, An American in Paris est donc destiné à atteindre le public américain après sa présentation parisienne et, si celle-ci est couronnée de succès, le show ne sera probablement pas de retour avant plusieurs années en France. Cette initiative n’est pas étonnante quand on sait que le directeur du théâtre, Jean-Luc Choplin, avait déjà programmé maintes fois des comédies musicales américaines (La Mélodie du Bonheur entre autres) et même proposé des créations d’après des oeuvres américaines (Sweeney Todd ou Into the Woods de Stephen Sondheim). Aller voir An American in Paris, c’est donc être assuré de voir ce que Broadway a de mieux à offrir, dans un spectacle « à l’ancienne » avec figurants en pagaille et décors mobiles.

Un récit étoffé

american in paris chatelet 1Le résultat est à la hauteur des attentes : on en prend plein les yeux pendant 3 heures. L’effet de surprise est présent même si on a vu le film de Minelli puisque le livret, écrit par Craig Lucas, transpose l’action de 1949 à l’immédiat après-guerre et que les chorégraphies, loin de se contenter de reprendre les numéros mis au point par Gene Kelly, sont originales. Les modifications apportées à l’action apportent davantage de profondeur à l’intrigue et aux personnages, attachants mais plus simplistes dans le film. Comme le spectacle affiche également une heure de plus au compteur, chaque protagoniste a davantage de place pour exister et les trois rôles masculins seraient presque sur un pied d’égalité, à l’inverse du film, où la star était de manière évidente Gene Kelly.

Quant à l’héroïne, Lise, que Craig Lucas imagine en vraie danseuse, elle s’affirme davantage comme une jeune femme indépendante d’esprit malgré sa relation particulière à la famille de son fiancé Henri. Cela permet de creuser bien plus la psychologie et les motivations de chacun, qui apparaissent plus subtiles. L’histoire d’amour, prise entre la passion et la raison, n’apparaît à aucun moment gnangnan tout en gardant le charme et la fraîcheur inhérents au film. Le tout n’est pas dépourvu de quelques longueurs, mais passe très agréablement pour peu que l’on apprécie les comédies musicales et la musique de Gershwin.

Un spectacle flamboyant

Comédie-musicale-An-American-in-Paris-musical-comédie-musicale-Théâtre-du-Châtelet-Paris-George-Ira-Gershwin-Craig-Lucas-Christopher-Wheeldon-photo-by-Angela-SterlingEn parlant de la musique, comme il manquait des morceaux pour couvrir la partie rajoutée du spectacle, les créateurs ont été piocher dans le répertoire du célèbre compositeur pour créer de nouveaux numéros, pour un résultat des plus cohérents. Moins contrastée qu’une oeuvre comme West Side Story, riche en rupture de tons et de rythme, la musique d’An American in Paris devrait malgré tout combler les admirateurs des classiques hollywoodiens et des films de Woody Allen, grand fan de George Gershwin, dont il a souvent utilisé les morceaux. On retrouve ainsi quelques grands classiques bien connus des amateurs de jazz et de comédies musicales, comme « Our Love Is Here to Stay » ou « S’Wonderful ».

Et puis, il y a la partie technique : la mise en scène et la chorégraphie, tout simplement sublimes et flamboyantes. Robert Fairchlld enchaînes les sauts et fait des merveilles, notamment lors du final, tandis que Leanne Cope apparaît tour à tour fragile et enjouée lors de ses numéros. Les nombreux danseurs apportent beaucoup de panache et tous sont dirigés avec brio, dans une mise en scène inventive et très fluide. Cette fluidité fait également que le passage d’une scène à l’autre, qui inclue de nombreux changements de décors, se fait de manière très naturelle. Tout se déroule sous nos yeux et c’est un véritable plaisir de pouvoir observer tous ces décors mobiles. La maestria de l’ensemble se cristallise lors du long ballet final (plus d’une quinzaine de minutes) sur le morceau titre, « An American in Paris », qui rend hommage à l’art abstrait et fait l’effet d’un véritable feu d’artifices, avec ses chorégraphies complexes et ses couleurs chatoyantes.

Jean-Luc Choplin et ses collaborateurs avaient placé la barre haut, mais le défi a été relevé haut la main : An American in Paris s’impose comme le spectacle feel-good de cette fin d’année, en nous apportant à Paris la crème de la crème de Broadway. Courez-y avant le 4 janvier si vous en avez l’occasion : vous en sortirez le pas sautlllant, en fredonnant les airs de Gershwin

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.