Les expos gratuites (ou presque) les plus intéressantes du moment en ce mois de mars. A visiter de toute urgence.

affiche-expo-dejastarsDéjà Stars au Centre culturel du CROUS de Paris

Marcel Thomas, décédé en 2000 et repasseur de métier, était un passionné de photographie, avec une profonde sympathie pour les célébrités et les gens. Considéré aujourd’hui comme le premier paparazzo au sens noble du terme (il prenait les gens sur le vif, mais en leur demandant toujours l’autorisation), il s’est constitué au fil des ans un réseau de portiers et de voituriers qui lui filaient des tuyaux pour pouvoir photographier les stars à la sortie des hôtels ou des cocktails mondains. Il a ainsi immortalisé la plupart des grandes stars de la chanson et du cinéma de 1947 à 1990 au travers de plus de 30 000 clichés.

Parmi cette abondante collection, dont il ne fit jamais commerce (un livre de photos, aujourd’hui épuisé, fut seulement publié en 1996 et un second en 2002), le CROUS de Paris a sélectionné 400 photographies en noir et blanc ayant toutes une particularité : il s’agit d’images de stars françaises et internationales photographiées à Paris avant que leur carrière n’explose et qu’elles ne deviennent véritablement célèbres. Leur apparence est parfois bien différente de celle que nous connaissons aujourd’hui, quand elles ne sont pas tout simplement méconnaissables (à l’image de Mireille Darc, pour ne citer qu’elle) ; d’autres ont déjà leur persona. Le titre de l’exposition suggère que, bien qu’encore inconnues du grand public à ce moment-là, toutes étaient « déjà stars », avec un charisme et un talent particuliers que le photographe avait su repérer.

Présentant une sélection de clichés de stars américaines très célèbres comme Elvis Presley, Clint Eastwood, Meryl Streep, Jodie Foster, Sylvester Stallone (impressionnant en manteau de fourrure), Arnold Schwarzenegger ou John Travolta, l’exposition n’en est pas moins largement dédiée aux artistes français et ce dès le début où, au son du « Bonnie and Clyde » de Serge Gainsbourg en duo avec Brigitte Bardot, on pénètre dans un couloir noir entièrement dédié à nos plus grandes stars. L’exposition brasse plusieurs époques, réunies dans plusieurs univers au travers d’une scénographie astucieuse et ludique, qui fait pénétrer le visiteur dans l’univers des célébrités. Un mini Walk of Fame, une salle de cinéma, un club de jazz, la loge de Johnny Hallyday, un diner américain constituent ainsi les différents décors du parcours de l’exposition et cette immersion contribue au plaisir pris à la parcourir.

C’est un patrimoine photographique d’une grande valeur qui se dégage au travers de Déjà Stars, brossant le portrait de plusieurs époques sur 40 ans. Les étudiants pourront s’y reconnaître (et découvrir ou redécouvrir par la même occasion certains artistes), tout comme les passionnés de musique et de cinéma de tous âges.

Exposition Déjà Stars, jusqu’au 23 mai 2015 au Centre culturel du CROUS de Paris, 12 rue de l’Abbaye, 75006 Paris (M° Saint-Germain-des-Prés). Ouvert de 13 à 17h du lundi au vendredi et de 10 à 18h le samedi. Gratuit pour les étudiants et les abonnés UGC Illimité. Plein tarif : 1€.

expo-miroir-o-mon-miroir-carre-baudoMiroir ô mon miroir au Pavillon carré de Baudouin

Que se passe-t-il lorsque l’art contemporain s’intéresse aux contes de fées ? La réponse se trouve au Pavillon carré de Baudouin, où une vingtaine d’artistes se sont penchés sur la question. Au fil d’un parcours qui commence par une impressionnante forêt dans laquelle nous sommes invités à nous perdre, nous découvrons des oeuvres représentant l’interdit, les métamorphoses et les épreuves des contes de fées. De nombreux symboles, tels que le miroir magique, sont présents, tandis qu’un livret remis à l’entrée nous aide à interpréter ces oeuvres parfois explicites et parfois plus mystérieuses.

Dur de faire un choix parmi la diversité des oeuvres présentées, mais s’il ne fallait en retenir que trois, je citerais Walking on Valley of Fire de Chloé Dugit-Gros (2010) qui présente une paire de baskets collées sur des pneus éclatés, la très belle Constellation de la Biche II (2012) de Julien Salaud avec sa biche entourée d’une constellation de perles et de clous et enfin le très drôle The Real Snow White de Pilvi Takala, une vidéo où l’artiste finlandaise tente de pénétrer à Disneyland Paris déguisée en Blanche-Neige et se fait refouler sous prétexte qu’on pourrait la prendre pour… la « vraie » Blanche-Neige, qui travaille à l’intérieur du parc (les employés de Disneyland n’ont pas le droit de reconnaître que les personnages Disney sont joués par des acteurs). De fait, pour que les enfants ne confondent pas les visiteurs avec les employés, les adultes n’ont pas le droit de se déguiser, contrairement aux enfants. Critique bien sentie et réflexion sur le passage du monde de l’enfance au monde des adultes, où la protagoniste est confrontée à un principe de « réalité » contradictoire, la vidéo s’avère tout à fait pertinente pour clore l’exposition, qui s’achève réellement par Ceci fait de vous d’Alexandre Maubert (2015), soit trois attachés-cases en cuir noir dont il faut deviner le code grâce à un indice remis (en principe) à l’entrée pour en dévoiler le trésor, une oeuvre appartenant à une série numérotée pour l’exposition et accompagnée de son certificat d’authenticité.

Miroir ô mon miroir s’impose ainsi comme une exposition riche, bien que pas toujours accessible aux plus jeunes à l’exception de certaines oeuvres (ceci dit, des visites scolaires commentées, où des oeuvres sont commentées de manière claire, sont organisées, comme j’ai pu le constater). Plutôt que de nous faire retomber en enfance, elle expose les contradictions psychiques présentes dans les contes, qui parlent tout particulièrement aux adultes et participent au développement psychologique de l’enfant, qui n’a pas conscience de tous ces ingrédients. Une réussite dans le genre.

Miroir ô mon miroir jusqu’au 23 mai 2015 au Pavillon carré de Baudouin, 121, rue de Ménilmontant, Paris 20e (M° Ménilmontant). Ouvert du mardi au samedi de 11 à 18h. Entrée libre.

terry-richardson-expo-the-sacred-and-tTerry Richardson : The Sacred and the Profane à la galerie Emmanuel Perrotin

Célèbre photographe de mode et portraitiste de stars, aussi talentueux que subversif, Terry Richardson sait également, à l’image d’un David Lachapelle en moins outrancier, prendre la température de son temps. C’est le cas avec cette exposition The Sacred and the Profane où le photographe ausculte l’Amérique obsédée par le sexe et la religion pour mieux en faire ressortir les paradoxes.

Le tout, qui ne manque pas d’une certaine dose de provocation et d’esprit postmoderne, est réalisé avec simplicité : il s’agit en grande partie de clichés montrant des pancartes à caractère religieux ou sexuel, les deux se superposant souvent, comme dans cette image où une immense pancarte « Jésus vous regarde » est plantée juste à côté d’une plus petite indiquant « Films pour adultes ». Terry Richardson a sillonné les États-Unis à la recherche de ces signes contradictoires qui témoignent de la division interne d’une nation qui s’est fondée sur un mythe. Les grands espaces américains et les paysages de l’Amérique profonde sont également présents, vus à travers le regard singulier du photographe qui n’hésite pas à faire poser un mannequin entièrement nu jambes écartées en plein milieu de la route.

L’expo possède également un aspect ludique et encourage les photos puisque plusieurs silhouettes sont là pour que vous puissiez leur donner un visage, comme celle de Miley Cyrus nue sur la boule de destruction de « Wrecking Ball », dont Richardson a réalisé le clip.

Terry Richardson : The Sacred and the Profane, jusqu’au 11 avril 2015 à la galerie Perrotin, 76, rue de Turenne, Paris 3e (M° Saint-Sébastien Froissard). Ouvert du mardi au samedi de 11 à 19h. Entrée libre. 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.