[Critique] Le Courant D’Art – Frédéric Bézian

image mondrian courant d'artPour évoquer des figures aussi révolutionnairement formelles qu’Oliver Byrne et Piet Mondrian, il fallait bien un esprit tout aussi original. Alors, quand on lit le nom de Frédéric Bézian, accolé aux deux autres, on se dit qu’on risque bien de lire une œuvre à la hauteur de la folie créatrice qu’un tel projet demandait. Ne sentez-vous pas comme un Courant D’Art ?

L’on se presse de déshabiller la bande-dessinée de son blister, et là nous découvrons un concept aussi surprenant que plein de possibilités, et de sens. En effet, Le Courant D’Art est un accordéon, se lit comme on ressent l’instrument. Les pages ne se tournent pas, mais se déplient, et ce des deux côtés. L’on comprend alors que Frédéric Bézian entame un dialogue au sein d’un médium pourtant intentionnellement monolithique, afin de mieux mettre en rapport deux artistes très liés.

Imaginons : vous découvrez, dans un grenier, un livre dont il ne reste que les illustrations en couleurs et les extraits qui les accompagnent. Sa lecture parcellaire vous laisse deviner l’histoire presque authentique d’Oliver Byrne, mathématicien irlandais du XIXe siècle, d’un rêve prémonitoire, d’une rivalité amoureuse, du noir, du blanc et des des trois couleurs fondamentales. Puis, en continuant de fouiller dans cet incroyable grenier, un autre livre attire votre attention. Sa lecture, tout aussi parcellaire, vous fait découvrir l’histoire morcelée de Piet Mondrian, peintre néerlandais du XXe siècle, et vous découvrez des points communs étonnants.

On le voit, Frédéric Bézian, pour son Courant D’Art, rejoint la théorie très plausible de l’inspiration byrnienne de Piet Mondrian. L’auteur de cette somptueuse BD, dont les doubles pages s’enchaînent comme autant de tableaux, articule sa pensée autour de ce duo d’artistes importantissimes. Ainsi, l’œuvre s’attache à trouver des connections moins formelles que personnelles, donnant à Bézian la possibilité de laisser éclater son style à la fois sombre et éminemment contemporain. C’est là une grande réussite de l’œuvre, aborder le style par le biais de la construction des Hommes, ramenant au centre des débats ce qui fait la sève de chacun, artiste ou non : relations amoureuses, vagabondages de la pensée, rapport à son époque.

Le découpage de ce Courant D’Art rappelle l’impression que l’on a en parcourant un vieil album photos, dans lequel on prendrait un plaisir certain à découvrir le sujet dans une intimité. Et dont l’agencement serait assuré par un photographe aux connaissances artistiques très pointues. Impossible de ne pas remarquer les références placées par Frédéric Bézian. Évidemment, le « The first six books of The Elements of Euclid » de Byrne y est présent, mais aussi d’autres artistes, comme Herbert Bayer ou le typographe Joost Schmidt. Le tout n’est jamais fait dans un esprit de confiture étalée, mais habille le propos de repères toujours raccords.

Il faut tout de même préciser que Courant D’Art est destiné à un public averti, pas vraiment élitiste mais tout de même bien formé, sensibilisé à l’histoire de l’art et ses courants. Mais si vous êtes initiés, aussi bien à Byrne qu’à Mondrian, alors vous pourrez vous régaler du style, du crayonnage à la fois précis et mouvementé de Bézian, dans ce que l’on n’hésite pas à qualifier d’hommage à la hauteur du défi relevé. Une réussite exigeante, qui se doit de figurer dans toute collection d’initiés.

Pour vous procurer Le Courant D’Art, visitez le site de l’éditeur Soleil.

image bezian courant d'art 

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Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
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