image affiche bang gangCaractéristiques

  • Réalisateur : Eva Husson
  • Avec : Finnegan Oldfield, Marilyn Lima, Daisy Broom
  • Genre : Drame
  • Durée : 98 minutes
  • Date de sortie : 13 Janvier 2016
  • Distributeur : Ad Vitam

Critique

Bang Gang. Avec un titre pareil, Eva Husson, la réalisatrice du film, sait déjà où elle met les pieds. Le spectateur aussi, ne feignez pas d’ignorer. Le film, refusé à Cannes et à Venise, mais accepté à Toronto où il a remporté quelques prix, va cliver. Car, plus qu’un titre provocant, racoleur diront certains, Bang Gang est aussi un sujet. Difficile. Car parler d’orgie, pourquoi pas, mais quand les protagonistes ont 16 ans, sont, donc, des ados… tout devient beaucoup plus compliqué à aborder, et nous prenons le parti de dire : c’est bien justifié.

L’histoire de Bang Gang se déroule non loin de Biarritz, dans un quartier typique de la classe moyenne, voire de la petite bourgeoisie bien glauque. George, adolescente de 16 ans, tombe amoureuse d’Alex. Par amour, s’entend qu’ils s’échangent des mots doux en s’envoyant un bon porno en libre accès. Une histoire d’amour moderne, donc, et ça tombe bien : c’est le sous-titre de Bang Gang. Afin d’attirer l’attention de son godemichet sur pattes, la quasi-fillette lance un jeu. La Bonne Paye ? Non. Un petit Wii Sport ? Vous êtes loin du compte. Action Ou Vérité ? Bon, vous êtes trop vieux jeu. Non, George lance l’idée d’une énorme partouze avec tous ses potes, une sorte d’explosion d’hormones incontrôlée qu’il va falloir, par la suite, assumer.

Vous l’aurez compris au ton de ce début d’article, l’auteur de celui-ci est quelque peu remonté. Mais restez, car la suite sera traitée de la façon la plus objective qui soit. Car Bang Gang, au-delà de tout ce que l’on va lui reprocher, et il y a matière à faire, est surtout un film qui remue les tripes, qui cherche à faire réagir. Et ça, c’est un peu la rose et le fumier de Sex And Zen : c’est un espoir. Disons le tout net, on n’a pas été aussi remué au cinéma depuis… de mémoire, Oldboy, dans un genre totalement différent, mais l’impression de s’être pris un direct en pleine mâchoire est la même. Seulement, là où la gauche de Park Chan-Wook était jouissive au possible (même si glauque à souhait dans son image finale), la droite d’Eva Husson est plutôt du genre scandaleuse. Le scandale, ça peut être salutaire. Impossible, par exemple, de ne pas être jouasse en se remémorant le doigt d’honneur de Tarantino, balancé à la tronche de la bourgeoisie cannoise. Il faut aussi se remémorer le délicieux scandale provoqué par l’immense La Grande Bouffe. D’ailleurs, signalons que, si nous avons des griefs contre Bang Gang, nous sommes aussi, voire plus, remontés contre Cannes ou Venise, qui ont snobé le film. L’œuvre doit être débattue, mais certainement pas passée sous silence.

L’irresponsabilité comme mode de vie

Cette petite mise au point effectuée, rentrons dans ce Bang Gang, en gardant le pantalon. L’exposition est l’une des grosses qualités du film. Eva Husson réussit très bien à créer une atmosphère, un rapport entre la situation et ses personnages. On est en été, la canicule s’abat sur Biarritz, et des trains déraillent les uns après les autres. Ça tombe bien, les adolescents de Bang Gang sont, eux aussi, très chauds et ont une forte tendance à dérailler. C’est un peu simple, mais pas du tout simpliste, ça débute une observation que le spectateur se doit de faire tout du long : l’environnement que nous donnons aux adolescents nous a échappé. Sans encadrement, un jeune en plein apprentissage de la vie se doit d’expérimenter plus que de raison, d’où l’idée du fameux bang gang, lancée par une George qui ne s’est jamais autant cherchée. L’adolescence, on y survit tous, mais c’est aussi là qu’une grande partie du futur adulte se forme. Et c’est sur ce point précis, encore plus que les quelques autres griefs que nous allons exposer, que nous ne pouvons pas cautionner Gang Bang : le film ne montre pas les conséquences à long terme et, pire, balaye avec une irresponsabilité grave celles à court terme, comme nous le verrons plus bas.

image eva husson bang gang

Rapidement,Gang Bang devient une description très crue de partouzes adolescentes. Signalons que le film est, pour le moment, interdit aux moins de 12 ans. L’organisme de classification, le CNC, qui a aussi octroyé une avance sur recettes lors de la commission du 20 Février 2014, pense, donc, que montrer des gamines en pleine fellation, c’est quelque chose d’acceptable pour un enfant de 13 ans. Pourquoi pas. On peut aussi se demander comment un organisme qui gère une partie (infime, mais tout de même) du financement d’une œuvre peut aussi décider de sa classification. Mais ne nous éparpillons pas. Vous avez bien lu plus haut, Eva Husson filme des parties fines d’ados, avec une caméra étrangement langoureuse pour quelqu’un qui déclare ne pas être à l’aise avec ce genre de scènes, mais soit. Ce n’est pas tout. Au milieu de ces échanges non protégés (ce qui a quelque peu le don de faire bondir et grommeler toutes les cinq minutes), drogues et alcools consommés sans modération, tout comme les corps d’ailleurs. L’on se dit qu’une telle description pourrait emmener une critique du mauvais côté de la modernité (attention, la modernité a un bon côté bien plus important, pas du tout abordé dans le film). Les rapports distants entre les générations. Les réseaux sociaux et leur utilisation irréfléchie. Le tout porno, qui modifie automatiquement le regard sur l’autre. Non, tout ça n’est jamais réellement dénoncé.

Des adolescents filmés comme des adultes

Bang Gang, et encore plus Eva Husson, souffre d’un souci de distanciation. La réalisatrice répète qu’elle ne juge jamais ses personnages, seulement sa caméra dit tout autre chose. Cette dernière n’est-elle pas très lascive quand il s’agit de filmer les jambes et fesses de George qui, il faut le répéter, a 16 ans dans le film ? Le style mis en avant, qui permet notamment ce plan-séquence, magnifique dans l’exécution, n’est-il pas le témoin d’une volonté de rendre ces actes beaux, agréables voire, pire que tout, excitants ? Impossible de le savoir réellement, la mise en scène d’Eva Husson refusant catégoriquement de se distancier. Nous n’avons aucun mal à aborder la sexualité des adolescents, mais la montrer crûment est un parti-pris que l’on considère comme dangereux. Lolita parlait de ça. Toutes les productions hollywoodiennes, dont le sujet était l’adolescence (au hasard, Les Goonies, Monster Squad, L’Histoire Sans Fin), parlent d’attirance entre ados. Mais montrer tout de l’acte, dans des proportions dingues, c’est un extrême qui représente le fameux arbre, qui a tendance a cacher la forêt.

Car au-delà de ces séquences crues, il y a surtout un discours absolument irresponsable et, même, assez étrange, caricatural, socialement parlant. Tout d’abord, l’on se représente la classe moyenne comme purement blanche. C’est très limite, même si placer l’action en province justifie tout ça comme un cheveu sur la soupe. Mais bon, pourquoi pas, mais cela pose une question : montrer la liberté sexuelle de ces jeunes, et en faire un discours, n’est-ce pas écraser les rapports très différents qui régissent les classes populaires ? Bang Gang n’a aucune volonté d’aller aussi loin dans l’analyse de la jeunesse (c’est mieux de se concentrer sur le cul des jeunes), et c’est justement un souci. Car en refusant cela, le film refuse de prendre du recul, ainsi que toute notion de jugement. Cette dernière fait pousser des hurlements aux gardiens du Temple de la liberté, seulement l’encadrement de la liberté, s’il dénature le sens premier de cette notion, est une nécessité. Nous sommes libres, oui, mais l’encadrement est aussi là pour empêcher un cinglé de défoncer votre porte pour vous dessouder. Eva Husson refuse cet encadrement, ce qui donne une apologie du sexe non-protégé.

Les protagonistes de Bang Gang vous laisseront pantois. Abasourdis. Vous allez voir, par exemple, un adolescent justifiant un ébat non-protégé par un « on n’est pas une population à risques« . Une autre se donne comme objectif de rendre heureux tous les mâles de la partie fine (et ils sont beaucoup) en trouvant un petit nom à la chose : « chaleur-bonheur« . Sans capotes, cela va sans dire. Et là, précisément, l’auteur de cet article va s’énerver. C’est le moment coup de gueule, et ça va dépoter. Car la réalisatrice, par le biais du personnage de Laetitia, juge acceptable cette folie. De la pire des façons. Celle la plus irresponsable, un adjectif qui sied décidément très bien à Bang Gang. Dans le dénouement, qui contient cinq minutes de bon sens, via le personnage du père paraplégique de Gabriel, sorte d’exposant de toute la sagesse d’un parent mais géré vite fait mal fait, Laetitia se fait porte-parole d’Eva Husson. Les parties fines sont terminées et les ados doivent assumer quelques… désagréments dira-t-on. Du genre de ceux que des ébats innombrables et non-protégés peuvent provoquer. Que pense la réalisatrice, et le personnage qui lui fait écho ? Eh bien qu’un petit coup de pénicilline, et de pilule du lendemain, et l’on ne regrette rien avec, en soutien, « Amoureuse » de Véronique Sanson. Paroles qui habitent le plan sur Laetitia, toute heureuse d’en sortir indemne (à raison) : « Sans que j’ai l’ombre d’un remord« . On nage en plein cauchemar, et là on n’est plus dans l’irresponsable. Rien, dans la réalisation d’Ava Husson, ne vient porter un jugement, et c’est une faute grave. On est dans le pousse-au-crime, et nous pesons nos mots très précisément. Car de pénicilline, il n’est pas toujours question pour ce que l’on peut attraper. En cela, Bang Gang n’est plus un film clivant, mais purement et simplement un film dangereux et, donc, conseillé par le CNC au public de plus de 12 ans.

Après ce coup de gueule, auquel on peut aussi rajouter l’odieuse apologie de la maigreur, les corps de 20 kilos étant magnifiés sans cesse, que peut-il rester à dire sur Bang Gang ? Rien qui ne puisse récupérer la faute grave d’un traitement totalement à côté de la plaque. Cependant, l’on doit souligner que nous avons trouvé le film formellement sublime. Pas clipesque pour un sou, le montage et la lumière rendent enthousiastes, et le chef opérateur danois, Mattias Troesltrup, est un nom à surveiller de très près. De plus, la BO, signée White Sea, a un charme fou. C’est déjà ça. Bang Gang va certainement créer de vifs débats, et il le faut. Car, à travers ce film, le cinéma est en train de péter les plombs de la manière la plus condamnable.

https://youtu.be/CGOTNvv6vWI 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato