image jaquette xenoblade chronicles 3dCaractéristiques

  • Console : Nintendo New 3DS
  • Genre : RPG japonais
  • Editeur : Nintendo
  • Développeur : Monolith Soft / Monster Games
  • Sortie France : 02 Avril 2015

Test

C’est avec une grande tristesse que nous l’avançons : le RPG japonais vit une crise assez grave. Alors que la série-phare, Final Fantasy, a déçu énormément de joueurs avec son treizième épisode surnommé « Couloirs Fantasy », l’on ne peut pas dire non plus que les autre porte-étendards soient en grande forme. Dragon Quest s’est un peu perdu dans une tentative loupée en ligne, la série des Tales Of enchaîne les opus très moyens, Star Ocean et les Mana sont morts et enterrés. En fait, le dernier grand souvenir d’un RPG japonais, pour nous, remonte à Lost Odyssey (ndlr, Ni No Kuni a aussi occupé le rédacteur de ce test pendant un sacré nombre d’heures), une exclusivité Xbox 360, signée par le légendaire Hironobu Sakaguchi. Les causes sont vastes, touchent aussi bien à une crise du jeu-vidéo nippon, qui doit faire face à une violente métamorphose du marché, devenu une sorte de tourbillon à fric, où l’on parle plus « triple A » qu’innovations au sein des différents genres. Mais aussi, il faut malheureusement le souligner, une crise de la création, bien moins forte qu’auparavant. Heureusement, les constructeurs de consoles sont encore à majorité originaire japonaise. Sony essaye de récupérer Kojima (du moins, on l’espère de tout coeur), et Nintendo récupère des licences en perdition. Parmi celles-ci, les « Xeno », une série de RPG loin d’être grand public, et surtout adorée par une fanbase très pointue. Nintendo a, donc, relancé la licence, grâce à l’un de ses meilleurs studios : Monolith Soft. Les développeurs derrière Baten Kaitos, tout de même. Bref, c’est sur Wii que le RPG japonais semblait devoir revenir alors que, quelques mois après le très controversé Final Fantasy 13, l’on se posait des questions quand à l’avenir du genre. L’engouement fut tel que le jeu, intitulé Xenoblade Chronicles, fit carrément acheter des Wii, pourtant ressentie comme une console d’appoint, aux joueurs les plus chevronnés. Aujourd’hui, le jeu sort sur Nintendo New 3DS, et accompagne la dernière née de Nintendo pour démontrer toutes les améliorations de la bête, sensée nous donner un grand RPG japonais au creux de la main. C’est cette version, complétée par la mention « 3D » que nous testons.

Dans la licence « Xeno », les scénarios ont toujours été d’une importance capitale. Xenoblade Chronicles 3D, s’il fait table rase du passé de la licence sur ce point, le jeu s’apparentant à un one shot et pas du tout une suite directe, déploie tout de même une trame qui pourra rassurer les fans de destinées dramatiquement fortes. La narration débute alors que l’univers n’est qu’un immense océan, seulement animé par l’inimaginable combat titanesque engagé par Bionis et Mekonis. Les deux mastodontes, grands de plusieurs centaines de kilomètres, se combattaient, alors, à grands coups de lames tout aussi démesurées,  dans la plus pure tradition japonaise. Alors que la joute fait rage, elle se termine sur un étrange match nul : Bionis et Mekonis sont tous deux figés en pleine empoignade. Il fallu quelques millénaires pour que les deux titans fossilisent, et finissent par accueillir la vie, au sein même de leurs carcasses désormais immobile. Mais la guerre ne meurt jamais, comme on dit. Et, bien assez vite, les différentes formes de vie vont se trouver quelques différences fondamentales. Sur Bionis, le titan de pierre, ce sont les Homz qui ont pris le contrôle. Tandis que sur Mekonis, le titan de métal, les dominants sont les Mékons, des robots dont les idéaux sont un grand mystère. Round One, fight. Une incursion délibérée des Mékons sur Bionis mis le feu aux poudres, et provoqua une guerre surnommée « la bataille de la vallée de l’épée ». Il fallu l’intervention d’un héros devenu légendaire : Dunban, armé de son arme Monado, pour régler le conflit. Un an plus tard, tout semble aller pour le mieux sur Bionis, et la Colonie 9 se remet de ses dramatiques émotions. Shulk, jeune homme au fort potentiel de bricoleur, est fasciné par le pouvoir de l’épée Monado. C’est alors que les Mékons frappent une seconde fois, dans une offensive qui va tout remettre en question…

Un scénario sans grande imagination

image monolith soft xenoblade chronicles 3dOn le voit, Xenoblade Chronicles 3D met un point d’honneur à respecter les règles d’un bon RPG japonais : se servir du scénario pour créer l’appel de l’aventure. C’est une erreur que de penser que ce sont les histoires qui ont fait le genre, et c’est d’autant plus criant dans le jeu en présence, comme nous allons le voir. Rentrons un peu plus dans le sujet de l’écriture, car c’est précisément ici que le ton de cet article va tourner au vinaigre. Xenosaga n’a pas réussit à retrouver la puissance philosophique d’un Xenogears, c’est un fait avéré. Mais jamais Monolith Soft n’avait déçu quand à la narration, toujours fluide et bien mise en scène. Si les premières heures de Xenoblade Chronicles 3D nous enchantent, et délivrent un souffle épique indiscutable, très vite le jeu est rattrapé par le danger numéro un, le côté obscur de la Force du RPG japonais : le prétexte. Une fois l’aventure lancée, et le premier village quitté, le souffle épique devient un pauvre pet de lapin, et ne sert plus que de taxi pour nous mener d’un point à l’autre des maps. Sans grande imagination, l’histoire de Xenoblade Chronicles 3D nous trimballe, sorte de billet d’avion pour un voyageur en classe d’affaire, qui ne regarderait même plus les sublimes panoramas des pays qu’il traverse. Pas vraiment profond, encore moins passionnant, le récit se vit moins qu’il ne se subit, surtout dans sa deuxième partie qui repose, notamment, sur un twist pas du tout bien emmené. Pire, les dialogues tutoient le ridicule, pas du tout aidés, il faut le reconnaître, par un doublage anglais misérable… et obligatoire dans la version New 3DS ! Un scandale, tant la version japonaise apportait clairement un vrai effort d’acting. Las, il va falloir, pour les joueurs sur console portable Nintendo, supporter par exemple les horripilants « Joujouuuu ! » hurlés en direction d’un certain « Juju ». En même temps, à force de donner des noms aussi stupides aux personnages…

Xenoblade Chronicles 3D tourne, donc, à la quête principale en forme de service Fedex. D’ailleurs, c’est carrément tout le jeu qui épouse cette courbe. La version Wii était saluée pour ses centaines de quêtes annexes, mais il faut voir quelles étaient-elles ! C’est simple, vous éprouverez plus de passion à tuer votre trois millième sanglier, dans World Of Warcraft, qu’en tentant de remplir ne serait-ce qu’un quart des objectifs secondaires. Aller tuer tel nombre d’ennemi, apporter telle lettre à un personnage, qui adressera à son tour telle enveloppe à son voisin, récupérer tel loot pour soigner tel PNJ, n’en jetez plus : on en a soupé ! Il faudrait être le dernier des masochistes pour se lancer dans un 100%, d’autant que rien ne vient véritablement donner le surplus d’envie. En fait, comme pour le reste des différents éléments de Xenoblade Chronicles 3D, l’on se rend compte que Monolith Soft a vu très grand, mais n’a pas su remplir cet espace, et autant dans les grandes lignes que dans les plus petits détails.

Tout, dans Xenoblade Chronicles 3D, donne cette désagréable impression d’un potentiel mal, ou même pas du tout, exploité. Oui, les différentes maps sont gigantesques, certainement parmi les plus grandes proposées dans un RPG japonais. Mais pour y faire quoi ? Rien de passionnant, nous venons de le voir. Surtout, c’est bien beau de proposer des paysages gigantesques, encore faut-il donner envie au joueur de les découvrir, d’y flâner. Ce que faisaient très bien Lost Odyssey, Ni No Kuni ou Dragon Quest 8 par exemple, en proposant de nombreuses activités, qui influaient directement sur l’expérience de jeu. Dans Xenoblade Chronicles 3D, vous aurez de vertes contrées à des kilomètres à la ronde, et la seule raison de les parcourir véritablement, en dehors des quêtes Fedex abominables, sera de partir à la recherche d’objets à collectionner, symbolisés à l’écran par de petites flammes et visibles à des dizaines de mètres à la ronde. Ces trésors sont catalogués dans un journal à souvenirs, et chaque zone en comporte un certain nombre. On pourra aussi débloquer des sortes de Trophées / Succès internes, sans toutefois être motivé par une quelconque récompense. Autre activité, pas utile pour un sou mais rigolote : le sociogramme nous présente les rapports entre les PNJ importants. C’est marrant, ça ne mange pas de pain, tout comme le principe des « rendez-vous », disséminés à quelques endroits des maps, et accessibles uniquement en remplissant des critères précis. On est loin, très loin de la passion que sait imprimer un studio comme Level 5, par exemple. A partir de là, nous proposer de si grands terrains de jeu n’a aucun sens, et l’on se retrouve à ne les traverser que pour atteindre le point fixé par le scénario principal de Xenoblade Chronicles 3D. Triste.

Le trop est l’ennemi du bien

image nintendo xenoblade chronicles 3dAutre grief porté à Xenoblade Chronicles 3D : l’absence carrément scandaleuse d’un bestiaire. Le nombre de quête annexes se multipliant comme des petits pains, l’on aurait aimé avoir un carnet de route digne de ce nom pour pouvoir s’y retrouver correctement dans cet univers énorme. Ne serait-ce que pour collectionner les exploits du joueur face à des bestioles spéciales, qui n’apparaissent qu’à un seul endroit du jeu. Que nenni, Monolith Soft a préféré nous livrer Xenoblade Chronicles 3D sans donner la possibilité au joueur de pouvoir véritablement s’en imprégner. Savoir quelle bestiole fait tomber tel ou tel loot, c’est une préoccupation que vous devrez très vite oublier, et c’est plus que dommage : c’est regrettable. Dès lors, on combat les ennemis rencontrés comme on paie ses impôts mensualisés : sans y faire attention, jusqu’au moment où l’on se sent floué. Les combats, parlons-en, car voilà un autre souci du jeu. S’il faut reconnaître que la courbe d’apprentissage est intéressante, on ne peut pas en dire autant du gameplay en lui même. Pour faire simple, sachez que tout se passe en temps réel, les coups en eux-mêmes sont automatisés et le joueur doit se borner à choisir telle action dans telle situation. Par exemple, un coup sera plus puissant s’il est asséné par derrière, il faut donc que le joueur agisse en conséquence. Soyons clairs : au bout d’une dizaine d’heures, on baille déjà aux corneilles. Et ce n’est pas un système d’accumulation de bons points, liés à la bonne utilisation des coups, offrant la possibilité de lancer un super combo, qui va changer quoi que ce soit. Les combats de boss relèvent un peu le niveau, mais c’est bien peu au final. Évidemment, se défaire d’ennemis, aussi peu mis en valeur qu’ils soient, vous rapporte quelques récompenses. Le fameux loot, de l’expérience, mais aussi des points d’art et de compétence. Les points d’art sont une monnaie pour vous permettre d’améliorer vos coups et sorts, appelés « arts », et les points de compétence sont accumulé automatiquement dans l’arbre de compétence, que le joueur aura choisi manuellement et avec soin. C’est classique, mais la tâche est assez longue pour au moins permettre aux accrocs du level up d’y trouver leur compte.

La durée de vie de Xenoblade Chronicles 3D s’avérera gigantesque si, par miracle, vous accrochez au jeu, dépassant allégrement la moyenne du genre RPG japonais. Le scénario principal, lui, se boucle en quelques dizaines d’heures. Au final, difficile de se souvenir du moindre plaisir éprouvé en jouant à Xenoblade Chronicles 3D. Scénario bidon et prétexte au déplacement, gigantisme de façade, combats redondants, et il faut ajouter, sur New 3DS, l’inutilité terrible de l’écran tactile et une technique tout juste satisfaisante. Ca alliase comme rarement, gros downgrade au niveau des détails par rapport à la version Wii, mais l’on pardonne tant faire rentrer tout le soft dans une seule cartouche est un exploit. Bon, on aurait préféré que Xenoblade Chronicles 3D prenne moins de place et propose un amusement de bonne facture. Ce n’est clairement pas le cas…

https://youtu.be/L5xuRbkXcZ8 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato