image affiche spectreCaractéristiques

  • Réalisateur : Sam Mendes
  • Avec : Daniel Craig, Christoph Waltz, Léa Seydoux
  • Genre : Espionnage
  • Durée : 148 minutes
  • Date de sortie : 11 Novembre 2015
  • Distributeur : Sony Pictures Entertainment 

Critique

Nous avons conscience qu’il ne suffit pas d’apposer le label « James Bond » sur un film pour qu’il soit bon. Chaque acteur ayant incarné 007 a eu son lot de gloire et parfois de déception. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas et tout est subjectif mais il est par exemple difficile de comparer l’excellence d’Opération Tonnerre ou de Goldfinger face aux Diamants sont éternels pour ne citer que l’ère de Sean Connery. De même qu’on est en droit de préférer L’espion qui m’aimait plutôt que L’homme au pistolet d’or pour la période Roger Moore. Le pauvre Georges Lazemby lui n’en a fait qu’un seul, sans doute était-il trop difficile de succéder à Sean Connery aussi tôt à l’époque. C’est pourtant une injustice car le temps a rendu grâce à cet opus et beaucoup considèrent aujourd’hui Au service secret de sa majesté comme l’un des meilleurs James Bond. Timothy Dalton lui aussi est loin d’avoir démérité en proposant près de vingt ans avant la période Craig un Bond plus sombre et plus violent. Trop peut-être pour l’époque. On peut aussi expliquer le désaveu public de la période Dalton par une démarche trop 80’s qui éloigne Tuer n’est pas jouer et Permis de tuer de l’ADN de Bond au profit d’une action presque trop réaliste : peu de gadgets, peu de James Bond girls et aucun méchant mégalo mais des sujets sensibles comme la guerre froide pour le premier et le trafic de drogue pour le second. Deux très bons films à mon sens mais pas les meilleurs Bond. Les producteurs désireux de rattraper la donne, instaurent l’ère Brosnan et c’est le réalisateur Martin Campbell qui s’y colle, en réactivant la guerre froide et l’univers bondien dans tous ses fondamentaux. Goldeneye sort au cinéma et c’est un succès mérité, pour ce qui est encore aujourd’hui l’un des meilleurs opus de la saga et certainement le meilleur de la période Brosnan. S’en suivront Demain ne meurt jamais, Le monde ne suffit pas et Meurs un autre jour, des opus inégaux car trop dévorés par une machine hollywoodienne qui, désormais, prend le chemin inverse et en fait trop dans la surenchère au mépris du scénario.

Il est temps que Bond se réinvente à nouveau Il faudra attendre 2006, et le retour de Martin Campbell aux commandes, pour que de nouveau la magie opère. Revenant aux sources mêmes de l’agent secret et des romans de Ian Flemming, Campbell et Craig nous livrent l’adaptation moderne (loin de la version parodique avec Peter Sellers) de Casino Royale, et c’est un coup de maître. Tout y est, le Bond violent des origines qui se construit encore, la James Bond girl aussi vénéneuse que touchante (sublime Eva Green), un méchant charismatique, une organisation tentaculaire et des dialogues ciselés, tout. Son nom est Bond, James Bond et il est de retour. En fait le succès public et critique fût si grand que cela nous permet d’expliquer l’erreur qui s’en suivit. Quantum of Solace a été fait trop vite, avait sans doute trop de responsabilités sur ses épaules. Loin d’être pour autant un mauvais film, il n’en demeure pas moins qu’à aucun moment il ne parvient à se hisser au prestige de son aîné : la faute principale revenant à un script sans relief et sans véritables enjeux. Il faudra attendre Skyfall (le plus gros succès de la série à ce jour) pour renouer avec l’état de grâce. Certes cet opus s’éloigne un peu de l’univers Bondien mais la fragilité de l’agent secret (du jamais vu à ce point dans la saga) et un script d’une noirceur absolue, confère à cet opus un charme à part à l’image de son bad guy incarné par un Javier Bardem époustouflant. Suite à ce nouveau succès, nous arrivons enfin au dernier opus en date Spectre. Un nom évocateur pour tous les fans de la saga et une promesse d’un nouveau retour aux sources, surtout avec Sam Mendes toujours à la réalisation.

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Attention, spoilers.

Hélas cette fois-ci, et c’est à déplorer, la sauce ne prendra pas du tout. Pourtant l’ensemble commençait bien avec un plan séquence magistral et une bataille endiablée dans un hélicoptère. Un générique lovecraftien destiné à nous faire ressentir l’omniprésence du Spectre. Les images des anciens ennemis défilent et la mort rôde à chaque plan, tout indique que nous allons voir une sorte de Bond référentiel et ce, malgré une B.O. qui a bien du mal à nous faire oublier celle d’Adèle. Sans doute une des moins bonnes de la saga, pourtant connue pour ses musiques cultes (tout de même meilleure que celle de Quantum of Solace). Mais c’est pourtant loin d’être le problème le plus grave car une fois passée l’introduction, le script met en place une intrigue un peu poussive qui lance 007 sur les traces du Spectre grâce à une voix d’outre-tombe : celle de M qui semblait avoir tout deviné, on ignore comment, et qui semble avoir attendu sa mort pour tout révéler en vidéo. Mouais… Un peu facile mais bon, le film peut encore s’en sortir à ce stade. La piste mène Bond à Monica Bellucci, belle veuve de l’un des dirigeants décédés du Spectre qui lui révèle où va se dérouler dans Rome, la prochaine grande réunion secrète du directorat (secrète, insistons !), non sans lui avoir auparavant offert une petite parenthèse Dolce Vita.

Bond pénètre donc sans trop de mal dans le repère du Spectre, assiste à une réunion corporatiste hautement nuisible (quelqu’un y est violemment assassiné au bout de 3 minutes) et retrouve son demi-frère Franz Oberhauser en lieu et place du Leader de l’organisation (!). Oui, vous avez bien lu, le n°1 du Spectre est le frère adoptif de Bond dont on apprend l’existence que maintenant. Une facilité de scénario, qui pourrait se confondre avec de la fainéantise, sans doute destinée à nous faire croire que nous avons là l’ennemi ultime, le double maléfique de Bond qui dirigeait chaque adversaire déjà rencontré auparavant (autre aberration scénaristique). Il s’avèrera en fait qu’il n’en est rien, Christoph Waltz incarne même le Blofeld le plus creux de toute la saga. Ce titre peu enviable, était jusqu’ici détenu par l’acteur Charles Gray dans Les Diamants sont éternels mais la composition sans relief de Waltz oblige à revaloriser très nettement la performance de son prédécesseur. Il est d’ailleurs amusant de noter que Spectre et Les Diamants sont éternels (considéré par beaucoup comme un des pires opus de la saga) possèdent de nombreux points en commun : un Blofeld manqué, une James Bond girl transparente avec Jill St John pour l’un et Léa Seydoux pour l’autre (aussi expressive qu’un golem pour cette dernière !), un acteur principal qui semble ne plus y croire malgré de réels efforts et enfin un script calamiteux qui oblige Bond à se parodier lui-même. Même dans leurs rares qualités, les deux films trouvent des points communs comme par exemple, la composition des hommes de main. Jadis, le couple de tueurs homosexuels Wint et Kidd, aussi sadiques qu’adeptes de l’humour noir, aujourd’hui Mr Hinx incarné par un Dave Bautista certes quasi muet mais doté d’une présence et d’une bestialité à l’écran qui force le respect. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la meilleure scène du film, un combat dans un train, lui est entièrement dédiée.

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Dans Spectre, il y a le thème de l’information et de la surveillance façon « Big Brother » traité en sous texte, qui nous ramène à l’éternel débat « Jusqu’où sommes-nous prêt à sacrifier notre liberté au profit de la sécurité ? ». Intéressant mais survolé tout comme la menace de mettre un terme à un programme 00 jugé obsolète à l’ère des drones et des satellites. Non décidément, ce qui intéresse les scénaristes, c’est la relation des deux frères ennemis, et l’histoire d’amour entre Bond et la fille de son vieil adversaire Mr White, Madeleine Swann, alias Léa Seydoux. On ne va pas m’éterniser ici sur cette dernière car elle reste finalement à l’image de toutes ses compositions : monolithique et peu inspirée.

Le reste du film est désormais en totale roue libre. Bond récupère Léa en Suisse après une course poursuite bien rythmée (qui nous fait oublier la précédente en voiture, qui ressemblait davantage à un pub pour Dior). Elle le conduit à un hôtel où on apprend que son père avait retrouvé la trace d’Oberhauser. Pourquoi ne l’a-t-il pas tout simplement indiqué à Bond avant de se suicider ? Mystère… Le nouveau couple se rend donc au repaire du méchant, non sans une petite partie de jambes en l’air avant. Léa Seydoux s’accrochant à l’intrigue pour deux raisons : 1/ savoir ce qui est arrivé à son père (Bah il est mort, tu n’as pas compris ?) et 2/ parce que les scénaristes veulent s’évertuer à nous faire croire que ce glaçon sera celle qui fera oublier à notre agent, Vesper Lynd alias Eva Green. Sa scène où elle prend la main de Bond, en récitant « J’ai peur James », restera l’une des pires scènes d’anti-jeu de la licence.

image lea seydoux spectre

Finalement nos deux compères arrivent au repaire de l’affreux demi-frère, une sorte d’usine/complexe sans charme que Bond fera sauter avec une seule charge explosive ( !). Mais avant le spectateur va devoir se tortiller les monologues sans fin de Christoph Waltz et sa théorie du « Coucou », ainsi qu’une séquence de torture ridicule et trop longue qui aurait dû bousiller 20 fois le cerveau de 007, selon les dires de Waltz en tout cas, alors qu’il s’en relèvera tout fringuant pour aller flinguer une dizaine de gardes en terrain découvert. Franchement quitte à rire de ce genre de scène, préférons revoir Commando. Léa, elle, en a profité pour dire « Je t’aime » à Bond (« je ne te crois pas », aurait-on répondu, tellement c’est mal joué) et Oberhauser a avoué s’appeler désormais Blofeld tout en caressant son chat blanc (révélation d’une tension inexistante) et s’être voué au mal en commençant par tuer son propre père parce qu’il l’aimait moins que Bond (où est la caméra cachée ?).

Bref, Bond et la potiche s’enfuient, reviennent à Londres pour stopper le programme de surveillance financé en sous-main par Blofeld et… se font à nouveau capturer. Léa, après avoir voulu plaquer 007 parce qu’elle trouvait son mode de vie trop dangereux, se retrouve enfermée dans les anciens locaux du MI6, détruits jadis par Silva alias Javier Bardem. Bond court la délivrer avant que l’immeuble ne saute, non sans avoir dû se taper avant un nouveau monologue creux de Christoph Waltz qui avec sa nouvelle balafre et son rire narquois fait désormais plus penser à un troll qu’un génie du crime. James Bond trouve Léa Seydoux à temps (malheureusement) et s’enfuit avec elle en sautant dans le vide en plein sur un filet de sécurité posé judicieusement là.

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Blofeld, lui pendant ce temps, ricane, ignorant que M a stoppé son agent dormant et le programme de surveillance global qu’ils avaient mis en place, échec donc. Un double même car Bond poursuit son hélicoptère en bateau (trouvé intact dans les ruines du MI6. Ils ont dû l’oublier lors du déménagement) et le fait s’écraser en tirant avec son PPK, une arme de calibre insuffisant pour ne serait-ce qu’atteindre l’hélicoptère à cette distance. Waltz s’écrase, rampe et se fait menacer par Bond qui doit alors choisir entre le tuer ou le laisser vivre. Dilemme ! Finalement après un coup d’œil vers M et Léa Seydoux, il renonce et part avec cette dernière (personnellement j’aurais préféré rempiler pour 10 ans). Epiloque, Bond récupère son Aston Martin et s’envole vers le soleil couchant avec sa dulcinée.

Quel film ! Comment un tel ratage a-t-il pu se produire ? Mendes, pourtant inspiré sur Skyfall, n’est ici en terme de narration que l’ombre de lui-même et l’ensemble du film s’en ressent. Peut-être aurait-il dû davantage se préoccuper du scénario avant de se relancer dans l’aventure et éviter ainsi des dialogues pauvres et des erreurs de casting flagrantes. Quoiqu’il en soit, le mal est fait et certains diront peut-être que cet épisode n’est destiné qu’à nous ramener à une seconde version d’Au Service secret de sa Majesté, où Bond perdrait son second amour sous les tirs d’un Blofeld fraichement évadé. Oui, ce serait une bonne idée mais encore aurait-il fallu qu’elle soit introduite par un bon film, ce qui est loin d’être le cas. Peut-être est il préférable que Bond se réinvente une nouvelle fois pour mieux rebondir. Peut-être en rappelant le magicien Martin Campbell ?

https://youtu.be/z4UDNzXD3qA