[Critique] Ash Vs Evil Dead Saison 1 : une réussite qui dépasse les attentes

image affiche ash vs evil deadEvil Dead. Plus qu’un titre, une légende pour un nombre impressionnant de fans de cinéma d’horreur. Après un premier film réalisé avec des bouts de ficelle, mais surtout avec un talent hors norme à la réalisation, Sam Raimi, Evil Dead est devenu un énorme objet de culte. Difficile d’aller contre cet avis généralisé, tant toutes les composantes de la trilogie sont marquées du sceau de l’immanquable. Un personnage, Ash, qui rassemble en une seule enveloppe corporelle à la fois le cliché de l’homme fort, très efficace face aux démons mais too much avec les filles qu’il réussit à approcher, mais aussi véritable ressort comique. Mélange d’épouvante et d’humour grinçant, Evil Dead, semblait promis à ne plus être ressuscité. Sam Raimi, occupé avec des franchises bien plus grand public, mais aussi le récent (et pas si mauvais) remake, sorti en 2013, pouvait laisser croire que la destinée de la licence était de rester un objet à aimer, et faire aimer, notamment aux jeunes générations. C’était sans compter la bande de filous derrière Evil Dead et, alors que Bruce Campbell, le fameux Ash, revenait souvent à la charge, Sam Raimi craque : il y aura bien une vraie suite à Evil Dead 3. Mais sous forme de série, ce que personne n’a vu venir, et diffusée depuis le 7 Janvier sur OCS Choc. Alors, la transition vers le petit écran, intitulée Ash Vs Evil Dead s’est-elle effectuée sans casse ?

Tout d’abord, il faut placer Ash Vs Evil Dead temporellement. L’action de la série se situe après Evil Dead 3. Donc, nous retrouvons un Ash à la main droite coupée, qu’il peut remplacer par la très vrombissante tronçonneuse. Cependant, et évidemment en accord avec la situation physique de Bruce Campbell, la suite n’est pas direct au troisième Evil Dead. Le récit débute alors qu’Ash est un employé de supermarché, son but étant, visiblement, d’essayer de passer inaperçu. Évidemment, ce n’est pas Ash qui va vers les problèmes, mais l’inverse, même si l’anti-héros a le chic pour empirer sa malchance. Par le truchement de péripéties improbables et de rencontres savoureuses, Ash se retrouve aux affaires, à devoir affronter les démons sanguinaires qu’il ne connaît que trop bien. Mais, cette fois-ci, il n’est pas seul.

image ocs ash vs evil dead

On le voit, l’intrigue d’Ash Vs Evil Dead veut faire l’impasse sur toute problématique secondaire, afin de se concentrer sur ce qui est raconté, malicieusement, dans le titre. Ainsi, cette première saison est ramassée, avec dix épisodes de 28 minutes, à l’exception des deux extrémités (le pilote fait 41 minutes, le final, quant à lui, 35 minutes). On pouvait craindre que ça ne fasse pas assez, mais l’évidence saute aux yeux très rapidement : ce choix est salutaire pour la série. Son concept est bonifié grâce à la rapidité d’exécution ordonnée par le format. Les vannes fusent, les situations jouissives s’enchaînent, l’univers si particulier d’Evil Dead est parfaitement respecté, tout en apportant une dose de fraîcheur, sur laquelle nous reviendrons plus bas. Chaque épisode se vit intensément, et l’on se prend à se pincer, tant la réussite fait halluciner. Les vannes sexistes d’Ash sont le meilleur exemples : le retour d’une telle licence ne peut pas se faire à moitié, et le côté immonde du personnage, qui paie souvent ses bassesses, fait partie des codes de la franchise.

Ash, toujours aussi groovy !

Ash revient en force, mais il fallait tout de même une dose de nouveauté pour. Heureusement, comme nous avons vu, le caractère du personnage incarné par Bruce Campbell reste inchangé. Son entourage cependant, est beaucoup plus important dans Ash Vs Evil Dead que dans les films qui précédent la série. Si l’idée pouvait ne pas emballer, il faut reconnaître que le trio formé par Ash, Pablo et Kelly apporte des possibilités intéressantes. Si nous avons quelques regrets sur un ou deux épisodes, un peu trop centrés sur ces nouveaux-venus, les choses s’arrangent totalement quand l’équilibre de traitement revient au premier plan. La petite bande, formée dans la douleur (celle-ci amenuisée par l’incroyable roublardise d’Ash), part dans une sorte de road trip d’enfer, afin de réparer les bêtises provoquées par notre homme à la tronçonneuse. Le Necronomicon est toujours de la partie, mais est utilisé intelligemment, comme une sorte de zoo de papier où les gentils animaux seraient remplacés par des démons assoiffés de sang. Seulement, le format série, et la division en saison, font que les auteurs ne peuvent pas tout lâcher dès le début. Ainsi, le spectateur est habilement plongé dans de la supposition, et non du premier degré lourdingue. Par exemple, la fine équipe invoque l’un des démons du Necronomicon, réputé pour être l’un des plus faibles, histoire de venir à bout d’un gros tracas. Outre que l’idée, saugrenue, tourne mal, l’on se rend compte que le mot « faible » peut être tout à fait relatif, notamment à la force des autres démons contenus dans le fameux livre des morts. Et le spectateur se rend compte, non sans un gros frisson, que d’autres monstres seront certainement qualifiés de « dangereux »…

image ocs choc ash vs evil dead

Cette première saisons d’Ash Vs Evil Dead instaure de nouveaux personnages, qu’ils soient avec Ash, ou contre lui. Après les deux comparses, on voit arriver Amanda Fisher, incarnée par Jill Marie Jones, une policière à la courbe de progression très intéressante. On accueille aussi une autre nouvelle venue, en la personne de Ruby Knowby, jouée par Lucy Lawless, que vous connaissez pour avoir été Xena la guerrière. Une apparition loin d’être si surprenante, puisque la série fantasy fut produite par… Sam Raimi. Bref, Ruby, elle, est l’archétype du personnage qui cache bien des choses, et agit de manière trop maléfique, raisonnée, pour n’être qu’un antagoniste de plus. Tout ce petit monde apporte du relief à cette première saison d’Ash Vs Evil Dead, ajoutant une qualité d’interprétation, mais aussi des possibilités insoupçonnées, que nous ne vous spoilerons pas, bien évidemment.

image bruce campbell ash vs evil deadAu final, la saison 1 d’Ash Vs Evil Dead est une réussite en tous points, et l’une des meilleures séries de l’année. C’est bigrement gore, très respectueux des codes de la licence, tout en apportant assez de nouveautés pour ne jamais prendre le spectateur pour un simple fan de la franchise. Parmi les épisodes à retenir, on en sort surtout un, le pilote, réalisé par Sam Raimi lui-même, et qui réussit à nous donner envie, en quarante minutes, de s’embarquer dans une aventure de dix épisodes. Le reste est assez égal en qualité, signalons quelques épisodes réalisés par Michael J. Basset, ancien espoir de la mise en scène avec les intéressants La Tranchée et Wilderness, mais tombé en disgrâce après un Silent Hill Revelation de (très) triste mémoire. Ses épisodes, qui font suite à celui de Raimi, font un boulot énorme : celui de rendre fluide une transition pas aisée, d’un génie à des réalisateurs plus humbles. C’est un succès de plus à ajouter à la série. Et même si l’on peut trouver quelques toutes petites baisses de régime, notamment en milieu de saison, rien ne vient changer cette donne : Ash Vs Evil Dead a tout bon, sur toute la ligne. Vivement la saison 2.

Rappelons qu’Ash Vs Evil Dead est actuellement diffusée sur OCS Choc, et que la saison 2 est dores et déjà prévue sur cette chaîne. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
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