image couverture game of thrones une métaphysique des meurtresSérie phénomène de HBO au succès aussi bien public que critique, Game of Thrones passionne également les chercheurs, qui lui ont déjà dédié plusieurs essais, aussi bien en anglais qu’en français, ces dernières années. Dernier en date : ce Métaphysique des meurtres paru au Passeur Éditeur le 25 janvier dernier, qui aborde l’oeuvre sous un angle philosophique.

Les philosophes au Royaume des Sept Couronnes

Marianne Chaillan, prof de philo à Marseille et chargée de cours en éthique appliquée au département de philosophie d’Aix-Marseille Université, propose donc de nous pencher sur Game of Thrones et les enjeux philosophiques et moraux que soulèvent la série de la manière la plus ludique qui soit : en rapprochant chacun des personnages de grands philosophes tout en nous permettant, au travers d’expériences de pensée, de déterminer à quelle maison philosophique nous appartenons. Etes-vous davantage Jon Snow, Daenerys Targaryen, Tywin Lannister ou bien encore Ned Stark ? Cet essai vous propose de le découvrir, tout en tentant, à quelques mois de la diffusion de la saison 6 aux États-Unis, de déterminer, en guise de conclusion, qui est appelé à prendre place sur le Trône de Fer.

Rusée, cette approche a le mérite d’interpeller et de nous présenter les grands courants philosophiques avec des exemples concrets, en s’appuyant sur l’intrigue et les personnages de la série inspirée de l’oeuvre de George R. R. Martin. Surtout, cet essai nous permet d’envisager Game of Thrones sous l’angle d’une parabole philosophique. Il est vrai qu’entre les enjeux moraux complexes et les jeux de pouvoir que met en scène la série, il y a de quoi analyser et philosopher ! En ce sens, ceux qui ne voient dans cette oeuvre qu’un programme télévisé rempli de violence et de scènes de sexe risqueraient bien de changer d’avis à la lecture de cet ouvrage éclairé et pertinent, qui sait rester accessible d’un bout à l’autre.

Une réflexion érudite et ludique

De Kant à Bentham, en passant par Machiavel et Platon, Game of Thrones, une métaphysique des meurtres nous permet de mieux appréhender un certain nombre de concepts philosophiques, qu’il s’agisse de morale déontologique, conséquentialiste, du matérialisme ou de l’absolutisme. Sorte de cours de philo géant, le livre nous replonge dans les nombreux rebondissements de la série, de la saison 1 à la fin inattendue de la saison 5, en faisant ressortir leur dimension hautement philosophique. En effet, Games of Thrones, ce n’est pas seulement l’affrontement de plusieurs familles cherchant à s’emparer du pouvoir, mais aussi la confrontation de différentes conceptions de la moralité, de différents points de vue. Bien que la série se déroule en des temps fort lointains, Marianne Chaillan montre aussi ce qui peut résonner auprès des spectateurs et n’oublie pas de faire référence à des philosophes contemporains, tels que Ruwen Ogien. Elle rend ainsi plus concrets et plus palpables les différents concepts étudiés.

Organisé en trois parties (« La doctrine de la vertu au royaume des sept couronnes », « Méditations métaphysiques en deçà et au delà du mur » et « L’art de la guerre, d’Essos à Westeros »), Game of Thrones,  une métaphysique des meurtres, au-delà sa dimension ludique, encourage également une réflexion personnelle. Les différents exercices de pensée, inspirés de tests célèbres, permettent ainsi au lecteur de s’interroger sur ce qui l’anime et l’auteur les utilise comme des pierres angulaires autour desquelles elle bâtit sa réflexion, rendant celle-ci plus vivante.

Un essai de pop philo accessible et pertinent

Enfin, on sent chez Marianne Chaillan une véritable passion pour la série de HBO et son livre a le grand mérite d’être un ouvrage qui, bien qu’adressé en partie aux fans de la série (chose perceptible dès l’introduction, qui met l’accent sur le cliffhanger du dernier épisode de la saison 5 et l’attente énorme qui entoure la saison 6), ne tombe jamais dans le fan service. Le lien de connivence avec le lecteur-spectateur est bien là, mais le livre n’est jamais complaisant, jamais facile. Le lecteur n’est pas pris pour un idiot, le livre n’est pas un nouveau produit de plus vendu aux fans. On sent au contraire toute la pédagogie de l’enseignante en philosophie, qui sait faire naître l’intérêt pour sa discipline et la rendre accessible sans jamais la simplifier. Déjà auteur de deux essais de « pop philosophie » (Harry Potter à l’école de la philosophie et La playlist des philosophes), Marianne Chaillan est en outre rodée à l’exercice, et on prend autant de plaisir à la lire qu’elle en a manifestement pris à écrire.

Que vous soyez fan ou spectateur occasionnel, nous ne saurions donc que trop vous conseiller ce Game of Thrones, une métaphysique des meurtres, qui entretient avec la série un rapport aussi ludique qu’érudit et permet d’aborder, en un peu moins de 300 pages, ses principaux enjeux sous un angle philosophique. Excellent moyen de patienter avant la diffusion de la saison 6 en avril prochain, cet essai, par sa dimension pédagogique, conviendra aussi bien aux adultes qu’aux adolescents en classe de terminale.

Game of Thrones, une métaphysique des meurtres de Marianne Chaillan, Le Passeur Éditeur, 286 pages, 2016. 19,50€ 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.