image colin davidson silent testimony

Si vous passez par le cinquième arrondissement parisien, il est temps de faire un petit détour par la rue des Irlandais. Au numéro 5, vous trouverez un bâtiment certes imposant mais qui ne paie pas de mine : le Centre Culturel Irlandais. Osez pousser ses portes, vous découvrirez un lieu méconnu et grandement agréable, assez spacieux pour proposer une superbe cour, qui accueille quelques jeunes bien informés pour un pique-nique discret. C’est entre ces murs que l’exposition Silent Testimony, de Colin Davidson, a récemment posé ses valises. Attention, coup de cœur.

Reconnu dans le monde entier pour ses portraits grand format de diverses célébrités (dont Brad Pitt, Kenneth Branagh ou Michael Longley), Colin Davidson s’est lancé dans la recherche d’une expression nouvelle pour lui, et très difficile à capter : la marque du temps. Mais pas n’importe comment, car l’artiste aborde un sujet très difficile : les Troubles, période incroyablement sombre du pays de l’Irlande du Nord, à partir de la fin des années 1960. Les accords de paix de 1998 ont installé une rhétorique de l’oubli, en laissant sur le côté de la route un nombre incalculable de victimes collatérales des attentats. De plus, certains troubles on persisté jusqu’à peu…

Il suffit de faire face au premier portrait exposé pour être envahit d’une émotion tétanisante. Le visiteur ne fait pas que rencontrer des visages, il en comprend les traits, l’expression. Le style inimitable Colin Davidson semble être fait pour capter l’indicible, et rarement l’on aura été aussi bouleversé au sein d’une exposition. Silent Testimony rassemble, donc, dix-huit portraits, de femmes et d’hommes, tous touchés par un drame fatal : le décès d’au moins un proche au cours de l’impitoyable guerre civile. Chaque portrait, tous au format 127×117 centimètres, est accompagné d’une légende, décrivant le calvaire de la survivance. Comment continuer à vivre, quand on perd sa fille de 24 ans dans un attentat, ou quand l’on voit sa mère se faire battre à mort ? Vous retrouverez un exemple de ces portraits, avec sa légende, en fin d’article.

La puissance de l’expo est telle que l’on est pris à la gorge, les yeux embués. L’effet terrassant se fait ressentir, longtemps après avoir quitté Silent Testimony. Ces portraits sont si puissants que nous tissons un véritable lien avec chacun d’eux, peut-être plus l’un que l’autre selon les sensibilités. Avec cette exposition, Colin Davidson exprime parfaitement son sujet, et nous laisse KO debout. Une réussite sur toute la ligne, que vous devez vérifier par vous-même au plus vite !

Silent Testimony, par Colin Davidson, au Centre Culturel Irlandais. Entrée libre.

image portrait silent testimony

Stuart McCausland, 2014. Lorraine (23 ans), la mère de Stuart McCausland, fut battue à mort par les membres d’un gang le 8 Mars 1987. Le corps de Lorraine fut découvert dans un ruisseau, le visage tourné vers le sol, à proximité du centre communautaire de Tynedale à Belfast. Elle était mère de deux garçonnets, Stuart et Craig, qu’elle élevait seule. Dix-huit ans plus tard, le 11 Juillet 2005, Craig (20 ans) fut abattu sous les yeux de sa petite amie et de ses deux jeunes enfants.

 
Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato