image grasset mythologies americainesMythologies Américaines de Dany Laferrière vient de sortir aux éditions Grasset. Regroupant plusieurs des plus grands romans de l’auteur, cet ouvrage permet au public français de mieux connaître cet Académicien.

Comment coucher avec un nègre sans se fatiguer

Le premier grand roman présent dans ce recueil est celui qui a fait connaître Dany Laferrière au plus grand nombre. Avec ce titre plus que provocateur, il a intrigué beaucoup de personnes, choqué mais aussi interpellé. Il relate, dans un chapitre de Comment coucher avec un nègre sans se fatiguer, plusieurs des réflexions qui lui ont été faites à ce sujet : des vendeurs de lingerie qui veulent l’utiliser commercialement, un verre de vin qu’il a reçu en plein visage, une demande d’emprunt de titre… Autant d’anecdotes qui montrent bien que personne n’y reste indifférent. Et pour cause, écrit en 3 ans (il a fallu 5 minutes pour trouver le titre) ce livre parle beaucoup de la sexualité pour bien évoquer une thématique opposée : la solitude. Jeune expatrié à Montréal, le narrateur vit dans un studio avec Bouba. Passionné de littérature il passe son temps à lire, à écrire son roman sur sa Remington et à flirter avec les jeunes WASP attirées par son exotisme. Ce qui est étonnant dans ce roman est la part de vérité qu’il contient : Dany Lafferière raconte ses premiers mois à Montréal, quand il vivait avec un ami, partageant une bibliothèque, un divan, un minuscule salle de bains… Cette chambre est réelle, elle a existé dans la vie de l’auteur et il n’a fait que l’exagérer car selon lui, une personne honnête ne peut pas être écrivain, il faut avoir envie d’enjoliver les choses. Néanmoins au fur et à mesure du roman, on sent la difficulté du vide, l’envie de contrer cette solitude.

Cette grenade dans la main du jeune nègre est elle une arme ou un fruit ?

Dans ce roman, Dany Lafferière a voulu parler de l’Amérique. De nos jours on entend derrière ce mot un seul pays : les États-Unis. Hors l’Amérique est bien plus que ça, et l’auteur nous le démontre bien. Pour lui on parle d’une unité, de tout le continent partant de Port-au-Prince à Montréal et c’est un traitement inédit. Le début de l’histoire est un écrivain à qui on propose un tour des États-Unis ; Dany Lafferière voulait regarder à la fois les Noirs et les Blancs, en opposition aux autres écrivains qui se focalisaient sur une seule facette. Selon lui, un écrivain noir a dans son ADN une volonté de traverser les grandes villes universitaires noires américaines. Un écrivain blanc quant à lui restera dans des quartiers qui lui semblent inconsciemment sécurisés. En allant dans les villes de l’Amérique dite profonde, Dany Lafferière veut également montrer que la paysannerie ne veut pas dire inculture, que l’intelligence américaine n’est pas un mythe malgré le mépris de beaucoup d’européens. Et cela donne un roman passionnant à la fois par sa nouveauté dans le paysage littéraire mais aussi par sa vision plus globale et moins caricaturale.

Un seul ouvrage, plusieurs livres, une continuité

Si Dany Lafferière a accepté de faire paraître sous une nouvelle forme ses romans, c’est parce qu’il considère qu’ils ne forment qu’un seul livre. Par peur du temps, du manque de celui-ci, il a préféré les publier par fractions. Les grands thèmes abordés : littérature (on trouve dans ses livres un grand nombre de références), le sexe, le rapport aux femmes et Montréal. Partisan de la non-définition des mots, l’écrivain préfère qu’ils gardent leurs mystères, qu’ils aient une couleur, une odeur… que chacun d’entre nous sera apte à déterminer. Et c’est cela qui fait la force de ses écrits : il garde sa liberté, sait où se trouve la limite entre romance et vérité et nous n’avons pas besoin d’en savoir plus. C’est à nous, lecteurs, de choisir ce que nous voulons voir.

Mythologies Américaines, un livre de Dany Laferrière aux Éditions Grasset, 2016, 560 pages, 22 €.