image boite agatha christie abc murdersCaractéristiques

  • Test effectué sur : PlayStation 4
  • Sortie sur : PlayStation 4, Xbox One, PC et Mac
  • Genre : Aventure, Point and click
  • Editeur : Microïds
  • Développeur : Artefacts Studios
  • Sortie France : 4 Février 2016

Test

Le genre du point and click aurait-il enfin trouvé son rythme de croisière sur consoles ? En tout cas, grâce à l’avènement de la licence des Sherlock Holmes, avec l’épisode Crimes And Punishments tout particulièrement, le genre a connu un véritable rebond. Dorénavant associé au monde du jeu indépendant, très friand de « néo-rétro », le point and click ne pouvait que faire un retour fracassant en tout cas, et si nous reviendrons bientôt sur certaines nouveautés, c’est aujourd’hui le cas d’un autre détective culte qui nous intéresse : Hercule Poirot.

Agatha Chrisie : The ABC Murders, un titre qui rappellera sûrement quelque chose aux inconditionnels de la « Reine du crime », auteure parmi les plus importantes du vingtième siècle. En effet, le scénario du jeu n’est autre que celui de l’un de ses romans les plus connus : ABC contre Poirot, qui a déjà donné un film, trois téléfilms, un feuilleton radiophonique et… un jeu sur Nintendo DS en 2009. L’histoire nous plonge en 1935, alors que le détective belge Hercule Poirot reçoit une mystérieuse lettre lui annonçant un meurtre à venir. Signé ABC, cet avertissement est malheureusement suivi d’effets. Le tueur nargue la police et notre héro, mis au défi. Accompagné de son fidèle ami, le capitaine Hastings, Poirot va devoir faire face à un tueur remarquablement intelligent et réfléchi, en trouvant avant tout les liens entre les meurtres.

Contrairement à la licence Sherlock Holmes, Agatha Christie : The ABC Murders se présente sous la forme d’un scénario linéaire, et non une somme de plusieurs affaires. Ce sera la différence la plus flagrante entre les deux détective car, pour le reste, énormément d’éléments de gameplay les rapprochent, et ce n’est pas un mal tant les bonnes idées sont faîtes pour être réappropriées. Le déroulé est carré : Poirot reçoit une lettre dans son bureau, là le joueur rentre en scène et doit prendre en main son personnage. Un peu lent dans ses déplacements, celui-ci est, par contre, très précis et répond assez bien aux ordres du joueur pour ne pas être un véritable poids. Tout se gère par interactions avec le décor, le stick de gauche sert à se déplacer, et le droit à bouger le curseur et, donc, découvrir des réactions au sein de son environnement, qui seront effectives à l’aide d’un seul bouton. Simple, fonctionnel, on n’en demande pas plus.

Le b.a-ba du point and click

image screenshot agatha christie abc murders

C’est quand Hercule Poirot se rend sur une scène de crime que le jeu débute véritablement. Le meurtre est alors abordé de plein fouet, et se mettent en marche tout un tas d’éléments. Il faut, bien évidemment, observer les alentours, les témoins et le cadavre. Pour se faire, Agatha Christie : The ABC Murders lance une phase d’observation, aussi bien des personnages que des décors. L’enquêteur se concentre alors sur un de ceux-ci, et c’est à nous que revient la responsabilité de trouver les étrangetés qui parsèment l’écran. Si le joueur se prend vite au jeu, et c’est une force que d’être facile d’accès, l’on peut aussi regretter le manque de challenge de ces scènes. Un effet visuel, plongeant dans le flou ce qui est normal à l’approche d’un indice, le tout accompagné de vibrations de la manette, ça fait un peu beaucoup. De plus, si certaines de ces séquences sont inévitables pour le scénario, d’autres nous ont semblé un peu plus discutables, accompagnant trop le ressenti déjà clair de Poirot. Alors certes, on prend du plaisir, mais l’on aurait aimé une meilleure justification sur certains passages.

L’autre méthode d’enquête d’Agatha Christie : The ABC Murders consiste, évidemment, à résoudre des énigmes. Que les allergiques aux casses-têtes tordus époque LucasArts se rassurent : rien d’aussi exigeant avec Hercule Poirot. L’objet à inspecter s’isole du reste, et le puzzle peut enfin commencer, pour accoucher systématiquement sur l’acquisition d’une ou plusieurs preuves. Vous n’aurez, donc, pas trop à vous torturer les méninges, même si le jeu permet aux moins expérimentés d’acquérir des indices. Dans les faits, nous n’en avons jamais eu besoin pour les besoins de ce test. Peut-être trop aisées pour certains, ces phases ont le mérite de ne pas faire hurler de douleur, ni de faire baisser les bras. L’intention est claire : tout faire pour que le joueur puisse compléter l’histoire, en voir la fin.

Dans les point and click modernes, la place du dialogue est de plus en plus grande. Agatha Christie : The ABC Murders n’échappe pas à cette nouvelle donne, en proposant moult interrogatoires. Là aussi, le jeu réussit partiellement son coup. Les possibilités de réponses sont assez nombreuses pour que le joueur puisse avoir l’impression de maîtriser sa destinée, et le système de points d’égo, que l’on gagne en agissant comme le ferait Poirot, peut aussi pousser à se replonger dans l’aventure en s’appropriant la personnalité du détective belge. Seulement, dans les faits, aucun indice qui découle des interrogatoires ne peut vous échapper, vous arriverez toujours à bon port. Pas de game over en vue. Toujours cette envie de voir le plus grand nombre satisfait, au risque de parfois mettre de côté l’immersion, mais pour gagner l’adhésion d’un public qui a, lui aussi, le droit de s’amuser.

Agatha Christie pour tous

image microids agatha christie abc murders

Une fois que les enquêteurs en herbe auront rassemblé assez de preuves, Agatha Christie : The ABC Murders leur réserve deux dernières épreuves : la mise en relation des éléments, accouchant de preuves irréfutables, mais aussi l’incontournable reconstitution du meurtre. Le mot d’ordre reste le même : rien ne doit vraiment rebuter le joueur que l’on qualifiera de « casual ». En tout cas, rien ne pourra l’emmener sur une fausse piste, ni même le faire se tromper sur l’identité du coupable au moment propice. Dommage pour les amateurs de multiples fins, mais pas tant que ça pour un public qui aime avant tout se frotter à une intrigue. Celle-ci, si elle est parfois ralentie par certains puzzles sans trop de justification scénaristique, est tout de même assez forte pour emporter l’adhésion.

Quant au chapitre technique, Agatha Christie : ABC Murders reste sur sa lancée : du bon, et du moins convaincant. Visuellement, le jeu est emprunt d’une vraie personnalité. Le cel-shading est une réussite, et ce même si l’on observe un peu d’aliasing. La direction artistique ne souffre d’aucune fausse note, et l’on prend plaisir à admirer certains paysages. Côté ambiance sonore, c’est un peu plus nuancé. Si les musiques sont inattaquables, pour les voix c’est un peu plus problématique. Celles des protagonistes principaux ont fait l’objet d’un vrai soin, mais les personnages secondaires sont moins gâtés. Aussi, niveau bruitages, on pourra pester contre celui des pas de Poirot, parfois très étranges.

Au final, Agatha Christie : ABC Murders est un jeu agréable à jouer, tout en étant conscient de certains défauts plus ou moins gênants. Tenter de concilier joueurs de point and click confirmés et nouveaux venus n’est pas chose aisée, et l’on peut au moins donner au soft le crédit de cette volonté. Le prix à payer est une simplification du concept, mais pour autant le plaisir n’en est pas absent. Scénario prenant et personnages alambiqués au sein d’un récit maîtrisé, et pour cause, Agatha Chrisie : ABC Murders se vit très bien tout au long de quelques heures dont vous aurez besoin pour le boucler (six, pour être plus précis). C’est tout ce qu’on lui demande même si l’on attend quelques améliorations pour les prochaines aventures de Poirot qui, nous l’espérons, verront le jour.

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato