image couverture une petite chose sans importanceCatherine Fradier est aussi bien connue pour ses romans policiers (notamment La colère des enfants déchus et Camino 999) que pour son procès retentissant l’opposant à l’Opus Dei. Après de nombreux métiers aussi divers que variés (de serveuse à agent de police), elle se consacre aujourd’hui à l’écriture. Rompant avec la tradition des polars, elle nous présente sa première fiction jeunesse aux éditions du Diable vauvert, Une petite chose sans importance, dans lequel elle croise les destins de deux adolescents que tout oppose mais qui seront liés par des événements qui les dépassent.

Un thème atypique

Sacha a 13 ans 9 mois et 6 jour, il tient à cette précision. Petit bonhomme pas comme les autres, il vit avec sa mère, médecin humanitaire, dans un campement en République Démocratique du Congo où elle essaye de redonner un peu de vie à des enfants ayant connu des situations de guerre. Sacha, en tant que narrateur, nous explique très rapidement qu’il a le syndrome d’Asperger, une forme d’autisme qui joue fortement sur les interactions sociales et pousse les personnes atteintes à des comportements répétitifs, méticuleux. Pas facile pour ce jeune garçon de s’adapter à un environnement aussi délicat que celui d’un campement d’ONG mais grâce à l’aide de sa mère et d’une bénévole, il parvient à trouver son équilibre. Pourtant tout va être perturbé par l’arrivée d’une adolescente, Destinée. Ancien enfant-soldat, elle nourrit l’espoir de repartir dans le campement de la milice qui l’avait capturée afin de récupérer son bébé et reconstruire sa vie. De façon à la fois naturelle et étrange, ces deux personnages singuliers vont essayer de se comprendre, d’apprendre l’un de l’autre, au point de se retrouver embarquer dans une aventure périlleuse…

Un livre ambitieux

Les deux personnages d’Une petite chose sans importance présentent une caractéristique principale assez étonnante : le syndrome d’Asperger pour l’un, une vie d’enfant-soldat pour l’autre. Ces dernières années ont vu se développer des films, série, sur les handicaps mais le plus souvent physique (on peut bien sûr penser à Intouchable, La famille Bélier ou Switched). Aborder la thématique d’un trouble autistique est plus rare et délicat : comment retranscrire ce qu’il se passe dans la tête d’une personne atteinte de ce syndrome ? Comment réussir à trouver les mots pour en parler de façon à pouvoir atteindre un public jeune ? Avec Une petite chose sans importance, Catherine Fradier a effectué un grand travail de recherches (comme pour tous ses romans) afin de coller au mieux aux différentes réactions du jeune garçon et la vulgarisation est très efficace. Pas besoin de grands mots scientifiques, le fait d’avoir placé Sacha en tant que narrateur principal nous permet de connaître ses actes mais aussi les motivations de ceux-ci, nous permettant une meilleure compréhension de la maladie.

Un beau message d’espoir

Le deuxième personnage sur lequel repose Une petite chose sans importance est Destinée. Loin de vouloir nous raconter les horreurs de la guerre, la reconstruction (si elle est possible), Catherine Fradier préfère mettre de l’espoir dans cette jeune fille. Malmenée par la vie, elle porte en elle la volonté de protéger son fils, de lui donner ce qu’elle n’a pas pu avoir. Et elle va trouver en Sacha un confident, un ami, de façon assez surprenante car son syndrome lui rend toutes les interactions sociales difficiles. Et pourtant, l’amitié pourra naître malgré cela, ou peut-être bien grâce à cela, nous vous laissons découvrir pourquoi et vous faire votre opinion…

Un livre pour adolescent à conseiller !

Des personnages très attachants, une intrigue bien ficelée, Une petite chose sans importance est un joli livre pour adolescent. Facile d’accès, on y perçoit une volonté de présenter une amitié atypique, de nous montrer que les gens que l’on perçoit différemment peuvent très bien nous apporter de l’aide. Aucun des deux personnages ne posent d’étiquette sur l’autre, ils sont Sacha et Destinée avant d’être un jeune garçon atteint d’Asperger et un ancien enfant-soldat. Catherine Fradier nous invite à voir que nous pouvons apprécier des personnes au-delà des préjugés et c’est rafraîchissant, même pour des adultes.

Une petite chose sans importance, par Catherine Fradier. Aux éditions Au Diable Vauvert, 170 pages, 12€. Sortie le 3 Mars 2016.