image le fils de saulCaractéristiques

  • Titre original : Saul Fia
  • Réalisateur : Laszlo Nemes
  • Avec : Géza Röhrig, Levente Molnar, Urs Rechn
  • Editeur : Ad Vitam
  • Date de sortie BR / DVD : 5 Avril 2016
  • Durée : 107 minutes

Image : 5/5

Un master impeccable, qui permet à la photographie sublime de Matyas Erdély d’être très bien soutenue. Zéro artefact, et surtout zéro bruit électronique afin de bien être plongé dans l’action sans avoir l’impression d’assister à un spectacle projeté.

Son : 5/5

DTS-HD Master Audio 5.1 et 2.0, aussi bien pour la version originale sous-titrée français que pour la version française. Évidemment, le 5.1 VOSTFR est à privilégier afin de regarder Le Fils De Saul dans les conditions idéales, pour bien capter le propos intimiste du film. On a écouté au casque, aucun souffle ne vient nous tirer de l’immersion que cherche à créer le réalisateur. Signalons des sous-titres pour sourds et malentendants, et une audiodescription. Précisons que, pour nous, La VF est à éviter à tout prix…

Bonus : 3.5/5

On aurait apprécié un making of pointu, malheureusement nous n’en avons pas. Cependant, le commentaire audio de Laszlo Nemes et Matthieu Taponier (monteur du film) nous donne beaucoup de précision sur la faisabilité technique de certaines séquences. Pour compléter ce plat de résistance, une scène coupée à raison tant elle n’apportait pas grand chose. Mais aussi « With a little patience »  un court-métrage signé Laszlo Nemes, long de 14 minutes. On y trouve bien des signes annonciateurs de ce que sera Le Fils De Saul formellement, notamment dans le plan d’ouverture.

Synopsis

Le Fils De Saul montre, début octobre 1944, deux journées de la vie de Saul Ausländer, prisonnier juif hongrois à Auschwitz. Il fait partie du Sonderkommando de l’un des fours crématoires, groupe d’ouvriers strictement séparé du reste du camp et qui, tout en attendant leur propre exécution à tout moment, est forcé de participer à la crémation et à la dispersion des cendres des victimes de l’extermination massive. Saul croit reconnaître son fils dans un enfant mort, et décide de tenter de le sauver de l’incinération et d’entrer en contact avec un rabbin, avec qui il l’enterrera selon le rite approprié. Entre-temps le Sonderkommando désespéré se prépare à se révolter et à saccager le crématorium, mais Saul se détourne d’eux et a pour seule obsession de mener à bien son projet, pour son fils dont il n’avait pas su s’occuper de son vivant.

image geza rohrig le fils de saul

Le film

Beaucoup de choses ont été écrites sur Le Fils De Saul, Grand Prix au Festival de Cannes 2015. Laszlo Nemes, dont une partie de la famille fut massacrée à Aushwitz, s’empare du sujet des Sonderkommando dans un but clair et précis : éviter tout rendu épique, afin de mieux placer le spectateur dans une immersion terrifiante. Si le fondamental est du genre précieux en ce moment, le formel a clairement divisé le public, et nous allons voir que ce clivage était assez inévitable…

Le Fils De Saul s’appuie sur un parti-pris fort, on peut même parler de concept tant Laszlo Nemes porte sa volonté de coller à son personnage vers un sommet qui, de tête, n’a que rarement été atteint. Dès le plan d’ouverture, le réalisateur donne les clés de sa mise en scène : celle-ci sera mise au service de Saul Aüslander, et uniquement dans ce but. Le spectateur va vivre deux jours dans l’inimaginable horreur du quotidien de ce personnage, traversant les situations les plus terribles que l’on puisse s’imaginer, au fil d’un cheminement dont l’issue paraît inévitable.

image ad vitam le fils de saul

Alors que la caméra de Laszlo Nemes colle au plus près de l’action, et que son choix du 1.37 sculpte une ambiance irrespirable, Le Fils De Saul doit faire face à une grosse contradiction. Celle-ci est provoqué par le point de vue, pas spécialement bien maîtrisé, et surtout difficilement tenable avec cette forme finalement assez nombriliste, plongeant ce qui entoure Saul dans le flou artistique. Cette démarche a une limite, car si elle peut émouvoir sur un segment, elle devient discutable car systématique. Le spectateur est pris à la gorge, ne pourra pas retenir son émotion alors que les chambres à gaz, loin de celles que Spielberg a très maladroitement décrite dans son pourtant génial La Liste de Schindler, mais vers l’heure de métrage il ne pourra pas s’éviter de se demander où va le film. Pas en terme de récit, mais de catharsis : où se situe le public, comment exorciser ses craintes ? Laszlo Nemes ne cherche pas à répondre à cette question, trop occupé à nous faire vivre ce qui est, certes, un véritable grand huit émotionnel.

Le Fils De Saul n’est absolument pas un échec pour autant. C’est juste que sa volonté de coller à son personnage principal n’est pas spécialement payante, de par le parti-pris du réalisateur qui, en plongeant le décor dans le flou, refuse la dramaturgie cinématographique (qui n’est pas la théâtrale). On sort du film épuisé, sur les rotules, et certain d’avoir assisté à une œuvre de grande qualité, courageuse et talentueusement mise en scène. Seulement, un grand film ce n’est pas que ça, c’est aussi un dialogue avec le spectateur, qui doit se retrouver au centre de l’œuvre, afin non pas de vivre une situation mais d’exorciser une partie de ce qui fait son for intérieur. Si, sur ce point, Le Fils De Saul prête à débat, il est indiscutable que la recherche de l’oppression par les moyens cinématographiques est une réussite sur toute la ligne. Une œuvre aussi intéressante que nécessaire puisque, il faut le répéter, l’époque a clairement besoin de ce genre de film…

Le Fils De Saul, un film de Laszlo Nemes. Un Blu-Ray édité par Ad Vitam, 24.99€. Sortie le 5 Avril 2016.

https://youtu.be/EmgIQDt_a2Y 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato