image couverture l'esprit du judaismeDu bien fondé du judaïsme d’affirmation

Bernard-Henri Lévy. Nitroglycérine. TNT. Dynamite. Mine de rien, le philosophe, l’écrivain, est bien loin de l’image purement fantasmée par certaines âmes errantes. On en a lu, des énormités sur son compte. Des accusations. Des critiques fondées et respectueuses, signalons-les, mais surtout des torrents de boue, d’immondices qui, de facto, prouvent bien des choses. Bien des significations, derrière des boucliers sémantiques d’une lâcheté qui n’a d’égale que la gravité des propos. Bernard-Henri Lévy. Si nous avons absolument voulu vous proposer un article sur son dernier ouvrage en date, L’Esprit Du Judaïsme, c’est avant tout par envie, par besoin, de malmener cette sorte de chape de plomb qui tombe sur toute personne voulant véritablement aborder son œuvre. Loin des vieux débats, débarrassé des mauvaises passions, faisant fi de toutes les haines. Et si Bernard-Henri Lévy avait livré l’un des tous meilleurs ouvrages de l’année ? Cette question, on est en droit de se la poser.

Il suffit de lire le quatrième de couverture pour comprendre que L’Esprit du Judaïsme est de l’ordre de ces œuvres qui pensent, bien plus qu’elle ne commentent. Pourtant, les premières pages ont à voir avec le moment présent ou, du moins, le segment d’Histoire que nous vivons. Via une analyse d’une justesse indiscutable, l’auteur décrypte ce qui fait l’antisémitisme, et ses trois piliers que nous devons connaître avant même de combattre. Bernard-Henri Lévy, tout en trouvant les mots idoines aux maux, aux dangers qu’il a tout de même bien fait de ne pas grossir à l’excès. En les renvoyant au stade de jérémiades d’hystériques drapés dans l’idéologie antisioniste, pour mieux cacher l’antisémitisme qui, parfois, fait plus que guetter, l’auteur trouve le ton parfait. Ces dizaines de pages nous ont fait un effet que l’on ne soupçonnait pas, tant le philosophe a réussi à coucher sur le papier ce qui fait la haine judéophobe moderne.

Une fois ce sujet bien établi, traité avec une intelligence qui ne peut qu’interroger le lecteur (notamment tout le passage sur les États-Unis), il est temps pour Bernard-Henri Lévy de se lancer dans une volonté inédite (du moins à notre connaissance). Expliquer en quoi le judaïsme, via le Talmud, est un véritable trésor pour l’humanité. Évidemment, l’auteur de L’Esprit Du Judaïsme n’avance jamais que telle ou telle civilisation vaudrait mieux qu’une autre. Non. Le philosophe donne dans le factuel. Mais prenons les éléments dans l’ordre. Avant de parler des trésors du Talmud, il faut comprendre à quel point ce qui fait défaut, aujourd’hui, est le savoir, et non la croyance, en un Dieu unique, et ce même s’il n’est que pur fantasme. L’absence de Dieu ne peut qu’aboutir à la naissance du nihilisme, donc à celle d’une multitude de démons qui, s’ils n’ont pas de cornes sur la tête ou de queue crochue, ont le pouvoir d’exterminer des peuples. Le propos, c’est de reconstruire Dieu pour retrouver le vrai sens de la Liberté. Courageux.

Un courageux livre de combat

Une fois réhabilitée l’idée d’un Dieu unique, Bernard-Henri Lévy peut dérouler son intraitable exposé. Au fil des pages, le discours est d’une vigueur étonnante. Inspirante. Si vous n’habitez pas dans une caverne, vous savez que l’idée la plus discutée de L’Esprit Du Judaïsme est la relation entre le peuple Juif et l’esprit Français. Bernard-Henri Lévy met les pieds dans le plat, et fait la lumière sur l’impact de la plus ancienne des religions du Livre sur notre civilisation. Pour ce faire, l’auteur parle de trois personnages : Bodin, Rachi et Proust. Notamment, pour ce dernier, c’est l’impact d’une rencontre avec l’esprit juif qui l’a poussé à avoir une influence considérable sur la langue Française. Si l’on peut regretter que l’auteur oublie un peu facilement Louis de Saint Simon dans la révolution « proustienne », l’argumentaire de Bernard-Henri Lévy ne souffre d’aucune subjectivité. L’idée est incomplète, mais factuellement, elle permet au lecteur de se poser bien des questions.

Lire L’Esprit Du Judaïsme débarrassé de tout à-priori est une expérience incroyablement enrichissante. On y apprend beaucoup. Tout le passage sur « Aller dire à Ninive », est à lire très attentivement, notamment pour comprendre l’action de Bernard-Henri Lévy. Ce qui anime cet homme, derrière cette image de dandy peut-être un peu maladroite. Autre passage captivant, la lumière faite sur la véritable signification de « peuple élu » car, si l’expression prête à sourire, sa définition n’est pas du tout celle que les mots lui donnent. Une mise au point nécessaire, même si la quête d’universel, comme inscrit dans l’ADN du peuple juif, devrait suffire à contrer tout contresens.

On termine la lecture de L’Esprit Du Judaïsme avec un sentiment qu’il était bien difficile de voir venir. L’effet terrible des clairons et trompettes médiatiques, et des insultes d’Internet, qui se déchaînent à chaque fois, ne jouent pas en faveur d’une lecture profonde. Visiblement, l’œuvre de Bernard-Henri Lévy mérite mieux que ce bruit intempestif. Impossible de ne pas signaler le style, qui fait que l’on dévore le livre sans aucunement défaillir. Ne passez pas à côté de L’Esprit Du Judaïsme.

L’Esprit Du Judaïsme, écrit pas Bernards-Henri Lévy. Aux éditions Grasset, 448 pages, 22.00 €. Sortie le 3 Février 2016. 

Natacha Fleurot

Natacha Fleurot

Diplômée en Lettres Modernes, Natacha Fleurot rejoint la rédaction de Culturellement Vôtre fin 2015. Spécialisée dans les oeuvres jeunesse, young adult ainsi que la fantasy, elle réalise de nombreux articles dans les rubriques Livres et Cinéma. Passionnée de cuisine, elle teste aussi régulièrement des livres de cuisine et écrit dans la catégorie Food de la rubrique Lifestyle.
Natacha Fleurot