image couverture dragon de glace george r. r. martin luis royo flammarion jeunesseAvant de nous faire redécouvrir le très beau roman jeunesse de Stephen King, Les yeux du dragon, Flammarion Jeunesse a publié en octobre 2015 la nouvelle fantasy Dragon de glace de George R. R. Martin, l’auteur de la célèbre saga Le Trône de Fer, qui a donné lieu à la série de HBO, Game of Thrones. Destiné à un jeune public (à partir de 8-9 ans), ce bref récit reprend les codes du conte pour nous raconter le l’histoire d’Adara, une petite fille différente des autres et son magnifique dragon de glace, qu’elle est la seule à pouvoir approcher.

Un beau conte initiatique

Conte initiatique sur le passage de l’enfance à l’adolescence, mais aussi sur les émotions réprimées, Dragon de glace plonge le lecteur dans un monde médiéval où les guerres menacent de ravager la région où vit la jeune héroïne. Pour défendre ses terres, le roi fait appel à des dragonniers, qui chevauchent ces imposantes créatures. Cependant, un seul type de dragons fait véritablement peur aux hommes : les dragons de glace, qui soufflent le froid au lieu de cracher du feu. Annonçant la venue de l’hiver et provoquant de terribles dégâts, tout le monde les redoute.

Une petite fille née au coeur de l’hiver le plus rude, Adara, va cependant parvenir à l’approcher et à nouer une amitié indéfectible avec lui, qui lui permettra de vaincre à elle seule les terribles ennemis du royaume. Car la naissance d’Adara l’a rendue spéciale : elle peut toucher les lézards de glace sans que la chaleur de sa peau ne les brûle et elle peut également toucher et chevaucher le magnifique et terrifiant dragon de glace sans courir le moindre risque.

Voilà un conte pour enfants d’une grande beauté, simple et touchant à la fois. George R. R. Martin, principalement connu pour ses romans pour adultes souvent sanglants, se prête à l’exercice délicat du livre jeunesse avec une belle sensibilité, imprégnant son récit mélancolique d’une poésie véritable. Il a créé pour le jeune public un monde sombre et merveilleux à la fois, esquissé avec finalement peu de mots, mais dont la description laisse une forte impression au lecteur, surtout lorsque nous sommes amenés à voir l’environnement par le regard d’Adara, qui est capable de voir de la beauté dans l’hiver et construit des châteaux de neige peuplés de lézards de glace. Ce regard un rien mélancolique porté sur l’enfance, l’héroïne parvenant à se créer, au milieu d’un environnement beau mais hostile, un monde qui n’appartient qu’à elle, est ce qui touchera le plus le lecteur adulte. L’enfant, lui, sera émerveillé par cette amitié hors norme et ce monde imaginaire où le drame côtoie le merveilleux.

Un regard délicat sur la fin de l’enfance

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Adara et le dragon de glace. Illustration de Luis Royo.

On le devine assez vite, Adara devra accepter de grandir et de laisser entrer l’été, mais aussi ses proches, dans son coeur. Fille de l’hiver, qui a coûté la vie à sa mère, elle se montre en apparence assez froide envers les siens, et plus particulièrement son père, qui souffre toujours de la disparition de sa femme et aime sa fille d’un amour douloureux. Mais si elle souffre en silence de l’absence de cette mère et de la distance de son père, la petite fille ne le laisse jamais paraître, réprimant ses émotions et réservant ses sourires aux créatures peuplant son jardin d’hiver secret.

L’évolution de la jeune fille, comment elle va enfin pouvoir s’ouvrir aux autres, quitter peu à peu le froid de l’hiver, synonyme de magie pour elle, mais également de solitude, est au coeur du récit. Et, évidemment, cela se fera par le biais de ce dragon majestueux qu’elle est la seule à pouvoir approcher. Sans en dévoiler davantage, notons simplement que George R. R. Martin, qui a publié pour la première fois cette nouvelle en 1980 au sein du recueil Dragons of Light, a réussi à convoquer ce qui fait la force des vrais contes, évoquant la fin de l’enfance en trouvant un équilibre délicat entre noirceur et merveilleux.

Parfois triste, mais finalement positif (le message pour l’enfant étant que même si c’est une étape difficile, grandir est une bonne chose), Dragon de glace est un conte de toute beauté sur cette période ô combien délicate que constitue le passage de l’enfance à l’adolescence. La narration, simple et subtile, démontre si besoin était le talent de conteur hors pair de George R. R. Martin, dont les mots sont d’une belle force d’évocation. Il nous faut aussi saluer le travail d’illustration réalisé par le célèbre dessinateur espagnol Luis Royo, spécialisé dans la fantasy. Conçus pour la réédition de la nouvelle en 2014 aux États-Unis, ses dessins, absolument magnifiques, donnent vie à l’univers imaginé par l’auteur avec beaucoup de force et un sens du détail impressionnant, laissant adultes et enfants tout aussi émerveillés. Si la nouvelle se lit relativement vite, l’oeil s’attarde volontiers sur les nombreuses illustrations accompagnant le texte. Nous ne saurions donc que trop vous conseiller cette somptueuse édition.

Dragon de glace de George R. R. Martin, Flammarion Jeunesse, 14 octobre 2015, 117 pages. A partir de 8-9 ans. 12,90€    

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.