image affiche les enquêtes du département V délivrance filmCaractéristiques

  • Réalisateur:  Hans Petter Moland
  • Avec : Nikolaj Lie Kaas, Fares Fares, Pål Sverre Valheim Hagen, Jakob Oftebro…
  • Distributeur : Wild Bunch Distribution
  • Genre :  Policier, thriller
  • Durée :  112 minutes
  • Sortie en e-cinema :  5 mai 2016

Critique

Après un premier volet plébiscité, Miséricorde, et un second film, plus faible, qui eut les honneurs de sortir en salles l’an dernier, c’est une troisième adaptation de la saga littéraire Les enquêtes du département V qui nous est aujourd’hui proposée en E-cinéma. Des 6 tomes écrits par Jussi Adler-Olsen, Délivrance est le préféré des lecteurs. La barre était donc placée haut pour Hans Petter Moland, qui succède à Mikkel Nørgaard à la réalisation, d’autant plus que le second volet, Profanation, avait quelque peu déçu par son manque d’intensité. Nous y retrouvions la complicité du duo Carl et Assad, mais le film donnait également l’impression d’être un sous-Millenium, reprenant des thèmes proches dans une ambiance similaire, mais sans parvenir à nous prendre aux tripes, la faute à une réalisation trop télévisuelle et quelques longueurs.

Heureusement, Délivrance corrige la donne et se révèle même le plus tendu des trois longs-métrages. Si le film s’ouvre sur une interprétation impromptue de la chanson « Somewhere » de la comédie musicale West Side Story par Carl et Assad dans leur voiture, Délivrance nous plonge bien vite dans une intrigue oppressante, où l’espoir se fait de plus en plus mince. C’est d’ailleurs la thématique principale du film puisque le terrifiant tueur qui sévit, qui se considère comme un apôtre du Diable, kidnappe les enfants de familles Témoins de Jéhovah, afin de briser leur foi. Alors que les deux enquêteurs se lancent à sa poursuite, un curieux jeu du chat et de la souris s’instaure entre Carl l’écorché vif et le fou furieux qui détient les enfants.

Toujours aussi nihiliste, au bord de l’implosion, Carl est obsédé par l’affaire et prêt à tout pour sauver ces enfants. Et, bien qu’il ne soit pas croyant, le tueur cherchera à lui démontrer que l’exercice de son activité d’enquêteur est une preuve de foi, qu’il s’acharnera à briser. Ce troisième film est donc fortement axé autour de Carl, interprété par un Nikolaj Lie Kaas toujours aussi impressionnant. Si l’on n’en apprendra finalement guère plus sur le personnage, l’intrigue se concentrant principalement sur l’enquête sans trop de temps morts, une partie de la force du film tient à l’identification du spectateur à Carl Mørck. On regrettera cependant qu’Assad (Fares Fares) soit finalement plus en retrait tout du long, malgré quelques scènes le mettant en avant.

Une tension à son comble

image les enquêtes du département v délivrance nikolaj lie kaas fares faresDélivrance développe par ailleurs son intrigue policière de manière remarquable. Malgré la petite facilité de la bouteille à la mer au tout début et un démarrage un peu lent, l’enquête se déploie de manière on ne peut plus efficace et les scènes montrant les parents ou le tueur avec les enfants témoignent d’une intensité qui faisait défaut à Profanation. Le thème de la religion (abordé ici sous le prisme de la foi, mais aussi du sectarisme) est quant à lui utilisé avec suffisamment d’à-propos pour éviter une trop grande lourdeur. Surtout, le film de Hans Petter Moland, avec ses plans de nature où l’on sentirait presque poindre l’influence de Terrence Malick et sa réalisation au cordeau, est le plus cinématographique des trois volets. On y trouve trois scènes très fortes, jouant sur le suspense et un découpage intelligent : l’une dans un train, la seconde en forêt et la dernière, enfin, à l’hôpital. Autant de séquences qui viennent apporter du peps à l’ensemble et maintiennent le spectateur accroché à son siège.

Troisième des quatre adaptations prévues, Les enquêtes du département V : Délivrance apparaît comme le meilleur de la série, un policier sombre et désespéré où la tension est à son comble et l’émotion, jamais forcée, présente. La réalisation de Hans Petter Moland, plus cinématographique, moins télévisuelle, nous embarque en eaux troubles aux côtés de Carl et Assad, nous proposant même quelques morceaux de bravoure qui font toute la différence. On espère donc que le quatrième volet, qui devrait clôturer la série si l’on en croit la productrice et Nikolaj Lie Kaas, poursuivra dans cette voie.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.