image steven spielberg tribute to john williamsLe cinéma a cela d’étonnant qu’il créé des destins hors du commun. Celui de John Williams est sûrement l’un des plus beaux, lui qui a commencé par le jazz, puis s’est retrouvé aux commandes de partitions pour films catastrophes (n’oublions pas que La Tour Infernale, c’est lui) pour, en 1974, faire la rencontre qui va sans doute tout changer pour lui. Si le talent du bonhomme n’est absolument pas dû à celui d’un autre, il est certain que le duo formé par Spielberg et Williams a été crucial dans la carrière du compositeur. Les Dents de la Mer, E.T et La Liste de Schindler : trois chefs-d’œuvre, trois Oscars sur les cinq qu’il a glané jusqu’ici, ce n’est pas rien. Alors, quand le Sinfonia Pop Orchestra organise deux concerts au Grand Rex en hommage à ce musicien de génie, on ne pouvait qu’y être.

Ce fut le 30 avril dernier que ce Tribute à l’œuvre de John Williams pour Steven Spielberg eut lieu, dans la plus connue des salles de cinéma françaises : le Grand Rex. Ils n’étaient pas moins de 80 musiciens, menés par le chef d’orchestre Constantin Rouits, tous prêts à emporter le public dans plusieurs univers différents, des routes de Sugarland Express au Washington de Lincoln, en passant par le pays imaginaire de Hook. Le producteur du spectacle, Damien Maric, pris d’abord la parole, et annonça la couleur : il faudrait s’attendre à des thèmes connus de tous, des surprises, mais aussi des prises de risque, de l’inattendu.

La programmation de ce Tribute n’a pas épousé une forme purement chronologique, d’ailleurs l’ouverture s’est faîte sur « Anything Goes » version Le Temple Maudit, interprété par la sémillante Emily Pello. On a plutôt constaté un agencement en terme d’époque, soutenu par un écran qui projetait malicieusement le chemin parcouru entre chaque lieu du film mis en musique, le tout avec l’animation du voyage issu d’Indiana Jones. On a pu se remémorer à quel point les premières œuvres comportaient les thèmes les plus puissants de la carrière de John Williams. Ce n’est pas surprenant, mais carrément impressionnant à vivre : le thème des Dents de la Mer, par exemple, dans de telles conditions devient plus qu’épique, un véritable plaisir.

Seule déception, l’immense, l’énorme, la cultissime (on a compris, tu es fan, ndlr) « The Raiders March » fut victime d’une coupe incompréhensible, les reprises finales étant ramenées à une seule. Voyons mister Rouits, on ne touche pas à ce thème ! Sacrilège, blasphème ! A part ce faux pas, le reste de la programmation fut à la hauteur du challenge proposé. Tout juste peut-on tiquer sur le choix de multiplier les morceaux issus d’Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal (un film qui n’existe pas, on ne le répétera jamais assez), même si l’on salue cette prise de risque. Toujours est-il que cette forme divisée en phases de carrière met en exergue l’évolution d’un John Williams bien plus fine qu’il n’y paraît, qui passe de gros thèmes bien spectaculaires, à un rendu beaucoup plus atmosphérique, moins mémorable mais plus cinématographique. Constantin Rouits n’a pas été jusqu’à nous proposer un morceau issu de l’OST de La Guerre des Mondes, sans aucun doute le travail le plus pointu de Williams, et le moins écoutable hors contexte. Ce Tribute au travail de John Williams pour Steven Spielberg aura proposé bien des moments forts, impossible par exemple de ne pas avoir le cœur soulevé par le thème de La Liste de Schindler, au solo parfaitement interprété, toutes nos félicitations au musicien. D’une durée conséquente, plus de deux heures, le show a proposé un haut niveau de qualité en terme de performances (hormis pour la « Raiders March », donc), et nous a même réservé deux surprises. Tout d’abord, nous étions en présence de Jonathan Ke Quan, le Demi-Lune du Temple Maudit (ou encore Data dans Les Goonies), qui nous a fait le plaisir d’un petit discours passionné. L’autre cadeau bonus se situait en toute fin, avec une petite infidélité à Steven Spielberg, en faveur d’un film de science-fiction… récent… dans une galaxie lointaine, très lointaine… Oui, le Sinfonia Pop Orchestra a donné dans la première mondiale (le-dit thème n’avait jamais été joué en public jusqu’ici), en nous réservant du très lourd : un des thèmes de Star Wars : Le Réveil de la Force. Si nous n’avons pas apprécié le film, impossible de ne pas être touché par la qualité de la partition jouée. Au final, le Tribute au travail de John Williams pour Steven Spielberg fut un excellent moment, dans une salle remplie d’une émotion communicative. Beaucoup d’applaudissements, une ambiance enjouée, et des musiciens de grande qualité, le tout au service d’une œuvre qui restera à jamais dans l’histoire des légendes du cinéma. Signalons que ce premier double-concert sera suivi, le 18 février 2017 (et toujours au Grand Rex), par une deuxième performance : A Tribute to John Williams Strikes Back qui, cette fois-ci, s’occupera de tout… sauf de Steven Spielberg. Vivement !

La représentation de 21h (nous avons assisté à celle de 15h, ndlr) a été filmée et est disponible en replay jusqu’au 30 avril 2017 sur le site de France Télévision.

 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato