image affiche expo barbie arts décoratifsInaugurée le 10 mars 2016 et s’étendant jusqu’au 18 septembre, Barbie est l’expo-événement du musée des Arts Décoratifs à Paris conçue par la commissaire d’exposition Anne Monier et la scénographe Nathalie Crinière en partenariat avec Mattel. Au sein d’un parcours aussi ludique que coloré, le visiteur découvre l’histoire de la plus célèbre poupée mannequin, ainsi que son évolution et la manière dont elle a inspiré l’art contemporain et la pop culture.

Naissance et évolution de la plus célèbre poupée mannequin

Barbie naît en 1959 et porte le diminutif de la fille de sa créatrice, Ruth Handler, prénommée Barbara. C’est en observant la petite fille et ses amies jouer avec des poupées de papier représentant des femmes adultes que Ruth Handler, associée de son mari Elliott au sein de Mattel, a pour la première fois l’idée de fabriquer une poupée mannequin à destination des enfants. Chose assez unique à l’époque, la petite fille a l’occasion de se projeter dans sa future vie de femme en dehors de la maternité. Barbie est une jeune femme dynamique et au départ célibataire , résolument indépendante, portant des tenues inspirées de la mode et des couturiers de l’époque et exerçant les métiers les plus divers. Lorsqu’elle est présentée pour la première fois à la foire du jouet à New York le 9 mars 1959, les professionnels sont réticents à commercialiser une poupée sexuée, pourvue de seins. Cependant, lorsque le jouet débarque dans les magasins dans son désormais célèbre maillot de bain à rayures noir et blanc, le succès est immédiat. Bien entendu, ses traits et ses formes évolueront tout au long des décennies suivantes et Mattel ne tarde pas à lui créer un petit-ami, Ken, qui fait son apparition en 1961 et qu’elle n’épousera jamais, ainsi qu’une sœur et un cercle d’amis. Barbie se séparera même de Ken, qu’elle quitte au profit du surfeur Blaine, en 2004. Mais Ken, au travers d’une campagne de communication particulièrement rodée de Mattel, que nous découvrons d’ailleurs au sein de l’exposition par le biais d’une vidéo, parviendra à reconquérir sa bien-aimée en 2011.

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Ruth Handler entourée de poupées Barbie et Ken, années 1960, photo des archives Mattel

Nous le voyons, ses créateurs ont inventé toute une vie à la fameuse poupée, qui, de 1959 à aujourd’hui, a exercé plus de 155 métiers, dont astronaute en 1965, chirurgienne en 1973 ou encore candidate à la présidentielle en 1992. L’exposition du musée des Arts Décoratifs part des origines de la poupée mannequin, à savoir la coûteuse poupée de mode, apparue à la fin du XVIe siècle et destinée à promouvoir les dernières créations, en passant par Lili, la première poupée mannequin, créée en 1955 en Allemagne par Reinhard Beuthien. Avant cette entrée en matière, le visiteur aura eu le loisir d’admirer de nombreuses poupées Barbie vêtues par les plus grands créateurs et exposées tout le long d’un mur. Nous naviguons ensuite tout au long du parcours de salles en couloirs, guidés par des poupées juchées au-dessus de nos têtes, sur un long ruban rose bonbon traversant toute l’exposition. La première partie de la visite présente l’histoire de Barbie de manière principalement chronologique par le biais de textes pertinents, tandis que, dans les vitrines, les premières poupées Barbie côtoient celles des décennies précédentes, ainsi que quelques poupées plus récentes, dans une présentation dynamique liant passé et présent. L’occasion de mesurer l’évolution de la poupée et aussi de reconnaître, nostalgiques, l’une des poupées que nous possédions enfants. On apprend ainsi que le style « rose bonbon » que beaucoup associent à la poupée s’est surtout développé dans les années 90, pour relancer des ventes en baisse. Mattel met alors en vente de nombreuses Barbie princesses, par exemple, afin de toucher les petites filles. Ainsi, même lorsque Barbie devient gymnaste ou skieuse en 1994, elle le fait dans une combinaison rose fluo à paillettes !

Barbie : inspirations et héritage

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Chloé Ruchon, Barbiefoot, 2009, collection du musée des Arts décoratifs © Jean Tholance

La suite de la visite suit ensuite différentes thématiques : Ken et les amis de Barbie, les métiers exercés par Barbie, l’évolution de sa silhouette, qui n’a pas toujours été exactement celle que nous connaissons et qui a souvent été sujette à controverse, en raison de ses mensurations de rêve, qui feraient peser un idéal de perfection sur les petites filles. On apprend ainsi que, pour répondre aux critiques, Mattel propose à présent différentes silhouettes, afin de mieux coller à la diversité de la morphologie féminine. De même, si on reprocha jadis au fabriquant de jouets de proposer une image très WASP, très blanche de la femme, des poupées de toutes couleurs et origines sont apparues au fil du temps. Au milieu de la visite, les enfants auront l’occasion de se poser un moment dans une salle de jeux et de découvrir une série de magazines dédiés à Barbie ou encore de jouer avec la poupée, présentée avec l’une de ses nombreuses maisons. On reconnaîtra peut-être au passage, dans la vitrine, l’un des magazines, calendriers ou lettres envoyés par le biais du Club Barbie.

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Andy Warhol, Portrait de Barbie, 1985 © Mattel

La dernière partie de l’exposition est quant à elle centrée sur l’héritage de Barbie. On retrouve tout d’abord les nombreuses poupées de Mattel rendant hommage à des figures de la pop culture : Barbie Star Trek, Grease, Alerte à Malibu, ainsi que des poupées d’Elizabeth Taylor, Marilyn Monroe et même Mulder et Scully d’X-Files, pour n’en citer que quelques-unes. Différentes œuvres d’art contemporain inspirées de la célèbre poupée nous sont ensuite présentées, telles que le très sympathique Barbie Foot de Chloé Ruchon (2009), qui joue à la fois sur un jeu de mots tout en tordant le cou au cliché voulant que les petites filles ne peuvent pas s’intéresser au foot. On retrouvera également une série de photos de Laurie Simmons où les yeux des modèles sont remplacés par des yeux de poupées, le portrait réalisé par Andy Warhol  en 1986, ainsi que le clip « Barbie Girl » du groupe Aqua (1997), seul exemple d’oeuvre présenté ici qui ne soit pas issu de l’art contemporain. Il est d’ailleurs intéressant de noter que lorsque le groupe nordique sortit ce single très malicieux (« tu peux me coiffer et me toucher où tu veux », chante Lene Grawford Nystrøm dans le refrain), Mattel attaqua leur maison de disques pour utilisation non-autorisée de Barbie, les accusant par la même occasion de ternir la réputation de la poupée en faisant d’elle un objet sexuel. Cependant, en 2009, le fabriquant reprendra la chanson en modifiant ses paroles dans une série de publicités, faisant ainsi preuve d’autodérision. Enfin, quelques tenues iconiques de Barbie sont mises en parallèle avec certaines créations de grands couturiers qui marquèrent leur temps, suivies de tenues conçues Moschino, notamment, en s’inspirant de la célèbre poupée mannequin, montrant ainsi l’échange d’inspiration très fructueux entre Barbie et le milieu de la mode.

Une expo ludique et pertinente

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Photo du compte instagram de Barbie @barbiestyle, 2015 © Mattel

Aussi ludique que pertinente, émaillée de textes très bien équilibrés sur l’ensemble du parcours, l’exposition Barbie du Musée des Arts Décoratifs est une belle réussite qui nous permet de contextualiser le succès mondial de la célèbre poupée mannequin, en la mettant en parallèle avec l’évolution de la société : importance grandissante des loisirs, émancipation féminine, etc. En rappelant que Barbie est une figure de femme indépendante, dont le rôle ne se borne pas à être une simple mannequin comme le montre la grande diversité des métiers exercés par la poupée au fil des décennie, l’exposition répond aussi aux critiques, toujours virulentes, qui furent adressées à Mattel. Le problème, finalement, ne vient pas tellement de la poupée en elle-même, dont la silhouette a d’ailleurs évolué, mais plutôt d’une certaine standardisation des jouets proposés aux petites filles, souvent calqués sur le même moule. Et si l’on pourrait argumenter que l’on doit en partie à Mattel, par le succès de sa poupée, qui fut maintes fois copiée, cette standardisation, l’exposition montre également que la marque n’a pas hésité à se remettre en question, en proposant, dès cette année, trois nouvelles silhouettes pour sa poupée, dont une bien plus plantureuse.

Évoluant en même temps que la société, Barbie reste donc « dans le coup » et a même développé une stratégie de communication drôle et décalée à destination des adultes, en créant par exemple un compte Instagram régulièrement mis à jour pour suivre les moindres faits et gestes de la poupée, à l’image des célébrités les plus populaires sur les réseaux sociaux. Destinée aux adultes, qui retomberont avec plaisir en enfance devant ces poupées de 29cm de haut, l’exposition fera également le plaisir des enfants, auxquels le musée propose d’ailleurs 4 ateliers différents, allant de la réalisation d’un magazine Barbie à la conception d’un cahier de style pour la poupée, comme le font les stylistes.

Exposition Barbie, du 10 mars au 18 septembre 2016 au Musée des Arts Décoratifs de Paris. Ouvert de 11h à 18h du mardi au dimanche, dernier billet vendu à 17h30. Le jeudi, nocturne jusqu’à 21h. Fermé le lundi. 11 € en plein tarif, 8.50€ en tarif réduit. Gratuit pour les résidents européens de moins de 26 ans. 

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Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.