image identiqueBrillant avocat et auteur du célèbre Présumé innocent, Scott Turow s’est bâti un univers, une signature particulière dans le monde du thriller judiciaire. Identique se situe dans la même lignée que ces précédents best-sellers, l’auteur prenant ainsi le risque de lasser une partie de ses lecteurs, mais aussi de contenter ses fans les plus acharnés. Qu’en est-il réellement de ce dernier né ?

Une tragédie grecque

Le premier chapitre d’Identique est un flashback, il nous emmène en 1982 lors d’une grande fête organisée par les Kronon, famille riche et puissante de la ville de Tri-Cities. Alors que les invités partent peu à peu, Dita, la fille Kronon, est agressée dans sa chambre. Son père la retrouve sans vie, la fenêtre brisée et des traces de pas en bas de la maison. Les soupçons se portent immédiatement sur Cass, l’un des jumeaux Gianis et petit-ami de Dita. Après avoir nié, il avoue le meurtre et est condamné à un certain nombre d’années de prison. Tout ce premier chapitre est vu par Paul, le jumeau de Cass selon sa version de ce qu’il a vu. On se transporte ensuite en 2008, année pendant laquelle se déroule l’histoire. Hal, le frère de Dita, est convaincu que Cass n’a pas agi seul et que Paul est aussi impliqué dans le meurtre : le premier cité est toujours en prison mais le deuxième a de son côté mené une belle carrière, briguant aujourd’hui le poste de maire de la ville. Hal va tout faire pour démontrer sa culpabilité, aidé par Tim Brodie, ancien détective qui a participé à l’enquête initiale et Evon Miller, ancienne du FBI qui s’occupe désormais de la sécurité pour Hal. L’affrontement entre Hal et Paul sera l’occasion de révéler des secrets très bien gardés…

Une sémantique spécifique

Scott Turow est un habitué des discours (de par son métier d’avocat) mais également de l’écriture puisqu’il a déjà un beau parcours littéraire derrière lui. Les choix des mots et des noms d’Identique sont complément reliés à des éléments historiques : le patriarche puissant se fait appeler Zeus, sa fille, beauté assassinée, est Aphrodite (surnommée Dita) et le prénom du fils cherchant vengeance est Héraclès. Face à cette famille « mythologique », les Gianis ont des prénoms beaucoup plus américanisés, bien que tous fassent partie de la diaspora grecque. On peut en conclure des différences de statuts sociaux annoncés et des caractéristiques mythiques qui vont être en lien avec les personnages. Dans le même état d’esprit, la liste des protagonistes est présentée au début d’Identique, placée comme dans une pièce de théâtre et annonçant le traitement utilisé par Scott Turow. Celle-ci se révèle bien utile lorsque l’on débute la lecture de ce roman tant les informations, nombreuses et importantes, peuvent perdre le lecteur. Le titre Identique se réfère aux jumeaux, renforçant l’image d’unité entre les deux personnages qui ne font pas qu’être similaire physiquement mais qui font partie intégrante l’un de l’autre, sans que l’on sache où commence la vie de l’un et où termine celle de l’autre.

Un chapitre, plusieurs points de vue

Un élément clé de l’écriture de cet Identique est ce premier chapitre. Pris seul il ressemble à n’importe quel chapitre donnant un contexte et présentant des personnages. Mais plus on avance dans le livre plus l’on se rend compte que nous allons avoir accès aux souvenirs de tous les protagonistes : les versions de chaque individu sont distillées au cours du roman, amenant à la fois des réponses et des nouvelles questions jusqu’à la version finale. Ce flashback est en réalité un carrefour des points de vue, et cela construit une impression assez jouissive. Identique est clairement un thriller qui tient en haleine jusqu’au bout, cette méthode d’écriture permet de mettre en place des rebondissements subtils, tout en gardant des éléments sous le pied. Ainsi, on se sent constamment prisonnier de l’intrigue, ce qui fait que le roman ne tombe jamais des mains…

Des personnages secondaires forts

Lorsque l’histoire d’Identique débute, on pense que les principaux acteurs de ce roman sont les frères Gianis et Hal puisque ce sont eux qui sont en conflit. Pourtant, au fur et à mesure du roman Tim Brodie et Evon Miller vont prendre une importance capitale. Leur présence permet un œil à la fois neuf (Miller ne connaissait pas l’affaire) et ancien (Brodie a enquêté dessus dès le départ). L’ancien inspecteur nous offre une plongée dans ce milieu fermé de la diaspora grecque dans laquelle lui-même a du montrer patte blanche pour être accepté, et ce contexte présenté par un personnage extérieur allège un texte parfois lourd que ce soit en détails judiciaires ou génétiques. Miller détonne dans ce paysage et apporte une intrigue plus légère avec sa tumultueuse vie sentimentale.

Inspiré de multiples faits réels (le meurtre de la fille d’un sénateur, la ville de Chicago a donné Tri-Cities) l’auteur d’Identique reconnaît avoir pris comme point de départ la légende grecque de Castor et Pollux. Bien que cet ouvrage soit un roman résolument moderne, Scott Turow a réussi deux paris : celui d’adapter un mythe célèbre à la sauce thriller, et celui de ne pas lasser ses lecteurs toujours avides de thrillers judiciaires. Certaines ficelles et retournements de situation sont tellement gros qu’on en rirait et pourtant, Identique tient en haleine jusqu’au twist final qui permet de répondre à la question : qui a tué Aphrodite ?

Identique, écrit par Scott Turow. Aux éditions J’ai Lu, 475 pages, 8 euros. Sortie le 6 avril 2016.