image e3 2016 electronic arts

Et voilà, comme tous les ans le monde du jeu vidéo connaît l’effervescence de l’un des événements culturels les plus importants qui se présente à nous chaque année. l’E3, ses milliers et ses milliers de visiteurs, sa tripotée indéchiffrable de jeux présentés… et surtout ses inévitables conférences, comme autant de messes qui nous emmènent, nous pauvres européens, à nous lancer dans des nuits blanches pour suivre ces programmes en direct sur des streams incertains. Si on a constaté de nets progrès de ce côté, c’est surtout pour le contenu de ces shows que nous nous attardons aujourd’hui. Alors, l’E3 2016 des conférences, c’était comment ?

Electronic Arts

C’était donc à la firme de Redwood City d’ouvrir le bal, une tâche pour le moins ardue tant l’on sait que les joueurs sont toujours dans les starting-blocks en ces débuts d’E3. Autant l’annoncer de suite : ce fut un échec dans l’ensemble, EA n’ayant toujours pas compris que le jeu vidéo est rentré dans l’ère du gameplay roi (et tant mieux), et surtout fait l’erreur de beaucoup trop causer. « On a trop de choses à vous montrer sur seulement une heure« , ces mots résonnent encore quelques heures après ce qui, clairement, aura été la grosse déception de ces conférences pré-E3.

Pourtant, tout débute plutôt bien avec un Titanfall 2 cette fois-ci multi-supports (Playstation 4, XBox One et PC), avec du gameplay assez pêchu. Le mode solo, qui avait fuité depuis quelques heures, a fait l’objet d’un trailer. La mode du grappin a atteint la licence : il sera bel et bien présent et tiendra visiblement une place de choix pour bien profiter d’un game design toujours aussi fourni. Ça castagne sec, et ça a l’air très (trop ?) nerveux, il faudra mettre la main dessus pour réellement se rendre compte des progrès sur lesquels on attend le titre au tournant. Ça tombe bien, une bêta sera bientôt déployée, pour s’y inscrire il faudra zyeuter de près le site officiel du jeu. Petit détail qui a son importance : Respawn Entertainment a profité de l’occasion pour annoncer que les petits DLC, du style des maps supplémentaires, seront gratuits. Bonne initiative.

La suite est beaucoup plus problématique. Electronic Arts met l’accent sur le eSport, ce qui n’est pas une mauvaise nouvelle en soit, mais pour l’imager la firme utilise… Madden 17. Un jeu de football américain qui cartonnera comme d’habitude au pays de l’Oncle Sam, mais qui restera à jamais une énigme pour nous autres européens. On nous présente des joueurs de la scène eSport spécialisés dans cette licence, un peu de gameplay. Soyons clairs : O.S.E.F, et ça dure, ça dure…

Alors que l’ennui s’installait comme une mauvaise grippe, voilà qu’Electronic Arts se décide à sortir Mass Effect Andromeda de son caisson cryogénique. Et là, c’est le drame. On se prend à rêver, à se dire « ça y est, on va voir le bousin en mouvement best E3 ever !« . Et puis… un pauvre making of, enfin plutôt une featurette qu’on n’oserait pas diffuser même sur un quelconque DVD d’un quelconque blockbuster. Alors, on plisse des yeux pour essayer d’apercevoir un peu du jeu sur les PC de tous ces employés très contents de travailler sur un jeu « never seen before, plus grande liberté dans un jeu Bioware et blablabla« , et on tente de mettre en marche notre super pouvoir de ralentissement du temps pour vraiment capter les dixièmes de secondes de gameplay balancés comme autant de cacahouètes à la tronche d’un pauvre éléphant de zoo. Quelle horreur.

Pour tout vous dire, à ce moment précis on se demande si l’on ne va pas aller se faire voir sur l’Euro 2016. Mais notre esprit professionnel est décidément sans limite, et ce même quand il faut se taper encore du bavardage concernant des œuvres de charité, auquelles Electronic Arts accorde une place. Le genre de truc qui te rend fier d’avoir acheté des consoles à 400 boules. Bref. On oublie vite tous les malheurs du monde (ou pas) quand un FIFA 2017 sauvage apparaît. On se dit « yes, on va enfin voir les évolutions promises par l’utilisation du moteur Frosbyte, impossible qu’il nous la mette (comprenne qui pourra)« . Ben si, c’est très possible et c’est ce qu’ils vont faire pendant d’interminables minutes. Pour commencer, EA Sports rentre en plein dans l’ère du foot-business, du temple dédié à l’individualisme le plus crasseux, en proposant un mode « scénario » calqué sur ceux de la série NBA 2K. Si un tel mode a sa place dans un jeu de basket, les deux sports étant diamétralement différents quant à l’importance des exploits individuels, c’est beaucoup plus problématique dans un jeu de foot. On va pouvoir contrôler la destinée d’un joueur, « Alex Huntrer », qui devra jouer obligatoirement en Angleterre. Bon, déjà là c’est ridicule. Mais surtout, c’est l’esprit qui nous dérange, cette mise à l’écart de l’esprit d’équipe pour le nombril tout-puissant : berk. Sera-t-il possible de finir dans des vidéos de skill complètement crétines avec de la musique horripilante avant de faire les gros titres de sites-poubelle comme Footmercato ? Rien n’est moins sûr, par contre ce qui l’est c’est la prestation navrante de surjeu de l’acteur ayant servi de modèle sur la scène de la conférence. Après la présentation de ce mode douteux, intitulé « The Journey« , vient l’heure du gamepl… euh, de l’annonce de la modélisation de certains entraîneurs. Chouette, on va enfin avoir René Girard (sic) sur le bord du terrain ! Que nenni mon bon monsieur, Electronic Arts c’est dorénavant le star-system, le bling-bling. Guardiola, Klopp, Wenger… et Mourinho sont annoncés plus vrais que nature. On a d’ailleurs pu le constater, puisque le Special One (en totale perte de vitesse soit écrit en passant) était sur place dans cette sorte de double conférence complètement nawak mise en place entre Los Angeles et Londres. L’entraîneur est venu cachetonner comme un dingue, mais ça peut impressionner les boursicateurs. Puis, enfin, un peu de gamepl… eh ben non toujours pas ! Aaron McHardy intervient pour finir de nous prendre pour des cruches, et nous sort le discours habituel : « on a tout refait, tout est plus mieux, croyez-moi sur parole« . Et voilà, un quart d’heure de vide absolu, bravo Electronic Arts.

On en vient à « l’instant indé », avec Fe, du studio Zoink, dont la direction artistique nous a tiré d’un profond ennui. Ça a l’air mignon tout plein, et le trailer balancé a au moins le mérite de vraiment montrer le jeu. On ne comprend pas encore bien l’objectif de la petite bestiole toute jolie, mais on adhère à l’univers. Aucune date de sortie, mais une disponibilité annoncée sur Playstation 4, XBox One et PC.

Quand un jeu indé te sauve la mise, c’est vraiment que la situation est désespérée. C’est alors que Jade Raymond, l’ancienne de chez Ubisoft, illumine la scène de cette conférence morose. Ça y est, on se dit que c’est du lourd : « Star Wars yeah men, bon l’Épisode 4 euh 7 était proprement honteux mais pas grave ça reste un univers parfaitement adapté à l’adaptation vidéoludique« . Oui, mais tranquilou les loulous, parce qu’Electronic Arts semble prendre un malin plaisir à se saborder, un phénomène que l’on retrouvera dans une autre conférence (nous y reviendrons dans un prochain article). Alors, que retenir de ce passage sur ce qui est l’une des licences les plus fortes de l’univers culturel ? Ben rien. Enfin, pas grand chose à part que des studios appartenant à EA bossent sur plein de jeux. Voilà. Ah si, deux secondes d’un type qui marche pour le Star Wars de Visceral (qu’il ne faut pas attendre avant 2018) et un peu de jeu mobile. On a tout de même une confirmation : un nouveau Battlefront sortira bien pour 2017, et le Respawn sera un TPS. Et pour nous annoncer ce vide… ben une jolie featurette bien grasse évidemment, et c’est tout. Une plaisanterie ? Même pas, et toutes les Jade Raymond du monde n’y changeront rien.

Pour boucler cette conférence de la honte, un rapide tour d’horizon sur Battlefield 1, dont le multi fut montré… après le show. Mais Electronic Arts était tout content d’annoncer que Zac Efron et Jamie Foxx (Snoop Dogg était même là, loin des caméras de la conf’) allaient s’y essayer. Cool story, bro. Un peu de blabla pour nous annoncer une bêta pour cet été (pas de date précise), une météo dynamique, et on finit sur un trailer assez impressionnant… mais qui n’a clairement pas les épaules pour constituer une fin de conférence en apothéose. Le jeu fait clairement envie, mais on a l’impression d’avoir déjà vu ce trailer 14 000 fois, il ne remue pas grand chose en terme d’intensité d’annonce.

Conclusion

Worst. Conférence. Ever. Electronic Arts nous rappelle les pires moments de l’E3, n’a toujours pas compris comment rythmer une conf’, et surtout ignore qu’un show demande au public de l’attention, donc se doit de balancer un contenu de qualité. En l’état, avec très peu de gameplay montré, on peut ressentir la chose comme une heure de notre vie perdue dans les méandres de l’ennui, voire de l’embarras sur certains passages, et on se dit que ce show a au moins un intérêt : celui de servir de modèle à ne pas suivre. On retiendra surtout l’incroyable foutage de tronche qu’aura été l’instant Mass Effect Andromedia, le blabla marketing de FIFA 17, ou encore le vide interstellaire des annonces autour de Star Wars. Electronic Arts : quand on n’a rien à dire, on se tait ! 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato