image e3 2016 nintendo

Et voilà, comme tous les ans le monde du jeu vidéo connaît l’effervescence de l’un des événements culturels les plus importants qui se présente à nous chaque année. l’E3, ses milliers et ses milliers de visiteurs, sa tripotée indéchiffrable de jeux présentés… et surtout ses inévitables conférences, comme autant de messes qui nous emmènent, nous pauvres européens, à nous lancer dans des nuits blanches pour suivre ces programmes en direct sur des streams incertains. Si on a constaté de nets progrès de ce côté, c’est surtout pour le contenu de ces shows que nous nous attardons aujourd’hui. Alors, l’E3 2016 des conférences, c’était comment ?

Nintendo

On le sait depuis quelques années, Nintendo a abandonné le concept de conférence traditionnelle. « Quoi ?! Mais alors il ne sert à que dalle ton article, encore un pavé pour rien !« , serez-vous tentés de vous dire à la lecture de ces premières lignes. Seulement, ce n’est pas parce qu’il n’y a ni public, ni scène que la conférence de presse de Nintendo, à l’occasion de cet E3 2016, n’a pas dévoilé de très grandes choses. Désirant court-circuiter les médias pour s’adresser directement aux joueurs, le constructeur japonais s’est exercé, encore cette année, à l’exercice du Tree House, une sorte de programmation permanente au sein du stand Nintendo. Un concept pas toujours clair, qui a d’ailleurs le don d’énerver certains confrères, mais qui a le mérite de tout de même dévoiler des choses de ci, de là, notamment lors d’un événement bien précis, délimité, intitulé « press conference ». Impossible de louper ce programme cette année, car selon nous la firme de Kyoto, qui a ses supporters au sein de la rédaction de Culturellement Vôtre, est à un tournant de son histoire. En effet, soit elle rejoint la course effrénée de Microsoft et Sony, soit elle continue son bonhomme de chemin seule, en cultivant ce côté atypique qui, avançons le, fait tout sa charmante différence. Alors, que s’est-il passé exactement ?

C’est devenu une habitude, Reggie Fils-Aimé, directeur de Nintendo of America, ouvre le bal de cette conférence de presse. Il explique succinctement le pourquoi du comment de ce Tree House puis s’efface rapidement au profit du prochain Zelda, qui gagne un sous-titre : Breath of the Wild. On se souvient tous de la présentation de 2015, qui nous avait pas mal subjugué en nous plongeant dans un environnement en monde ouvert et fichtrement beau côté direction artistique. Sur ce dernier point, on est confirmé dans ces impressions : le style flatte la rétine, et il se dégage de ces décors une poésie que l’on pourrait presque croire sortie d’un dessin animé de Ghibli. « Open your eyes« , soupire la voix qui appelle Link, donc le joueur. C’est clairement ce que l’on ressent à la vision de ce trailer : un appel de l’aventure elle-même, qui nous donne envie d’en savoir plus sur cet univers à la fois proche et lointain d’un Zelda traditionnel. Proche, comme ces dernières secondes de cette bande-annonce qui s’attardent l’épée bloquée dans son socle de pierre, image qui renvoie évidemment à Zelda : A link to the past. Éloigné, car on n’a jamais ressenti dans la licence un tel sentiment de grandeur dans des panoramas gigantesques. Après cette bande annonce, Reggie fils-Aimé réapparaît pour nous expliquer à quel point Zelda : Breath of the Wild est gigantesque, offre une liberté de mouvement jamais vu jusqu’alors dans un jeu de la licence, et même carrément dans un jeu Nintendo tout court. On veut bien le croire, d’autant qu’il nous annonce que le titre sera largement montré un peu plus tard dans ce Tree House qui, on prévient dores et déjà, n’est qu’une petite partie de ce que Nintendo a présenté tout au long de cet E3 2016.

Place à une autre énorme licence de Nintendo : Pokémon, avec les prochains épisodes Sun et Moon prévus pour le 18 novembre 2016 sur 3DS. Reggie Fils-Aimé introduit rapidement Gamefreak, et c’est parti pour un long tunnel dédié à ces deux soft, pour la première fois dévoilés en phases de gameplay. On doit bien avouer que l’on a un peu perdu de vue la franchise depuis quelques temps, même si elle a toujours notre sympathie. Pour être précis, votre humble serviteur a fait partie de ceux qui ont usé jusqu’à la moelle la cartouche Rouge sur Game Boy, et qui en garde un excellent et nostalgique souvenir. Si l’on est déjà repassé par d’autres opus de Pokémon, c’est tout de même un choc que d’assister à ces premiers instants de gameplay. La franchise a beaucoup évolué, est devenu plus foisonnante, a beaucoup développé son univers et les possibilités qu’il offre. Abordons maintenant le jeu, en vous avertissant sur la forme vraiment pas top de cette conférence de presse, très bavarde sur certains moments, et pas vraiment judicieuse sur le choix d’incruster la vidéo dans un écran 3DS factice. Bon, on a cette excellente nouvelle du choix entre un héros… ou une héroïne, qui permettra à tout un chacun de pouvoir se plonger dans un avatar de son choix. C’est une constante chez Nintendo : ils veulent donner le choix du sexe, et l’on ne peut qu’encourager cette initiative. Vient le temps de se prendre tout de même une jolie claque technique, et ce même si certains railleront évidemment les capacités de la consoles. Le passage à la 3D a décidément été bien vécue par Pokémon. Les personnages ont un design bien japonais, les petits monstres ont un rendu simple dans le trait mais assez mignon pour être vite attachant. Bon, suf cette espèce de loutre bleue, rigolote à la limite mais pas spécialement « kawai ». Il est amusant de constater que l’on est toujours défié par une horde de personnages qui hantent les chemins du monde, c’est typique de la série (voire du Japon, ils sont les ronins de cet univers) et ça doit le rester. Cette présentation de gameplay bien étendue aura eu le mérite de montrer un peu de tout : exploration, combats, et l’on doit bien vous avouer que ça nous a donné envie de s’y remettre…

On revient vers Zelda : Breath of the Wild pour la deuxième phase de gameplay de cette « conférence de presse ». Comme pour Pokémon Sun et Moon, ce sont pas moins de 30 minutes du jeu qui furent présentées, et pas des moindres puisqu’il s’agit de l’introduction. Celles et ceux qui ne veulent pas se spoiler la tronche éviteront donc le lancement de cette vidéo comme la peste, cependant on peut tout de même commenter sans trop en dévoiler. Tout d’abord, on apprécie la volonté d’Eiji Aonuma de vouloir non pas briser certains codes de la série, mais de jouer avec, voire d’en créer de nouveaux. Dans Zelda : Breath of the Wild, Link n’est pas un personnage qui embrasse l’aventure sur un coup du sort, mais d’une façon beaucoup plus… naturelle et mystérieuse pourrait-on écrire. Mais passons, ne nous attardons pas trop sur le côté narratif. Côté gameplay, le premier choc est bien évidemment ce saut que le joueur peut désormais maîtriser. On parlait de nouveaux codes, en voilà un et pas des moindres. Mais ceci n’est qu’un aperçu des énormes apports de cette nouvelle itération. Link va pouvoir ramasser bien des éléments : terminé les seuls et uniques émeraudes et cœur de santé. Il pourra aussi, par exemple, escalader des falaises ou même dans des arbres pour récupérer des fruits. Là encore, nous n’irons pas plus loin sur les nouveautés précises, mais nous pouvons écrire sans hésiter qu’il s’agit effectivement du tournant tant attendu, un révolution pour la série Zelda à la hauteur de ce que fut Ocarina of Time en son temps. Ah, et on se félicite de l’absence d’une certaine fée lors de cette introduction, ça fait du bien de pouvoir découvrir un univers sans être interrompu toutes les cinq secondes. Techniquement par contre ça souffle le chaud et le tiède. On l’a écrit, la direction artistique est phénoménale, ravissante à chaque instant. Par contre, cette version Wii U accuse tout de même le poids d’un hardware insuffisant, on peut le constater sur certaines textures d’un autre age. Rien de bien grave, mais on croise les doigts pour que la version NX soit plus « actuelle ». Un mot sur la map, qui est montré l’espace de quelques secondes dans cette vidéo d’introduction : on va faire simple, c’est énorme. D’autres vidéos de la Tree House ont depuis approfondi le sujet, démontrant l’immensité de cette Hyrule, et il est clair que rien dans la licence ne nous avait préparé à ça. On reste aussi sous le choc de l’ambiance de ce Zelda : Breath of the Wild, ce vent qui s’infiltre dans l’herbe : ça donne envie de s’y plonger là, tout de suite. Malheureusement, il va falloir encore attendre un peu : le jeu sort sur Wii U et NX (la prochaine console de Nintendo, pour les ours au fond de leur caverne) en mars 2017.

Conclusion

Loin d’être un show mais plus un focus sur les deux gros jeux Nintendo à venir, cette conférence de presse est tout de même problématique d’un point de vue pratique. En effet, bien des informations ont été dévoilé après cet évènement, et cela reste assez pénible de devoir rechercher les information à droite, à gauche. Mais soit, Big N ne veut pas faire comme les autres, et c’est tant mieux : un peu de fraîcheur ça ne fait jamais de mal. Que celles et ceux qui avaient peur que le constructeur abandonne son statut d’électron libre se rassurent : ce ne sera pas pour aujourd’hui. Quant aux deux jeux présentés, ils nous ont convaincu par leurs qualités ludiques même si, pour tout vous dire, on ne peut pas vraiment juger de l’évolution de la licence Pokémon, n’ayant pas fait les derniers en date. Il en va autrement pour Zelda, et là on peut l’affirmer haut et fort : Nintendo s’est clairement bougé le derrière et a revu sa formule avec une agilité surprenante. On sent que le fond de la licence est toujours là, cette irrésistible impression d’appel de l’aventure, et dorénavant il faudra composer avec un monde beaucoup plus vaste, et des nouveautés côté gameplay. Voilà une conférence à ne surtout pas mettre dans le même panier que les autres, mais qui aura tout de même réussi à nous « enjoyer » quasiment tout du long. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato