image jacquette dvd free love peter sollett orange studioCaractéristiques

  • Réalisateur : Peter Sollett
  • Avec : Julianne Moore, Ellen Page, Michael Shannon, Steve Carell…
  • Éditeur : Orange Studio
  • Date de sortie en DVD : 14 juin 2016
  • Durée : 100 minutes

Image : 4/5

Une bonne résolution et de bons contrastes, pour un rendu très propre. Le travail de Maryse Alberti sur la photo est bien restitué. Visuellement, le film est dans la retenue, avec des tons assez froids, des couleurs légèrement délavées, donnant parfois au spectateur l’impression de se situer avant les années 2000 où se situe l’action. Sage (un peu trop ?) mais réalisé dans les règles de l’art.

Son : 4/5

Free Love est disponible en version française et version originale sous-titrée dans la langue de Molière, toutes deux présentées en 5.1. Le son est bien équilibré entre dialogues, musique et bruitages. Signalons que la VF est tout à fait honorable, si l’on excepte une seule voix un peu plus plate et caricaturale.

Bonus : /

Aucun bonus. Dommage ! On aurait aimé en apprendre plus sur la transposition au cinéma de cette histoire vraie et avoir le point de vue des acteurs.

Synopsis

Années 2000. Laurel, est une brillante inspecteur du New Jersey. Sa vie bascule le jour où elle rencontre la jeune Stacie. Leur nouvelle vie s’effondre quand Laurel découvre qu’elle est atteinte d’un cancer en phase terminale. Laurel a un dernier souhait : elle veut que sa pension revienne à la femme qu’elle aime, mais la hiérarchie policière refuse catégoriquement. Laurel et Stacie vont se battre jusqu’au bout pour faire triompher leurs droits.

Le film

Sorti en salles en février dernier, peu de temps après le très beau Carol de Todd Haynes, Free Love met également en scène un couple de femmes de issues de deux milieux différents, séparées par une importante différence d’âge. Tiré d’une histoire vraie, le film de Peter Sollett se situe dans les années 2000 et raconte donc le combat de Laurel (Julianne Moore), inspecteur de police du New Jersey atteinte d’un cancer en phase terminale, pour que sa compagne Stacie (Ellen Page), puisse toucher sa pension. Le film s’attache tout particulièrement à montrer que dans le milieu machiste de la police, à une époque où il n’était pas encore question de mariage gay dans l’État du New Jersey, de telles revendications divisent, entre indifférence, grincements de dents et une approbation qu’il est difficile d’assumer au grand jour. Laurel a beau être un inspecteur modèle et respectée, employée dans les forces de l’ordre depuis une vingtaine d’années, cela ne change rien au problème. Peter Sollett, connu pour sa romance indé Long Way Home (2002), à la réalisation plus brute et spontanée, montre ici, à travers une mise en scène classique tout en retenue, comment un couple de femmes « ordinaires », sans aucune prétention militante, a pu se lancer dans une campagne médiatique de grande envergure avec l’appui de l’activiste gay Steven Goldstein (Steve Carell) et le soutien indéfectible de Dane Wells (Michael Shannon), le partenaire de Laurel.

image free love ellen page julianne mooreFree Love mélange donc, dans sa trame narrative, l’histoire intime de ces deux femmes, superbement interprétées par Julianne Moore et Ellen Page, au diapason d’un bout à l’autre, et leur lutte pour faire triompher leurs droits. Une lutte, au départ personnelle, qui débouchera finalement sur des revendications de plus grande envergure en faveur de l’égalité pour les couples homosexuels. Cette partie de l’intrigue est traitée avec une certaine finesse, Laurel et Stacie étant plus que réticentes, au départ, à s’associer à Goldstein, qui milite ouvertement pour le mariage gay et souhaiterait utiliser cette affaire pour relancer le débat. Laurel ne veut pas devenir un étendard pour les droits LGBT, et préfère prôner l’égalité de manière générale plutôt que se prononcer spécifiquement en faveur du mariage gay, par lequel elle ne se sent pas directement concernée. Il est à noter, cependant, que, bien que Laurel et Stacie ne se soient jamais mariées, leur dialogue final dans le film vient atténuer la réserve du personnage de Julianne Moore sur la question dans un retournement assez hollywoodien. Cependant, le combat des vraies Laurel et Stacie, qui a débouché sur un droit à la pension pour tous les compagnons d’employés des forces de l’ordre, peu importe leur sexe, fait aussi partie de ces histoires qui ont permis de faire avancer le débat sur le mariage gay, jusqu’à sa reconnaissance juridique dans les 50 états des États-Unis le 26 juin 2015.

Tout en suivant un schéma tout tracé, montrant l’évolution de la maladie de Laurel et la lutte des deux femmes, par voie de presse, puis par voie judiciaire, Free Love parvient à émouvoir sans jamais céder à la tentation du tire-larmes. En cela, le film de Peter Sollett est encore plus dans la retenue que Philadelphia de Jonathan Demme avec Tom Hanks (1994), lui aussi scénarisé par Ron Nyswaner. Ici, la partition de Hans Zimmer et Johnny Marr se fait discrète et le réalisateur n’a pas besoin du soutien de Bruce Springsteen pour appuyer l’émotion. Si l’on pourra regretter par certains aspects ce côté un peu trop sage et cadré, cette dimension très sérieuse, parfois austère, est contrebalancée par la fantaisie d’un Steve Carell qui apporte un peu de folie au personnage de l’activiste gay et juif Steven Goldstein, et par la douceur et la beauté qui émane de l’histoire d’amour de ces deux femmes. Le déroulement de l’intrigue est finalement assez « banal », mais la justesse de ton permanente du scénario et des actrices, en état de grâce, la rendent réellement touchante. Leur duo est véritablement le coeur qui fait battre ce film, passé quelque peu inaperçu à côté du plus flamboyant Carol.

Free Love de Peter Sollett, Orange Studio, DVD, 19,99€. 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.