image jacquette dvd tower records colin hanks universal

Caractéristiques

Image : 4/5

Réalisé avec peu de moyens et beaucoup d’images d’archives, Tower Records, l’ascension et la chute d’un géant bénéficie d’un transfert très correct, avec de bons contrastes.

Son : 3/5

Le film est proposé en version originale sous-titrée en de nombreuses langues. S’il n’y a rien à redire du côté du mixage en lui-même, on regrettera cependant que le niveau sonore soit assez bas sur ce DVD. Il est donc préférable d’avoir un bon home cinema pour pouvoir profiter pleinement du documentaire, ou bien de l’écouter au casque.

Bonus : 4/5

Quatre longues scènes coupées nous sont proposées et, contrairement à de nombreux bonus de ce genre se contentant de nous proposer de simples chutes, l’apport ici est donc bien réel. Nous aurons ainsi l’occasion de voir Russ Solomon retourner pour la première fois depuis la fermeture dans la boutique originelle en compagnie de Colin Hanks, tandis que celui qui fut engagé au tout début comme un simple vendeur, Bob, se rappelle du moment où on lui a proposé de diriger le magasin de Sunset Boulevard. Le tout est complété par un focus sur le département publicité de Tower Records, ainsi que sur les concerts live organisés dans les magasins. Enrichissant.

Synopsis

Créée en 1960, Towers Records est une chaîne américaine de magasins de disques extrêmement populaire avec plus de deux cents points de vente dans 30 pays et sur 5 continents. Après des débuts modestes dans un drugstore de centre-ville, Tower Records devient vite un acteur puissant et incontournable de l’industrie musicale dans le monde. En 1999, Tower Records réalise un milliard de dollars de chiffre d’affaires. En 2006, l’entreprise dépose le bilan. Que s’est-il-passé ? On pointe du doigt internet, mais l’histoire n’est pas aussi simple ! Ce documentaire retrace l’ascension et la chute de cette entreprise de légende avec des témoignages exclusifs (Elton John, Bruce Springsteen, Dave Grohl..) dont le charismatique fondateur Russ Solomon.

Le film

Pour les mélomanes férus de pop et de rock, Tower Records a une résonnance quasi-mythique : magasin de disques gigantesque basé à Los Angeles dès les années 60, le lieu a rapidement acquis une solide réputation grâce à son choix incomparable, des prix concurrentiels et l’expertise passionnée de ses vendeurs. La boutique devient LE lieu à L.A. pour acheter ses disques, mais également faire des découvertes musicales, draguer ou encore apercevoir des célébrités comme Elton John, qui s’y rendent chaque semaine. En gagnant de l’influence, le magasin devint peu à peu une chaîne, s’étendant tout d’abord à New-York et au reste des Etats-Unis, puis au Japon et enfin dans de nombreux autres pays ce qui, associé aux profondes mutations de l’industrie du disque dès la fin des années 90, finira par avoir raison de ce géant que l’on croyait insubmersible. Si Tower Records existe toujours au Japon (ces boutiques sont devenues totalement indépendantes du reste du groupe), la chaîne a disparu partout ailleurs. La dernière boutique américaine a ainsi fermé ses portes en 2006, au désespoir de tous ceux qui avaient grandi avec ces boutiques facilement reconnaissables à leur logo jaune et leurs panneaux publicitaires originaux.

Grand fan de musique, l’acteur et réalisateur Colin Hanks, fils de Tom, a voulu rendre hommage à ce géant et à ceux qui ont participé à sa création et son essor. Une petite équipe très soudée, malgré les inévitables tensions, qui a traversé ensemble plusieurs décennies jusqu’à la toute fin. Son documentaire s’attache ainsi beaucoup à l’histoire du magasin originel et, à travers elle, dresse le portrait d’une époque, plus libre et optimiste, qui fait fantasmer encore aujourd’hui les nostalgiques du rock 60’s et 70’s. Les personnes qui occupaient des postes à haute responsabilité lors de la dernière partie de l’existence de la chaîne avaient commencé comme simples vendeurs, par exemple,  principalement mus par leur passion et leur motivation à faire de Tower Records un lieu unique. Les soirées arrosées étaient de mise au sein du personnel, tandis que certains clients profitaient des nombreux recoins du magasin pour flirter et plus si affinités.

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Le fondateur, Russ Solomon, devant l’enseigne Tower Records.

Interrogeant le fondateur, Russ Solomon, les membres de l’équipe originelle, mais également des musiciens reconnus tels que Bruce Springsteen, Elton John ou Dave Grohl, Colin Hanks réalise ainsi avec Tower Records, l’ascension et la chute d’un géant un documentaire touchant sur la chaîne, mais aussi l’évolution de l’industrie musicale et de notre rapport à la musique. Comment au juste sommes-nous passés de l’imposant vinyle, chéri des mélomanes, au CD et finalement à la musique numérique ? Le réalisateur et les interviewés apportent des éléments de réponse, en soulignant le fait qu’en enterrant le single pour pousser les auditeurs à acheter l’album entier, l’industrie ne pouvait que finir par sombrer, rendant inévitable un nouveau modèle, où chacun peut acheter des titres à l’unité. Il rend également compte de l’optimisme de l’industrie et ses différents acteurs dans les années 90, lorsque le boom de la musique pop, avec le succès phénoménal des girls bands et boys bands faisait énormément vendre. Tower Records, comme les autres, s’est laissé aveugler, refusant de voir les changements qui se préparaient.

Vous l’aurez compris, Tower Records, l’ascension et la chute d’un géant est un documentaire incontournable pour tout amateur de rock qui se respecte, par son sujet même et son traitement tout en finesse. Que nous connaissions ou non le lieu et la chaîne, Colin Hanks nous les rend immédiatement familiers, de même que son équipe, de sorte que nous ressentions une véritable perte lors de l’inévitable chute dans les années 2000. C’est donc avec regret que nous quittons l’univers de Tower Records et ses « personnages » attachants, symboles de toute une époque. Mais, comme le répétait l’excentrique patron Russ Solomon, « la musique c’est la vie », et ce documentaire de Colin Hanks est également une ode à celle-ci, loin des considérations de type « c’était mieux avant », bien que la nostalgie pointe à plusieurs reprises le bout de son nez. Nostalgie d’une époque et d’un lieu certes, avant la musique dématérialisée, mais qui ne nie pas pour autant l’inéluctabilité de ce nouveau modèle numérique, et la forme de liberté qu’il représente pour les auditeurs, malgré les difficultés grandissantes de rémunération des artistes, point qui n’est d’ailleurs pas abordé. On en ressort malgré tout avec l’envie très forte de ressortir ses vieux vinyles et sa collection de CDs, pour réécouter encore et toujours les artistes et morceaux qui nous ont fait vibrer.

Tower Records, l’ascension et la chute d’un géant de Colin Hanks, Universal Pictures Video, DVD, 9,99€. 

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.