image dvd le chasseur et la reine des glaces universal picturesCaractéristiques

  • Réalisateur : Cedric Nicolas-Troyan
  • Avec : Chris Hemsworth, Charlize Theron, Emily Blunt, Jessica Chastain, Nick Frost…
  • Éditeur : Universal Pictures
  • Date de sortie DVD & Blu-Ray: 23 août 2016
  • Durée : 115 minutes pour la version longue, 109 minutes pour la version cinéma

Image : 5/5

Rien à redire, c’est du très beau boulot que rend Universal Pictures avec ce DVD. Le gros travail sur la colorimétrie permet de rendre avec soin les ambiances parfois dans des teintes bleutées. Définition constante, contrastes parfait : confort de visionnage optimum.

Son : 5/5

Le chasseur et la reine des glaces est proposé en trois langues : italienne, française et anglaise. Toutes en Dolby Digital 5.1. Comme souvent, c’est la VOSTFR qui nous a parue la plus équilibrée, mettant bien en relief les voix, tout en cherchant à bien redistribuer les bruitages. La musique, plutôt épique et signée James Newton Howard, trouve remarquablement sa place. Un ensemble sérieux.

Bonus : 3/5

4 scènes coupées, un bêtisier et un making-of divisé en 2 parties constituent les suppléments de la version DVD. Si les scènes coupées sont parfois accessoires, elles s’avèrent ici assez intéressantes : on aura par exemple l’occasion de voir un joli combat entre Eric et Sara enfants, ainsi que quelques plans supplémentaires de Freya, assez touchants. Le bêtisier, sympathique, est typique de ce genre de bonus et donne à voir, entre autres moments sympathiques, toutes les prises ratées à cause du passage d’avions au-dessus des lieux du tournage, ce qui rend les images des acteurs en costumes moyenâgeux assez cocasses. On regrettera cependant que seules les deux dernières parties du making-of présent sur le Blu-Ray soient proposées ici. Si la partie sur les costumes est intéressante, celle sur les relations conviviales sur le plateau entre les acteurs et le réalisateur est assez accessoire. De même, il faudra s’orienter vers le Blu-Ray afin de découvrir le commentaire audio du réalisateur sur la version cinéma ou les scènes coupées.

Synopsis

Il y a fort longtemps, bien avant qu’elle ne tombe sous l’épée de Blanche Neige, la reine Ravenna avait dû assister, sans mot dire, à la trahison amoureuse qui avait contraint sa sœur Freya à quitter leur royaume, le cœur brisé. Celle que l’on appelait la jeune reine des glaces, à cause de son habilité à geler n’importe quel adversaire, s’employa alors à lever une armée de guerriers impitoyables, au fond d’un palais glacé.

Mais au sein même de ses rangs Eric et Sara allaient subir son impitoyable courroux pour avoir enfreint l’interdit : tomber amoureux.

Plus tard, à l’annonce de la défaite de sa sœur, Freya envoie ses guerriers récupérer le miroir dont elle est la seule à pouvoir catalyser les sombres facultés. Des tréfonds dorés de la psyché, elle réussit à ressusciter Ravenna. Les deux sœurs vont alors retourner leur puissance maléfique, décuplée par la rage, sur le royaume enchanté.

Leur armée s’avèrera désormais invincible…à moins que… les deux proscrits qui avaient jadis trahi la règle d’or, subissant l’exil et la séparation, ne parviennent à se retrouver…

image emily blunt charlize theron le chasseur et la reine des glacesLe film

Après le succès de Blanche-Neige et le chasseur en 2012, les studios Universal nous proposent à la fois le prequel et la suite de l’histoire avec Le chasseur et la reine des glaces, en concentrant l’intrigue sur le chasseur incarné par Chris Hemsworth tandis que Blanche-Neige reste hors-champ. Mêlant, à l’image du premier film, conte de fées et heroic fantasy au sein d’un univers qui n’est pas sans rappeler celui des films merveilleux des années 80 (Willow, Legend, L’histoire sans fin…), dont ce second long-métrage tend à se rapprocher un peu plus, Le chasseur et la reine des glaces raconte comment le Chasseur est devenu celui qu’il est. Mais, si le personnage incarné par Hemsworth est supposé être le héros de l’histoire, le film se focalise en réalité davantage autour de ses personnages féminins, qu’il s’agisse de Sara, l’amour perdu d’Eric (le chasseur), interprétée par une Jessica Chastain qu’on n’attendait pas dans ce genre de films de studio, mais apparaît fort à propos en guerrière espiègle et coriace au fort accent irlandais, de la terrible Ravenna (Charlize Theron) ou encore de sa soeur Freya (Emily Blunt), reine partagée entre douceur et cruauté. Ces personnages donnent tout son sel à ce film à grand spectacle qui aurait pu sembler bien fade si le scénario s’était concentré sur le personnage sympathique, mais finalement assez lisse d’Eric.

Tissant une intrigue naïve et cruelle à la fois propre aux contes, tout en restant grand public (exit donc la noirceur et la violence de films tels que Le labyrinthe de Pan), Le chasseur et la reine des glaces s’inspire des histoires d’amour contrariées qui sont légion dans les contes et leurs adaptations et s’interroge sur la possibilité pour un amour pur de survivre au milieu de la violence du monde. Si certains rebondissements et éléments possèdent un air de déjà vu, comme l’utilisation de la magie comme une arme de manipulation donnant à voir la pire peur des personnages, afin de les dresser les uns contre les autres, la manière dont ces éléments sont intégrés à l’ensemble fonctionne bien.

image emily blunt jessica chastain chris hemsworth le chasseur et la reine des glacesOn ne pourra, bien évidemment, s’empêcher de trouver la présence de la déesse nordique Freyja, transformée en « reine des glaces » pour les besoins du film, quelque peu opportuniste après le succès de La reine des neiges de Disney, d’autant plus que le mythe nordique est assez différent. Si la déesse avait elle aussi son armée (qui était une armée défensive et non de conquête), elle était surtout la déesse de l’amour, la maternité et la fertilité, choses dont s’écarte le film, en faisant au contraire de la reine une mère ravagée par la perte de son enfant et la trahison de l’homme qu’elle aime, au point d’interdire l’attachement et le sentiment amoureux parmi ses « chasseurs » sous peine de mort. Le personnage incarné par l’Anglaise Emily Blunt est donc un condensé de la Freyja nordique, de la reine des neiges d’Andersen et de diverses méchantes de contes et films merveilleux, comme le Maléfique avec Angelina Jolie. Ce melting-pot à la Once Upon a Time, s’il pourra paraître discutable aux yeux des puristes, tient finalement la route, malgré une issue attendue.

Si le film n’est pas exempt de défauts, entre des personnages devenus adultes qui n’apparaissent pas vraiment crédibles en tueurs sanguinaires à la solde d’une méchante reine, des gags et vannes qui tombent parfois à plat et un relatif manque de surprise à certains moments-clés, il nous permet en revanche de renouer avec l’esprit délicieusement naïf, mais bien ficelé, des films merveilleux des années 80, prenant ainsi le contre-pied du cynisme ambiant qui a contaminé des oeuvres se voulant modernes et malicieuses, comme le Blanche-Neige de Tarsem Singh (2012), dont l’humour balourd et les références aux actrices botoxées l’a condamné aux oubliettes des blockbusters ayant raté leur cible.

Avec son intrigue épurée, fidèle à la fois à l’esprit des contes et des récits fantasy, ses images aux décors merveilleux, nous faisant voyager de forêts en châteaux de glace et ses costumes qui rappellent là encore l’heroic fantasy des années 80, Le chasseur et la reine des glaces s’impose comme un spectacle plaisant, servi par la musique épique de James Newton Howard et la réalisation tout à fait honnête du Français Cédric Nicolas-Troyan, qui n’était autre que le réalisateur de seconde équipe sur Blanche-Neige et le chasseur. Cette suite a également le mérite d’être bien mieux rythmée que le premier film, dont le long tunnel au milieu de l’intrigue a perdu plus d’un spectateur à l’époque, en dépit de quelques scènes assez inspirées dans leur aspect gothique. Alors certes, l’intrigue, relativement cousue de fil blanc, ne surprendra pas les spectateurs familiers de ce genre d’oeuvres, mais ce côté classique et naïf, assumé comme tel, est aussi ce qui en fait la force face à un nouveau courant d’oeuvres à l’approche pseudo-postmoderne cherchant surtout à rentabiliser, à coups de vannes anachroniques et de cynisme, ce retour en force de la tendance des contes de fées auquel nous assistons depuis le Alice de Tim  Burton en 2010.

Le chasseur et la reine des glaces de Cédric Nicolas-Troyan, DVD, Universal Pictures Video, 14,99€. Également disponible en Blu-Ray.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.