image affiche terra formarsCaractéristiques

  • Réalisateur : Takashi Miike
  • Avec : Hideaki Ito, Emi Takei, Tomohisa Yamashita, Takayuki Yamada
  • Durée : 109 minutes
  • Année de production : 2016
  • Genre : Science-fiction, Action

Synopsis

Afin de rendre Mars habitable, des scientifiques y envoient des cafards génétiquement modifiés et des champignons. Cinq siècles plus tard, une expédition est envoyée pour éliminer les insectes et vérifier que la terraformation s’est bien déroulée.

La critique

Même s’il s’est tout de même pas mal assagi depuis quelques années, Takashi Miike reste un véritable trublion du cinéma japonais. Chaque année, celui qui est l’un des chouchous de l’Étrange Festival nous livre au moins un film à découvrir, pas toujours de qualité (remémorons-nous l’horrible Yakuza Apocalypse) mais au moins complètement barge. Cette fois-ci, rendez-vous est pris avec Terra Formars, adaptation d’un manga fleuve signé Yu Sasuga et Kenichi Tachibana, dont le pitch laissait supposer un trip entre science-fiction typiquement nippone et action débridée. Qu’en est-il une fois que les lumières de la salle s’éteignent ?

Terra Formars vu par Takashi Miike, voilà qui promettait au moins quelques fulgurances totalement folles. Et c’est bien le cas, nous y reviendrons, même si le film est très atteint par certaines mauvaises habitudes de son réalisateur. L’exposition est plutôt bonne, et évite cette impression de bordel généralisé qui règne souvent dans les films de Miike. On ne s’intéresse pas à trop de personnages, la problématique est posée sans encombre, et l’auteur s’offre même quelques petits excès de caractérisation d’un des antagonistes visiblement fan de mode. C’est tout à fait inoffensif, on sent que Terra Formars s’adresse à un public très large et ne veut fâcher personne (on est désormais très loin de Visitor Q), mais on rentre plutôt bien dans l’univers.

image terra formars

 

Évidemment, Terra Formars évolue quand l’équipe de désinfection, formée par des paumés et des délinquants, arrive sur Mars afin d’exterminer les cafards envoyés pour terraformer l’endroit. Rien ne se passe comme prévu, les bestioles s’avèrent bien plus imposantes que ce qu’on avait confié à la bande. En gros chacun d’entre eux se tient sur les pattes arrières, mesure plus de deux mètre, et est doté d’une force herculéenne. En prime, leur visage est tout bonnement à mourir de rire. Une surprise de taille donc, mais qui sera rapidement rendue plus acceptable quand une information provient de Terre : chacune des personnes composant l’équipe est génétiquement modifiée, et il leurs suffit de s’injecter une dose d’excitant pour que les corps se mutent en une fusion puissante avec un insecte, particulier selon les cas personnels. Terra Formars devient alors une sorte de sentaï , avec séquences de transformation explicative à la clé (histoire que les points forts de ces minuscules animaux soient remémorés), et de ce point de vue ça fonctionne : c’est fun, ça défouraille (mais sans une seule goutte de sang), c’est parfois délicieusement foufou, et c’est énergique.

Seulement, Terra Formars est un bon délire, voire un bon Miike, mais est encore loin d’être un bon film. La faute à une écriture tout simplement lamentable, que ce soit d’un point de vue narratif ou dans la construction des personnages. Pour ces derniers, tout allait bien quand le réalisateur n’en avait que deux ou trois à gérer. Mais alors dès que le nombre explose et, qu’en plus, ils se divisent en deux groupes, ça devient la foire au n’importe quoi. Certains sont à peine abordés, d’autres beaucoup trop, et dans l’ensemble on a du mal à comprendre qui fait quoi, pourquoi, et comment. Le récit devient totalement incompréhensible, use et abuse de flashback grossiers tant ils n’apportent pas spécialement grand chose. Le metteur en scène nous perd dans des phases dialoguées absurdes au possible, au point que certaines séquences, qui apparemment contiennent des twists d’importance, sont totalement vides d’intérêt. Et surtout, surtout… c’est toujours aussi embarrassant de constater à quel point Miike ne sait pas finir ses films. On se souvient toutes et tous de la fin de Dead Or Alive, qui traduisait cette incapacité par une apocalypse soudaine et jouissive, au moins son audace venait régler la situation. Là, le réalisateur fait durer, durer, et encore durer son récit qui, pourtant, n’apporte plus rien depuis un moment. Alors certes, Terra Formars n’est pas catastrophique, et on va jusqu’à penser que le réalisateur livre un meilleur film que celui présenté par Sono Sion, mais cela reste tellement poussif… 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato