image deus ex mankind dividedCaractéristiques

  • Test effectué sur : Playstation 4
  • Genre : FPS, RPG
  • Distributeur : Square Enix
  • Développeur : Eidos Montréal
  • Sortie France : 23 août 2016

Le test

Quatre longues années se sont écoulées depuis que la très culte licence Deus Ex s’est relancée avec l’épisode Human Revolution. Un laps de temps important, mais que les joueurs, et surtout les fans de la série, étaient prêts à accepter afin qu’Eidos Montréal, le studio de développement, ait la liberté nécessaire pour gommer quelques défauts qui, s’ils n’ont pas spécialement gâché la fête, ont tout de même laissé un arrière-goût un peu amer. Pas que ce prequel au tout premier Deus Ex soit mauvais, très loin de là, écrivons plutôt que le côté RPG était réduit à sa plus simple expression alors qu’il s’agissait d’un point particulièrement attendu. Et les boss ont laissé des souvenirs malheureusement impérissables. Deus Ex : Mankind Divided avait donc une sacrée pression sur les épaules, celle de bonifier l’univers et de gommer ces retenues. Voyons si ce souhait est exaucé une fois la galette dévorée par la Playstation 4.

Histoire : 5/5

Que celles et ceux qui apprécient l’univers tout en nuances de la licence soit rassurés, car Deus Ex : Mankind Divided va les contenter plus que de raison. Avant toute chose, sachez que, si vous n’avez pas joué au précédent jeu, Eidos Montréal a opté pour un rappel des faits exhaustif, long de douze minutes et très efficace dans sa narration. Abordons le scénario en lui-même. L’action du jeu se situe deux années après la fin de Human Revolution, en 2029 pour être précis. Un futur pas si lointain que cela, au sein duquel l’humanité est confrontée à une évolution pas toujours maîtrisée : le transhumanisme, ou le principe de corps augmenté par des implants. Le soft se situe après des événements dramatiques, ayant coûté la vie à des millions de personnes. En effet, un fou furieux avait trouvé le moyen de contrôler les « augmentés » via leurs modifications, et les a manipulés afin qu’ils massacrent les « non-augmentés ». La crise est passée, mais le ressentiment, lui, n’a cessé de se faire présent, et d’une manière de plus en plus marquée.

Le joueur incarne toujours Adam Jensen, que l’on retrouve engagé au sein de la Task Force 29, une des cellules anti-terroristes au sein d’Interpol. Alors qu’il rentre d’une mission éprouvante au Moyen-Orient, qui a mis à mal ses capacités pourtant sur-développées, le voilà qui doit faire face à un attentat dans la ville de son QG : Prague. La gare, lieu visé par les terroristes, sera le début d’une longue histoire, passionnante et assez subtile pour ne pas que Deus Ex : Mankind Divided tombe dans une caricature de scénario pompeusement parano. On retrouve tous les ingrédients qui font la saveur de la licence, et en premier lieu ce refus de donner facilement du crédit à une organisation quelle qu’elle soit. Bien aidé par un univers extrêmement dense, bourré de sociétés aux intentions plus ou moins avouables, et de complots agissants dans l’ombre, le soft nous implique de façon exemplaire. Le tout fonctionne admirablement bien, surtout qu’Eidos Montréal a la belle idée de laisser le joueur seul maître à bord : s’il a envie de trouver des réponses, il le pourra, notamment via des journaux, des livres (électroniques, turfu oblige), des mails et une multitudes d’autres éléments cachés qu’on vous laisse découvrir. S’il ne le veut pas, il fonce. C’est aussi simple que ça.

La trame principale développe un scénario profond et subtil (bon, même si le terme « Illuminati » a tendance à froisser les oreilles), mais Deus Ex : Mankind Divided ne s’arrête pas là. En effet, les RPG sont désormais attendus au tournant pour la qualité d’écriture des tâches secondaires, surtout depuis qu’un The Witcher 3 a prouvé que l’on pouvait très bien faire preuve d’audace à ce niveau. Si les amateurs de journaux de quêtes bien remplis seront toujours un peu frustrés, et ce même si le nombre est en augmentation par rapport à Human Revolution, ils pourront largement se consoler en les vivant véritablement. Car si le soft ne vous demande pas d’aller chercher la peau de 35 moutons pour gagner un fichu gant dont vous n’aurez jamais besoin, il vous proposera plutôt une matière propre à être réellement utile pour votre expérience dans Deus Ex : Mankind Divided. Votre connaissance de l’univers se nourrit de vos actions secondaires, et celles-ci vous donneront tout autant le choix que les missions principales. C’est le même traitement, et bon sang, ça provoque un sacré intérêt. On peut donc affirmer qu’on fait face à un récit de haute volée, jamais pris à la légère par Eidos Montréal, et ça fait du bien.

Gameplay : 4/5

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Image issue du Playstation Share.

On prend le même et on recommence ? La réponse est clairement non : Deus Ex : Mankind Divided apporte une grosse dose de nouveauté, du genre à réellement améliorer la recette même si, nous allons le voir, une doléance pourtant importante n’a pas été réglée. Tout d’abord, on retrouve à fond le traitement RPG qui fait toute la différence dans cette licence. Adam Jensen gagne de l’expérience, mais aussi des sous-sous, peut améliorer son équipement et donc en acheter. On fouille, on farfouille, le tout dans la joie et la bonne humeur tant on adore explorer cet univers de fond en comble, qui récompense en permanence les secrets révélés par la curiosité du joueur. Pour ce qui est des missions, un gros effort a été effectué pour proposer plus de cette verticalité très à la mode en ce moment dans les jeux d’infiltration, et à raison puisque cela multiplie les possibilités d’abordage des situations. Globalement, la manière furtive est mise en avant dans Deus Ex : Mankind Divided, avec un gros travail sur les différents chemins à emprunter pour mieux prendre par surprise, voire pour carrément éviter des portions entières habitées par des personnages pour le moins patibulaires.

On apprécie le level design fait pour que le joueur puisse réellement jouir de ses efforts. Deus Ex : Mankind Divided a le don de récompenser celles et ceux qui prennent le temps de bien étudier les situations, et surtout ce que les environnement renferment comme possibilités. Il y a toujours un moyen de passer inaperçu, d’ailleurs c’est une amélioration qu’attendaient les fans de la licence : il est tout à fait possible de ne zigouiller personne jusqu’à la fin. Bon, les ennemis sont endormis, et dans un tel état qu’on pourrait les croire décédés, mais le fait est établi. Par contre, on peut aussi très bien se croire dans Broforce et rentrer dans le lard tout en jouant de la couverture à la Gears Of War. On perd là pas mal de la saveur proposée par Deus Ex : Mankind Divided, mais Eidos Montréal a fait en sorte de mettre à disposition un système offensif plus grisant que dans l’épisode précédent, surtout en améliorant le feeling des armes. Évidemment, les modifications, ou plutôt les augmentations, sont au centre des attentions, ce qui donne toujours ce côté stratégique bien savoureux.

Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes… sauf concernant l’intelligence artificielle. Sur ce point précis, Eidos Montréal mérite de se faire taper sur les doigts tant on regrette une stagnation difficile à comprendre. Pas que les ennemis de Deus Ex : Divided Mankind soient de véritables courges, écrivons plutôt que certaines situations sont des plus embarrassantes. Adversaire neutralisé, en pleine lumière, à 5 mètres d’un autre sans que ce dernier ne bouge le petit doigt, ou encore amas d’opposants qui ne comprennent pas qu’ils se jettent dans la gueule du loup, on aurait aimé que ces cas de figure disparaissent, mais ce n’est pas le cas. Aussi, si vous ouvrez une porte verrouillée dans un magasin, vous en subirez les conséquences immédiatement, et c’est bien. Par contre, le joueur peut tranquillou rentrer chez ses voisins après avoir contourné ses sécurités sans que les habitants n’aient leur mot à dire. On pardonne ce dernier point car, dans l’action du jeu, cela renforce l’envie d’explorer à fond Deus Ex : Divided Mankind, mais pour l’immersion totale c’est tout de même un peu regrettable. Et si on veut être tatillon, on regrettera aussi l’absence d’un tutoriel pour les phases de piratage, un peu austères et pas très claires au début. Cependant, cette retenue ne doit surtout pas faire oublier les belles avancées, bien plus nombreuses et qui font de cette itération un sommet de la licence.

Technique et ambiance sonore : 4/5

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Deus Ex : Mankind Divided n’est pas spécialement une claque purement technique. C’est propre, mais quelques baisses de framerate se font ressentir dans les grosses joutes, même si rien de vraiment gênant pour le joueur n’est à déplorer. On a décelé aussi un tout petit peu de tearing, mais on chipote et l’œil du gamer moyen ne s’en rendra pas compte. Ce n’est certes pas le plus beau des jeux Playstation 4 dans ses effets, par contre on vérifie une fois de plus qu’une direction artistique solide est beaucoup, mais beaucoup plus importante que le nombre de lignes affichées à l’écran. Et là, nos rétines ont été profondément marquées par le déluge de détails, et la gigantesque cohérence dont ont fait preuve les artistes d’Eidos Montréal. C’est purement sublime et, au final, bien plus agréable à l’œil que nombre de jeux réputés plus solides techniquement.

Deus Ex : Mankind Divided est donc beau à regarder, mais le plaisir se devait aussi d’être à la hauteur des esgourdes les plus exigeantes. Côté soundtrack, c’est absolument le cas. On retrouve Michael McCann, dont les travaux sur Human Revolution et l’excellente partition de XCOM : Ennemy Unknown ont été salués avec pertinence. Cette fois-ci, il est rejoint par un certain Sonic Mayhem, dont l’expérience aussi bien de compositeur que de sound designer se devait d’être un plus. Et c’est vrai que la version originale est un pur délice pour les oreilles, que ce soit dans le doublage et dans le mixage, d’un équilibre à toute épreuve. La version française, elle, est méritante de par son jusqu’au-boutisme, un peu moins par l’acting pur et dur en-deçà de la VO. On pardonne face à l’ampleur du travail accompli : tout est localisé, des journaux récoltés aux émissions diffusées à la radio ou à la télé. Un boulot phénoménal.

Durée de vie : 5/5

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Image issue du Playstation Share.

Bon, comme pour nous il est inconcevable de rusher un  jeu comme Deus Ex : Mankind Divided en ligne droite (rien que d’y penser, ça fait rager), abordons le contenu parcouru par un joueur intéressé. L’aventure lui prendra entre une bonne grosse quarantaine heures pour un premier run, ce qui est déjà plus qu’honorable. Mais, bien entendu, le soft est atteint d’une rejouabilité ébouriffante, tant il est à préciser que chacun de nos choix (ou presque) ont une incidence sur le final. Et, quand vous aurez terminé d’essorer Deus Ex : Mankind Divided, le mode Breach vous tendra les bras pour ce qui est certainement l’un des plus beaux bonus croisés depuis pas mal de temps. On peut même écrire que l’on se trouve là devant un jeu à part entière : vous êtes plongés au cœur d’un logiciel intitulé Palisade, au sein duquel les plus puissants de ce monde cachent leurs terribles secrets. Le design, qui rappelle un peu l’univers de Tron, fait déjà beaucoup pour que l’expérience soit prise très au sérieux. Le principe, lui, finit de nous séduire : c’est plus nerveux, notamment du côté de l’intelligence artificielle, et l’accent est mis sur les énigmes, ainsi que sur le scoring. Au programme, un classement pour la course à qui a la plus grosse, et aussi des informations sur l’univers de Deus Ex : Mankind Divided. Un passage obligé, donc, qui rallonge encore une durée de vie décidément très, très satisfaisante.

Note finale : 18/20

Si on nous avait dit que Deus Ex : Mankind Divided serait une telle réussite, un tel hit en puissance, on ne l’aurait pas cru ! Eidos Montréal s’est retroussé les manches après un Human Revolution certes déjà bon mais atteint de soucis qui, ici, ont été pour la plupart totalement balayés, rayés de la carte. L’intelligence artificielle et la pure technique restent au menu des éléments à améliorer, mais tout le reste atteint un niveau d’excellence exemplaire. Le scénario entraînant et bien rythmé, l’univers d’une profondeur jouissive, la direction artistique sans fausse note, le gameplay bien amélioré, une durée de vie flamboyante : voilà qui nous fait dire qu’on tient là un sommet ludique et, pour les fans de la licence, enfin une itération à la hauteur du premier jeu. Deus Ex : Mankind Divided fait date, et concourt clairement pour le titre du meilleur soft 2016. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato