image third editions dragon ball le livre hommageUn essai aussi passionnant que l’œuvre qu’il aborde

Après avoir découvert le formidable ouvrage dédié à Silent Hill chez Third Editions, voilà que l’on s’aventure dorénavant du côté d’un manga à l’importance capitale : Dragon Ball. En effet, l’éditeur a décidé de faire une petite infidélité au jeu vidéo afin d’aborder la licence certainement fondatrice pour beaucoup d’entre vous, en tout cas elle l’est pour votre humble serviteur. Parce que, pour beaucoup de trentenaire, grandir avec Sangoku, Bulma, Krilin et Vegeta a été une véritable chance, que certains politicards ont cru bon de nous retirer (on y reviendra), l’essai Dragon Ball : le livre hommage retient évidemment toute notre attention.

« Parce qu’il fut celui qui ouvrit la France et le reste du monde à une culture dont ces pays ignoraient tout« . Ces quelques mots, les premiers de la quatrième de couverture, ont le don de raviver les petits papillons qui voltigent dans le bide de tout adulte ayant grandi avec Dragon Ball, puis Dragon Ball Z. Une impression doublement vraie, puisque le nom qui signe l’ouvrage est aussi du genre à égayer la découverte : Valérie Précigout, que vous connaissez peut-être mieux sous le pseudonyme « Romendil ». Anciennement l’une des journalistes les plus suivies du site jeuxvideo.com, elle officie désormais sur extralife.fr, où elle continue de signer des tests pleins de personnalité. Une plume que l’on avait hâte de lire aux commandes d’un exercice difficile, car écrire un essai comme Dragon Ball : le livre hommage n’est pas de tout repos, et peut s’avérer être une épreuve piégeuse.

Dragon Ball : le livre hommage se donne comme objectif d’analyser la licence, de sa naissance à son héritage, en passant par tout un tas de problématiques toujours intéressantes, et d’autant plus passionnantes que le sujet l’est tout naturellement. Il faut dore et déjà bien signifier que le travail accompli par Valérie Précigout diffère de ce que les fans peuvent trouver dans une encyclopédie. Rappelons qu’un essai n’est pas sensé s’appuyer sur les mêmes codes, et s’adresse avant tout à un public soucieux d’aborder un sujet en profondeur. Il ne faut donc pas attendre des galeries d’artworks, lesquelles seraient totalement hors de propos. L’auteure se doit d’aller plus loin qu’une simple description de l’univers, elle se doit d’apporter un éclairage sur les conséquences de chacune des composantes de Dragon Ball, qu’elles soient purement internes à l’histoire, sociétale ou culturelle. Et autant le signifier de suite : Third Editions propose là un livre que l’on juge carrément indispensable, que ce soit pour un public jusqu’au-boutiste ou les plus ou moins fans de l’univers.

Un essai structurellement appliqué

Car, avec Dragon Ball : le livre hommage, Valérie Précigout y dévoile autant tout un tas d’anecdotes sur l’œuvre d’Akira Toryama qu’une plume qui supporte très bien le passage à un format livre. On savait ses tests rondement menés, on sait dorénavant que son style, résolument abordable et plutôt humble, s’accorde très bien à ce genre de lecture. On invoquait, en tout début d’article, le premier ouvrage Third Editions a avoir été chroniqué sur le site, consacré à Silent Hill. On en retrouve quasiment la structure, claire et efficace : Création, Univers, Décryptage, Héritage, et ces chapitres sont eux-mêmes divisés en plusieurs sous-chapitres. Il s’en dégage un sérieux formel de tous les instants, et un plaisir de lecture sans cesse présent. Les titres de ces chapitres sont assez éloquents pour que vous puissiez voir venir l’axe d’analyse de l’auteur : on revient tout d’abord sur la naissance du mythe, tout ce que Toryama a pu traverser pour trouver l’angle qui sera celui de Dragon Ball. On se rend très vite compte que le mangaka ne désirait pas spécialement se lancer dans l’œuvre d’une vie, ce que deviendra l’histoire de Goku en fin de compte, et d’autres petites histoires rythment idéalement ce début d’analyse. On passe notamment par l’impact sur la jeunesse, malheureusement fantasmé par les déjà largués hommes et femmes politiques, qui ne comprenaient pas le phénomène (comme c’est étonnant). Bien entendu, on pense à Ségolène Royal, qui n’en prend pas spécialement plus que pour son grade, mais qui tout de même est bien signalée comme véritable pisse-froid, coupable d’avoir stoppé la diffusion du dessin animé japonais à la télé, du moins pour un temps.

En écrivant à propos de l’animé, l’une des grosses interrogations que l’on pouvait se poser avec Dragon Ball : le livre hommage était la gestion des différentes formes d’expression qui se sont accaparées la licence. Avec le chapitre Univers, on comprend tout de même que le manga papier est la principale source pour Valérie Précigout, qui y décrit non seulement l’action des arcs et séries (Dragon Ball, Dragon Ball Z, Dragon Ball GT et un chouïa Dragon Ball Super), mais aussi les différentes timelines à l’œuvre. C’est complet, et si l’exercice peut paraître bourratif il est indispensable pour bien aborder la suite des événements, qui sont regroupés dans le chapitres Décryptage et Héritage. Dans le premier, l’auteure revient sur une tonne d’éléments, notamment les sources d’inspiration d’Akira Toryama, et le lecteur se rendra rapidement compte que la vision du mangaka dépasse allégrement le Japon. Valérie Précigout capte aussi très bien les thèmes de la licence, qui ont tendance à se répéter quand on y fait attention, comme la notion de choix : Krilin, Ten Shin Han, Vegeta ou d’autres passent du camps des vilains à celui des bons car rien n’est arrêté dans cet univers d’une richesse éclatante. Le chapitre Héritage revient, comme son titre l’indique, sur les séries qui ont repris le flambeau après l’arrêt de Dragon Ball Z en 1995. Sont invoqués les classiques Naruto, One Piece, et d’autres œuvres bien entendu. Le but est aisément atteint par Valérie Précigout : démontrer que Goku a changé la face du shonen pour toujours.

Dragon Ball : le livre hommage est un essai qui se lit d’une traite, l’intérêt est évident et le style efficace de l’auteur fait que l’on ne décroche jamais réellement, même si le chapitre Univers peut parfois être un petit peu longuet. La tonne d’informations qui reposent dans cet ouvrage, clairement conduit par la passion débordante de l’auteure pour son sujet, fait que le lecteur est lui-même convié à voyager loin, dans les terres de Bulma et Cell, qui décidément ne manquent pas d’intérêt. Dragon Ball : le livre hommage est un pur plaisir que l’on ne peut que vous conseiller de parcourir. Signalons, enfin, que l’objet livre en lui même est d’une belle qualité, avec sa couverture cartonnée du plus bel effet. Une finition qui termine de nous séduire totalement, donc.

Dragon Ball : le livre hommage, écrit par Valérie Précigout. Chez Third Editions, 224 pages, 24.90 euros. Sortie le 21 novembre 2016.

Dragon Ball : le livre hommage existe aussi dans une édition « First Print« , avec en bonus une couverture alternative, une jaquette reprenant la couverture de l’édition classique et une lithographie 160 x 240. Elle est disponible sur le site de Third Editions pour 29.90 euros. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato