image livre version officielleUn crescendo dans la paranoïa qui vous hantera longtemps

Peut-être que le nom de James Renner ne vous dit pas grand chose, pourtant c’est avec une certaine impatience qu’on s’est jeté sur Version Officielle, deuxième roman de cet auteur décidément pas comme les autres. Son premier ouvrage, L’Obsession, lui aussi édité par Super 8 (Il y a un robot dans le jardinCaptifs, Fight Club 2) , se chargeait déjà de titiller le lecteur dans ses convictions les plus profondes. Et nous allons voir que le livre ici abordé va peut-être encore plus loin…

Version Officielle s’intéresse à un certain Jack Felter, professeur d’histoire dont le père, ancien pilote désormais à la retraite, est entrain de perdre la mémoire. Afin de s’en rapprocher, Jack débarque dans l’Ohio, plus précisément dans sa ville natale Franklin Mills. Comme souvent, ce retour au bercail est l’occasion de se confronter à des blessures profondes et jamais totalement cicatrisées. Ainsi, le professeur d’histoire va retrouver Samantha, son ancien grand amour, qui a fin par épouser Tony, son meilleur ami… disparu depuis trois longues années. Et c’est en se mettant sur ses traces que tout va basculer pour Jack. Il va d’abord rencontrer Cole, un adolescent de seize ans qui fut le dernier patient de Tony, et apparemment victime de paranoïa aigüe. Ensemble, ils vont mener une investigation qui va les mener sur la trace du Grand Oubli, gigantesque organisation conspirationniste qui vise à dissimuler ce qui s’est réellement passé pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Version officielle est un bijou, voilà qui se doit d’être écrit de la manière la plus abrupte possible. Sachez de suite que ce roman contient en lui une matière des plus marquantes, faisant passer les conspirations de X-Files pour un simple échauffement. Une fois cette affirmation à votre disposition, il nous faut tout d’abord aborder le récit en lui-même, sans trop rentrer dans les détails car, vous le comprendrez assez vite, Version officielle s’appuie beaucoup sur le ressenti du lecteur, lequel se créé notamment grâce à la surprise que provoque certaines révélations. Et il se construit grâce à une histoire menée de main de maître, qui introduit les problématiques avec un soin de toutes les lignes, afin notamment d’instaurer une certaine confiance entre le lecteur et la matière dont il dispose. Le rythme est idéal, les personnages tout de suite attachants, et les cent premières pages forment un modèle de construction. Version officielle nous happe, retient notre attention pour, par la suite, la remettre en cause.

Indispensable devoir de mémoire

Car, si le début de Version officielle est en fait une figure de style autour du retour du fils plus ou moins prodigue, la suite prend une toute autre tournure. Après des retrouvailles avec une ex-petite amie que l’on vit le cœur lourd, Jack se met en route et débute un voyage aux confins de la paranoïa, et chaque arrêt du train conspirationniste va non seulement le malmener lui… mais surtout le lecteur. Bientôt, l’organisation Grand Oubli rentre dans la danse, et c’est comme si nous perdions pieds, tant l’auteur redouble d’ingéniosité afin de briser les certitudes, avec une précaution tout bonnement machiavélique. Nous ne spoilerons rien de l’intrigue en elle-même, sachez simplement qu’elle vous fera voyager jusque dans des endroits enfouis, et délivre une ambiance de plus en plus glauque. Les personnages, entiers et sûrs d’eux au début de leur aventure, vacillent, et certains passages sont si dérangeants qu’il n’est pas rare de devoir prendre un peu de recul.

Sans aucun doute, James Renner a écrit là un roman en accord avec son temps. Car Version officielle parle, en sous-texte, du devoir de mémoire, en des temps où il est continuellement remis en cause sous des prétextes bien fallacieux. Thriller au bon goût de science-fiction, l’ouvrage ne cesse de nous interroger à propos de l’oubli, du souvenir, de ce qui fait finalement une des valeurs les plus précieuses de l’Humanité. Sans doute en colère lors de l’écriture, l’auteur transmet clairement un message saillant derrière un récit de pur divertissement, et lorsque l’on arrive à la fin de cette histoire dense mais hyper addictive (les presque 500 pages se lisent à une vitesse sidérante) on ne peut que se dire, en notre for intérieur, que cette oppressante paranoïa que délivre Version officielle figure parmi les plus belles réussites de la littérature récente. Un livre à ne manquer sous aucun prétexte donc, et signalons pour finir l’excellente qualité de l’édition assurée par Super 8, avec notamment une magnifique couverture très à-propos…

Version officielle, un roman écrit par James Renner. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Caroline Nicolas. Aux éditions Super 8, 460 pages, 21 euros. Sortie le 9 février 2017. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato