image tome 1 dragon ball superLe retour tant attendu d’une véritable légende

Bon, on ne va pas vous le cacher, votre dévoué serviteur fait partie de ces personnes qui ont baigné dans la culture manga depuis son enfance. Le Club Dorothée avait fait son effet bien entendu, mais aussi les magazines de jeux vidéo qui, en fin de numéro, abordaient parfois quelques sorties très obscures à l’époque (Akira, Gon etc). Dragon Ball était déjà rentré dans les mœurs, n’a pas eu besoin d’être poussé pour réussir à capter l’attention des enfants que nous étions. En regardant vers le passé, c’est fou comme cette période fut grisante, tant on se sentait un peu comme des chercheurs d’or qui découvrent un filon exceptionnel… et incompris. Contre nous, on avait un peu tout le monde : les parents, qui ne comprenaient rien à ces « chinoiseries ». La presse, qui se vautrait dans l’ignorance la plus crasse (relisez certaines publications féminines de l’époque, c’est encore hallucinant de bêtise profonde). Mais aussi l’État, qui a même réussi, sous l’impulsion de la très puritaine Ségolène Royal (devenue une sorte de Némésis infiniment diabolique pour tous les gamins de l’époque), a carrément réussi à faire déprogrammer l’animé Dragon Ball Z, alors en pleine conclusion . Oui, c’est encore un traumatisme à l’heure actuelle.

Bien des années sont passées, et comme souvent le temps a donné raison aux passionnés que nous sommes. Oui, la culture manga s’est bien implantée en France (désolé Ségolène), et même si on a observé une baisse d’intérêt, notamment à cause de publications pas toujours cohérentes formellement et qualitativement, force est de constater qu’on lit un manga comme on regarde un Blu-ray. L’un des grands initiateurs, les plus populaires tout du moins, de ce présent qu’on vit tous est incontestablement Dragon Ball (avec Les Chevaliers du Zodiaque et Olive et Tom). Dès lors, quand les saintes éditions Glénat Manga, qu’on respectera à tout jamais pour avoir été parmi celles qui ont importé le phénomène manga en France, revient aux affaires avec Goku et les autres, c’est avec un certain frisson de la jubilation qu’on reçoit la nouvelle. En effet, l’animé Dragon Ball Super est certes en diffusion depuis de nombreux mois, créant une émulsion que même les haters de tous poils ne parviennent pas à pondérer, la version manga nous manquait pour qu’on ait véritablement une configuration « comme avant ». C’est dorénavant le cas, puisque ce premier tome n’est pas qu’un accompagnateur de la série animée, comme on pouvait le craindre, mais une œuvre prise au sérieux notamment par un Akira Toryama très impliqué.

La première constatation, en lisant Dragon Ball Super Tome 1, est que le scénario géré par Akira Toryama résout quelques soucis qui touchaient le rythme du début de la série animée. Avec ce premier manga, on survole les événements décrits parfois trop en profondeur côté télé, on pense surtout à l’arc Résurrection de « F », totalement passé à la trappe par le biais d’une ellipse un peu violente mais ô combien nécessaire. On sent que l’auteur a voulu gagner en rythme, et pour ce faire il n’hésite donc pas à prendre des décisions drastiques, quitte à parfois créer des situations qui n’existent pas dans l’animé comme, sans ne rien spoiler, certaines choses à propos de Champa. Alors oui, ça va très vite, mais on adhère pas mal à cette tonalité bien séduisante. Par exemple, l’attente de la rencontre entre Maître Kaïo et Beerus ne s’étire plus pour rien : le Dieu de la Destruction ne se fait plus attendre dans un voyage longuet, tant mieux. Ainsi, le récit va à l’essentiel, tout en apportant ce qu’on attend de Dragon Ball Super : de la baston certes, mais aussi ces moments beaucoup plus légers, totalement dans l’ambiance qu’appréciait Akira Toryama quand il débuta sa série, en 1984. De l’humour bien potache, en-dessous de la ceinture voire au niveau du tour de poitrine. De quoi provoquer de l’hypertension artérielle chez cette pauvre Ségolène Royal (oui, on est toujours remonté). Seul regret, l’absence de Tortue Géniale, dont les magazines cochons et les saignements de nez nous manquent, pour le moment.

Un rythme soutenu et un humour bien présent

image manga dragon ball super tome 1

Alors clairement, cette nouvelle série Dragon Ball Super est consciente que l’animé existe en parallèle, ce qui n’était pas le cas précédemment, quand c’était la version papier qui était le métronome. Cela provoque-t-il un quelconque souci ? Non, car comme expliqué auparavant, Akira Toryama est conscient que reproduire les deux arcs initiaux, pour la troisième fois (OAV, série animé et, donc, manga), serait une gageure mal vécue par le lecteur-fan, qui regarde et lit tout. Oui, on retrouve la colonne vertébrale de ce qui se trame dans l’animé, mais cela ne posait aucun problèmes auparavant, et cela ne changera pas maintenant. Autre sujet qui pouvait nous donner quelques sueurs : le dessin. On le savait, Akira Toryama n’a plus le temps de s’occuper du manga du sol au plafond, dès lors il fallait passer le flambeau. Le choix s’est porté sur un dessinateur que nous ne connaissions absolument pas, Toyotaro, qui s’est fait connaître en adaptant, sur papier, l’arc La Résurrection de « F » dans la magazine V Jump en 2015 (d’où son absence dans la série qui débute…). Il va falloir retenir ce nom, car le résultat dépasse largement toute les attentes. Si on ressent un respect un peu trop poussé pour le Maître Toryama, Toyotaro, a tout de même de la personnalité, qu’on perçoit comme embryonnaire pour le moment. Les personnages paraissent plus secs, dans le bon sens du terme, le trait est affiné et les muscles moins déraisonnable que ce qui fut montré à la fin de Dragon Ball Z (Dragon Ball GT n’existe pas, signalons-le ici). Aussi, la mise en scène est élégante, notamment dans les phases de combats qui, si elles sont très énergiques, restent lisibles. On va attendre quelques numéros, afin que l’artiste ait le temps de prendre son envol, mais on peut le dire : ça sent bon.

Dragon Ball Super T1 se termine en plein troisième arc, preuve que les événements s’enchaînent sans temps mort. On pourra peut-être regretter que la transformation en Super Sayan God soit toujours aussi peu mémorable dans sa découverte (on est loin de la mort de Krilin sur Namek), mais l’esprit imprimé est le bon, quoi qu’en disent les détracteurs. Dragon Ball, ça a toujours été une marche en avant, vers plus fort que plus fort, dès lors la philosophie apportée par les Dieux de la Destruction, et même le concept d’univers multiples, est la bonne. Elle permet une progression sans limites, et alléchante pour tous les fans de cette licence hors du commun. Du coup, on est très curieux de lire la suite du programme, prévue par Glénat Comics pour juillet 2017. À ce rythme, on rejoindra l’animé bien plus vite qu’on ne pouvait l’imaginer, ce qui serait une excellente surprise. Pour le dépasser et, par la suite, retrouver une configuration faisant du manga le chef d’orchestre pour l’animé et les autres œuvres de l’univers transmédia ? On n’en est pas là, mais on peut espérer. Notons la qualité de cette édition, avec un papier bien soigné et des petits bonus en fin de tome, dont une interview croisée d’Akira Toryama et de Toyotaro, les deux mettant en scène un rapport maître-élève assez croquignolesque.

Dragon Ball Super Tome 1, scénarisé par Akira Toryama, dessiné par Toyotaro. Aux éditions Glénat Comics, 192 pages, 6.90 euros. Sortie le 5 avril 2017

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato