image affiche ikarie xb 1Caractéristiques

  • Réalisateur : Jindrich Polak
  • Avec : Zdenek Stepanek, Radovan Lukavsky, Frantisek Smolik,, Otto Lackovic, Jozef Adamovic, Jiri Vrstala
  • Distributeur : Capricci
  • Genre :  Science fiction
  • Durée :  88 minutes
  • Sortie : 19 avril 2017

Critique

Ikarie XB 1, voici un titre qui, peut-être, vous est parfaitement inconnu. Pourtant, voilà une sortie que l’on peut qualifier de grand événement pour le septième art, le film étant carrément invisible dans notre belle contrée, alors même qu’il s’agit d’une œuvre importante de l’Histoire de la science fiction au cinéma. Souvent citée comme l’une des références de Stanley Kubrick au moment de concevoir le chef-d’œuvre 2001, l’odyssée de l’espace, Ikarie XB 1 se fraie donc un chemin jusque dans nos salles obscures françaises, quelques cinquante-quatre ans après sa sortie initiale, dans une République Tchèque communiste jusqu’au bout des ongles. Et le distributeur Capricci a fait les choses en grand, en accordant à son public une restauration 4K que l’on peut qualifier d’ébouriffante.

Ikarie XB 1 se déroule pendant la seconde moitié du vingt-deuxième siècle, à bord d’un vaisseau spatiale baptisé comme le film. Le but est aussi simple qu’impressionnant : atteindre la constellation Alpha du Centaure, afin d’y dénicher une forme de vie extraterrestre. Mais, avant d’arriver à bon port, il se sera écoulé 28 mois au sein de l’engin, pour pas moins de quinze ans sur la planète Terre. Assez de temps pour que cet équipage cosmopolite, formé d’une quarantaine de scientifiques, puisse mieux se connaître. Ils vont avoir besoin de ces liens, car le voyage va leur imposer des épreuves difficiles.

Ikarie XB 1, réalisé par le très doué Jindrich Polak (dont vous connaissez peut-être Les Cavaliers du ciel), est plus à rapprocher du film d’anticipation que de la science fiction purement divertissante. Si les quelques péripéties, délivrées par un scénario très finaud, ont de quoi apporter un peu du sel que l’on attend de ce genre de production, il ne faut pourtant pas mésestimer les volontés artistiques et « auteuresques » de son réalisateur, lequel profite d’une occasion rêvée afin de délivrer certains messages. Sorti en 1963, Ikarie XB1 intervient dans un contexte de compétition spatiale, mettant sauvagement en scène l’URSS et les États-Unis, et il est évident que la volonté de démontrer la possible entente entre les peuples est d’un intérêt primordial pour le Parti Communiste. Une vision certes idéal, voire même trompeuse en regard du réel de l’époque, mais qui fonctionne parfaitement ici, notamment grâce à un budget conséquent pour une production de l’époque, en République Tchèque.

Un film formellement impressionnant

Ikarie XB 1 traite de plusieurs sujets, mais le plus fondamental est sans aucun doute celui de la filiation, laquelle n’est pas décrite comme fataliste, mais plutôt évolutive. Avec son tout dernier acte qui se rapproche effectivement beaucoup de celui de 2001, l’odyssée de l’espace, le film de Jindrich Polak parvient à atteindre un mélange de philosophie brillante, ainsi que de la légère propagande ne soyons pas dupes, et en résultent de bonnes sensations. Pour y arriver, le vaisseau spatial aura, donc, traversé bien des épreuves, dont celle provoquée par la rencontre d’un autre engin, datant du vingtième siècle, et qui apporte l’une des séquences les plus visuellement réussies de l’œuvre. D’ailleurs, qui dit « école de l’Est », dit quasi automatiquement réussite plastique, et c’est plus que jamais le cas avec Ikarie XB 1, dont le CinémaScope (2,35:1 évidemment respecté) offre des perspectives renversantes. La gestion de la lumière, ce noir et blanc qui imprime la rétine, ces plan « trichés » inventifs au possible : on est là face à une régalade d’esthète.

Ikarie XB 1 n’est, cependant, pas à prendre à la légère. Nous ne sommes pas devant une série B décomplexée, mais un vrai film d’auteur qui ne renie jamais le sens au profit de l’intrigue. Dès lors, la narration pourra s’avérer difficile, un peu obscure sur certains passages, et surtout les résolutions des problématiques ne s’attachent pas à une tonalité rocambolesque, comme c’est toujours le cas dans le cinéma de science fiction américain. C’est clairement déroutant, et les cinéphiles se délecteront certainement d’une véritable vision « autre » des notions de montage (par exemple), tandis qu’un public moins pointu sera sans doute un peu largué. Aussi, les effets spéciaux font évidemment un peu kitsch, mais l’effort sur leur mise en scène, qui préfigure d’ailleurs aussi bien 2001 que Star Wars et Alien, ont tout pour faire chavirer les cœurs des puristes.

Ikarie XB 1 est donc un film que nous recommandons particulièrement aux amateurs pointus de science fiction, qui trouveront là un sujet de réflexion sur le genre assez grandiose ; mais aussi aux cinéphiles, lesquels se régaleront de l’inventivité de l’école de l’Est, décidément indéniable. Une sortie importante, courageuse, que l’on ne peut que saluer et apprécier comme il se doit. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato