image affiche exposition henry valensi la musique des couleurs musée du château des ducs de wurtemberg montbéliardLe musée du château des ducs de Wurtemberg à Montbéliard propose actuellement La musique des couleurs, une grande exposition dédiée au peintre Henry Valensi (1883-1960) ouverte jusqu’au 17 septembre. L’occasion de découvrir le parcours et l’oeuvre hors normes d’un peintre dont les toiles restent d’une étonnante modernité.

L’oeuvre singulière d’un peintre méconnu

Né en 1883 à Alger au sein d’une famille judéo-espagnole, Henry Valensi est un peintre d’importance, mais dont le grand public ne connaît pas nécessairement le nom ou l’oeuvre, bien que certaines de ses toiles bénéficient d’un accrochage au Centre Georges Pompidou depuis plusieurs années, par exemple. Cependant, si l’on excepte l’intégration de certaines de ses oeuvres à des expositions thématiques, il faut remonter à 1963, au musée des Beaux-Arts de Lyon, pour trouver une exposition qui lui était entièrement dédiée.

Sans doute parce, n’étant pas dans le besoin, il se souciait peu de vendre ses toiles de son vivant, il n’a pas accédé à la même postérité que certains de ses pairs. Pourtant, le parcours de cet artiste touche-à-tout est singulier : après avoir commencé à peindre ses premiers tableaux dans une veine impressionniste, puis orientaliste, il s’oriente ensuite vers le futurisme, l’orphisme ou le cubisme et fonde le mouvement Musicaliste en 1932. Certaines des oeuvres qu’il créé au sein de ce groupe seront reprises (sans son accord) par Walt Disney pour son chef d’oeuvre du film d’animation Fantasia (1940), mais le papa de la souris aux grandes oreilles adressera une fin de non-recevoir aux accusations de plagiat de Valensi et ses compagnons. Également théoricien, il mourra en 1960 en léguant par testament 18 tableaux à l’État, aujourd’hui conservés dans les archives du Centre Pompidou.

Les différentes facettes d’une oeuvre colorée et sensorielle

image peinture étude pour l'expression de l'automobile henry valensi 1920

Tableau Étude pour l’expression de l’automobile d’Henry Valensi (1920). Huile sur toile. 23,5x33cm. Collection particulière. Courtesy Galerie Le Minotaure © ADAGP – Paris, 2017

Étant donné la faible exposition du grand public à son oeuvre, on ne peut donc que se réjouir de ce bel événement que lui consacre depuis le 15 avril la ville de Montbéliard, en Bourgogne-Franche-Comté, et que nous avons eu l’occasion de découvrir et, qui plus est, en bonne compagnie. Hormis Aurélie Voltz, la directrice des musées de Montbéliard, qui nous a fait l’honneur d’une visite guidée, nous avons également pu échanger avec Didier Vallens, le neveu d’Henry Valensi, dont la participation — avec d’autres proches, certains ayant souhaité conserver l’anonymat — a permis d’exposer ces nombreuses toiles sur plus de 500m et de retrouver les informations adéquates. Monsieur Vallens était encore enfant lorsqu’il rendait visite avec son père à son oncle dans son atelier 11 place de la Porte de Champerret, dans le 17e arrondissement de Paris. Il retirait de ces visites un sentiment de liberté, lui qui évoluait dans un cadre plus strict. C’est donc tout naturellement qu’il s’occupera de l’Association Henry Valensi, dont il est le président, afin de valoriser l’oeuvre de ce peintre trop longtemps resté dans l’ombre.

A travers un parcours chronologique en 4 parties, Henry Valensi : La musique des couleurs invite les visiteurs à plonger dans l’oeuvre du peintre et à suivre son évolution. On commence donc par ses oeuvres de jeunesse, réalisées lors de ses nombreux voyages à l’étranger (une passion qu’il conservera toute sa vie) et représentant le plus souvent des paysages de manière assez réaliste, avec une grande importance accordée à la lumière, à l’instar des impressionnistes. Puis, à l’orée des années 1910, il prend ses distances avec cette influence et rejoint le groupe de Puteaux (dont fait partie Marcel Duchamp) par l’entremise duquel il s’intéresse aux chiffres et, sous l’influence de l’essai La science et l’hypothèse d’Henri Poincaré, à l’idée de retranscrire le mouvement sur une toile en deux dimensions. C’est ainsi qu’en 1912, le groupe devient la Section d’Or. Henry Valensi est le plus jeune d’entre eux et sa peinture se situe alors quelque part entre cubisme et futurisme. Ses toiles débordent de couleurs éclatantes et comportent de nombreuses formes géométriques.

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Tableau La cité de Carcassonne d’Henry Valensi, 1934. Huile sur toile. 130 x 200 cm. Musée des Beaux-Arts de Carcassonne © ADAGP – Paris, 2017

La seconde partie de l’exposition s’intéresse à son engagement pendant la Première Guerre Mondiale comme Peintre des Armées, suite à la disparition de son frère en vol. La troisième partie couvre la période 1918-1931, durant laquelle il intègre avec brio à ses toiles la notion de temps dans l’espace, comme dans ce superbe tableau représentant un voyage en train du point de vue des différentes classes, où se dégage la notion du trajet effectué, avec une évolution des paysages traversés, vus de manière différente selon que le voyageur se trouve en première ou dernière classe — ce qui en fait également un commentaire social engagé. Les notions de temporalité et mouvements seront également associées dans des séries de tableaux consacrés aux sports.

Enfin, la dernière section se focalise sur la création du Musicalisme, au sein duquel la peinture doit s’accorder aux lois régissant la musique : rythmique, dynamique, simultanéité. Il traduit ainsi visuellement, par exemple, des mouvements de morceaux classiques en tableaux. En compagnie des artistes qui le rejoignent, il se lance dans l’animation de sa toile La symphonie printanière, donnant naissance à un court-métrage de Cinépeinture de 28 minutes composé de 64 000 celluloïds.

C’est donc une exposition particulièrement riche que nous propose le musée des ducs de Wurtemberg, où les toiles de toutes tailles — certaines étant très grandes — sont bien mises en valeur dans les grandes salles lumineuses du château, au sein d’une scénographie épurée, et avec juste ce qu’il faut de textes explicatifs pour aiguiller le visiteur sans le perdre. Les couleurs, les formes, les reliefs des toiles happent notre regard, de même que la sensibilité qui s’en dégage. La peinture d’Henry Valensi est une peinture sensorielle et vivante, titillant notre perception et notre imaginaire. On espère donc vivement que cette très belle exposition concourra à le faire davantage connaître et donnera lieu à d’autres événements en France et dans d’autres contrées. Que vous soyez de la région ou que vous envisagiez de faire un détour par Montbéliard d’ici cet été, nous ne pouvons que vous conseiller de faire un crochet par le musée qui abrite par ailleurs d’intéressantes collection d’archéologie, histoire naturelle et beaux-arts.

Exposition Henry Valensi : La musique des couleurs, du 15 avril au 17 septembre 2017 au Musée du château des ducs de Wurtemberg, Montbéliard. Ouvert de 10h à 12h et de 14 à 18h, fermé le mardi et les jours fériés. 5€ en plein tarif et 3€ pour les groupes et étudiants. Gratuit pour les moins de 18 ans, les personnes handicapées et le 1er dimanche de chaque mois.