image ps4 little nightmaresCaractéristiques

  • Test effectué sur : Playstation 4
  • Existe aussi sur : PC et Xbox One
  • Genre : Plateforme, Réflexion
  • Éditeur : Bandai Namco Entertainment
  • Développeur : Tarsier Studios
  • Sortie : 28 avril 2017

Test

 

On l’aura attendu le bougre, et avec une certaine impatience ! Il faut remonter à mai 2014 pour retrouver les premières traces de Little Nightmares, à l’époque affublé d’un autre titre : Hunger. Puis, après un premier trailer, début 2015, plus rien : le soft se fit oublier, alors même que les quelques images disponibles nous mettaient déjà l’eau à la bouche. Ce n’est que bien plus tard, en 2016, qu’on a repris contact avec le jeu développé par Tarsier Studios (Tearaway Unfolded)… et depuis lors édité par Bandai Namco Entertainment (One Piece : Burning Blood). Ce soudain intérêt de l’entreprise japonaise, couplé aux quelques minutes que nous avions pu essayer lors de la Paris Games Week 2016, a eu un effet immédiat : faire grimper notre degré d’attente autour du jeu. Alors, ce bon pressentiment était-il justifié ?

Histoire : 4/5

image playstation 4 little nightmares

Image issue du Playstation Share.

On pourrait être tenter de ne pas retenir grand chose du strict scénario de Little Nightmares, tant il joue la carte cryptique et minimaliste. Et pourtant, ce serait une grave erreur. Tout d’abord, et on le sait depuis de nombreuse années : les studios de développement dits « indépendants » regorgent d’inventivité dans le domaine de la narration, ce qui emmène souvent cette dernière sur d’autres sentiers que ceux, battus à l’extrême, des jeux qualifiés « AAA ». Dès lors, ne pensez pas enchaîner les tunnels dialogués, ni même les cinématiques à rendre fou le cinéma hollywoodien : Little Nightmares joue une carte plus finaude, et certainement pas moins consistante.

Little Nightmares nous place dans la peau de Six, une petite fille de la taille d’une souris, au sein d’un univers empreint de gigantisme et d’une ambiance gothique qui pourra rappeler certains travaux d’Edward Gorey (on y reviendra plus longuement en abordant la technique). On se réveille dans un monde qui n’a rien d’amical, et ces premiers instants sont dédiés à l’établissement d’une norme : Six n’est pas adaptée pour cet endroit, démesuré et qui lui demandera bien des efforts. C’est un élément crucial, car la souffrance interviendra tout du long, notamment lors de certains passages au cours desquels l’héroïne marque le coup : elle a faim. Un appétit qu’elle assouvira en dévorant des aliments pas spécialement ragoûtants, en totale opposition avec… nous ne vous en dirons pas plus, afin de ne pas spoiler.

Il est certain que l’écriture de Little Nightmares pourra surprendre certains joueurs, de par des partis-pris courageux car marqués par une volonté de ne pas suivre certains codes mainstreams. Pourtant, il ne faut pas non plus penser que le jeu de Tarsier Studios donne dans l’élitisme, au contraire : le soft est à destination de tout un chacun. Notre seule petite retenue concerne la conclusion, un peu hâtive, et ce même si l’on apprécie beaucoup ces quelques questions en suspens que Little Nightmares nous donne en pâture. Au joueur de se faire quelques réponses lui-même, et nul doute qu’on pensera encore longtemps à la petite Six bien après avoir bouclé sa bien étrange aventure.

Gameplay : 4/5

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Little Nightmares se présente comme un jeu de plateforme en vue de côté, mais avec une gestion de la profondeur et, donc, un effet 3D qui fait une grosse différence. Ainsi, on est dans un ressenti totalement différent que sur d’autres jeux indépendants, qui s’inscrivent aussi dans un mélange contenant de la réflexion, mais dans un cadre 2D. La première conséquence est évidemment de se sentir plus libre dans les différents décors. On se déplace avec le joystick gauche, on court avec Carré, le saut est traditionnellement sur Croix, tandis que le briquet s’allume à l’aide de Rond. À cela, on ajoute les possibilités, importantes, d’agripper des objets avec R2, et de s’accroupir avec L2. De quoi exploiter au maximum les environnements qui, s’ils ne présentent pas toujours des éléments à dénicher, peuvent tout de même contenir de bien utiles trouvailles.

Little Nightmares propose donc de parcourir des niveaux, et de nous mettre à l’épreuve via des énigmes, ou des combats de boss qui s’étendent sur plusieurs situations. Six répond bien, et sa petite inertie nous donne réellement l’impression de la contrôler, tout comme ses sauts s’avèrent bien gérés. Les problématiques ne sont jamais bien difficiles, ce qui d’ailleurs pourra poser quelques soucis pour les amateurs de challenge. Tout est question de logique et de moteur physique et, même sans grande expérience du jeu de réflexion, vous arriverez au bout sans trop de mal. Conscient de cela, Tarsier Studios a décidé de ne pas trop aiguiller le joueur, au point que le soft ne propose aucun tutoriel. Il faudra sentir les touches, leurs utilités, et ne pas attendre derrière le programme, même si ce dernier ne pourra s’empêcher de nous livrer quelques indices minimes quand le gamer sèche trop longtemps sur une énigme. Aussi, aucune indication de type HUD : pas de jauges, rien. Juste votre avatar et le monde hostile dans lequel il se mouve. Un choix qui pourra tout de même créer des interrogations un peu too much, comme l’utilité de ces poupées à détruire par exemple. On est là devant des choix d’artistes, parfois jusqu’au-boutistes mais, incontestablement, cela n’est mû que par une logique d’ensemble pour le moins cohérente.

On pourra peut-être regretter le manque de diversité sur certaines énigmes, qui on en effet du mal à véritablement se renouveler, et ce même si leur conception est toujours d’une belle fluidité. Cependant les phases en compagnie des étranges et très flippants personnages qui habitent cet étrange endroit rattrapent le coup. Little Nightmares peut parfois être effrayant, on doit d’ailleurs signaler quelques jolis cris stridents de la part de votre humble serviteur. Jouez-y dans le noir, au casque, et vous connaîtrez pareille réaction, plus d’une fois on vous le garantie. Ces sortes de boss présentent des particularités, et pour ne rien spoiler on ne prendra comme exemple que le premier rencontré. Le design de son tronc, qui pourrait très bien servir de base à une monstruosité issue de Silent Hill, est complété par deux bras anormalement longs. Outre la terrible impression malsaine qui s’en dégage, ce sont les possibilités d’agissements résultants de cette particularité qui nous intéressent. Six croisera ce personnage dans plusieurs tableaux, et chacune des occasion de croiser le sinistre monstre provoque une réaction du joueur, qu’il va falloir imaginer au plus vite afin de se mettre à l’abri, ou d’avancer purement et simplement. Stressant, logique, parfois terrorisant, Little Nightmares nous aura enchanté pad en mains.

Technique et ambiance sonore : 5/5

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Image issue du Playstation Share.

Little Nightmares est un pur délice pour les yeux. L’éclairage insuffle une tonalité gothique qui régalera les amateurs de ce type d’ambiance. Jeux d’ombre, qu’il est possible de briser afin de gagner en visibilité grâce au briquet (bien vu !), cadrage mouvant qui flirte avec le Dutch Angle du cinéma expressionniste (sans non plus atteindre un « débullage » trop marqué, bien entendu), Tarsier Studios multiplie les marques de bon goût visuel, de gros travail sur l’homogénéité entre les décors et la mise en scène. Les environnements, justement, font penser aux travaux d’Edward Gorey notamment dans le choix des motifs et leur répétitivité qui provoque une certaine profondeur de champ un peu étrange. Quant au personnage de Six, impossible de ne pas penser à l’excellent dessin animé Coraline, évidemment pour son ciré jaune, mais aussi sa façon de se mouvoir assez atypique. Le tout nous a convaincu à en rester parfois bouche bée…

Côté ambiance sonore, il s’agit là aussi d’un gros, très gros travail. Little Nightmares avait besoin d’un sound design à la hauteur, tant on se rend compte assez rapidement que certains bruitages servent non seulement pour l’atmosphère, mais aussi en tant qu’indices sur les réactions des gigantesques personnages qui hantent le jeu. Et c’est une réussite, à déguster au casque de préférence (c’est un conseil, on insiste fortement). Quant à la bande originale (présente sous forme de CD dans la Six Edition du soft), elle est signée Tobias Lilja, dont les différentes partitions ne font qu’ajouter à la bizarrerie qui règne dans cet endroit. Les musiques soulignent aussi très bien le côté malsain, en étant comme en décalage avec la tonalité visuelle sur certains passages. Un très bon travail donc, mais aussi une excellente utilisation de celui-ci.

Durée de vie : 2/5

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C’est ici un regret : Little Nightmares se boucle en un peu moins de cinq heures. On y reviendra certainement afin de bien fouiller tous les recoins, trouver tous les petits secrets, déverrouiller tous les artworks, mais on ne peut s’empêcher de trouver l’ensemble un peu chiche à parcourir. Signalons que le loading de l’écran principal indique qu’il faut s’attendre à de futurs DLC, on n’en a donc pas tout à fait terminé avec Six. Et, pour le coup, c’est une nouvelle qu’on accueille avec joie.

Note finale : 15/20

Little Nightmares est ce genre de jeu qui peut marquer durablement l’esprit d’un joueur. Certes, il s’agit d’un coup de cœur imparfait, que l’on aurait, par exemple, voulu plus long, peut-être un peu plus diverse dans ses énigmes. Seulement, ces retenues n’attaquent en rien l’impression que le soft nous laisse. Avec sa direction artistique qui nous procure bien des sensation, sa narration finaude, sa bande originale que l’on apprécie même hors jeu, ou encore cette prise en mains efficace, Little Nightmares devient l’un de nos chouchous d’une année 2017 décidément riche en très belle sorties. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato