[Food] Que vaut Five Guys 1 an après son arrivée à Paris ?

image extérieur restaurant bercy five guys paris

Une arrivée fracassante en 2016

Lorsqu’en août 2016, Five Guys a ouvert les portes de son premier restaurant français cour Saint-Emilion à Paris, en plein coeur du Bercy Village, l’excitation était telle qu’il fallait se lever tôt pour éviter la queue interminable qui se formait devant l’entrée. Adoubée « chaîne de fast-food préférée » de Barack Obama, cette entreprise américaine représentant un peu plus de 1000 points de vente à travers le monde s’est taillé une solide réputation outre-Atlantique pour ses produits frais, cuisinés sur place et jamais ô grand jamais surgelés — un argument important à l’heure où la junk food est pointée du doigt dans la lutte contre l’obésité et où l’offre de burgers gourmets ne cesse de se développer.

Si on ne compte plus les chaînes spécialisées dans le burger aux États-Unis, où McDonald’s ne domine plus depuis bien longtemps, le concept de Five Guys participe sans conteste à sa popularité : à partir d’une base au choix, le client choisit les ingrédients (autant qu’il le souhaite) parmi une quinzaine à la carte pour garnir son sandwich. L’enseigne se vante ainsi, sur son site officiel français, de permettre de réaliser 250 000 combinaisons différentes à partir des options proposées ; autant dire une infinité de possibilités. Forte de ces arguments et véhiculant une image de « fast food authentique », la marque a ainsi pris ses quartiers dans la capitale et possède, un an plus tard, trois autres adresses en Ile-de-France. Cette présence, jusque-là assez discrète, devrait s’intensifier progressivement puisque, le mois dernier, l’enseigne a annoncé que trois autres restaurants parisiens ouvriraient avant la fin de l’année (à Rosny 2, la Défense et Gare du Nord), ainsi qu’une adresse à Lille. Une manière de s’imposer entre le fast-food industriel et le burger gourmet, à l’heure où une autre grosse franchise, Steak’n’Shake, a ouvert ses portes aux Halles et à Montmartre fin juin.

Un hamburger à personnaliser, à la carte

image intérieur restaurant five guys bercy paris
© Culturellement Vôtre

Si la cuisine américaine était encore considérée avec méfiance voire dédain en France il y a quinze ans, comme cela était évoqué dans notre entretien avec Rachel Moeller (co-fondatrice de Rachel’s Cakes et Two Stories) cet été, l’émergence d’une large offre de qualité en France depuis quelques années a rendu, de manière tout à fait légitime, les clients exigeants en la matière… La question qui demeure, un an et quelques après l’arrivée de Five Guys en France est donc la suivante : la réputation de la chaîne en matière de « burger haut de gamme » est-elle méritée ? Nous nous sommes donc rendus au restaurant de Bercy, en milieu de semaine, pour en avoir le coeur net. Une fois l’entrée franchie, nous nous retrouvons immédiatement face au comptoir. A l’intérieur, l’ambiance new-yorkaise est de mise avec la présence omniprésente des carreaux rouges sur du carrelage blanc et le style industriel des murs aux briques apparentes, façon loft. Le personnel est souriant, chaleureux, et conseille volontiers le client si nécessaire. Face à la carte affichée sur le panneau du comptoir, nous apprenons qu’aucun menu n’est proposé : on choisit sa base d’hamburger ou de hot dog, ses garnitures, ses frites, une boisson, un dessert si l’on souhaite… Pour les burgers, côté prix, cela donne 6€ pour un Little Hamburger et 11€ pour un Bacon Cheeseburger, qui contient du fromage et deux steaks de boeuf haché originaire de France et d’Irlande. Au milieu, 6 autres bases, dont les prix oscillent de 7 à 10,50€.

image comptoir restaurant bercy five guys paris
© Culturellement Vôtre

Une fois la recette sélectionnée (nous optons pour le Bacon Cheeseburger) vient le choix de la garniture parmi 15 sauces et ingrédients : mayonnaise, salade, cornichons, tomate, oignons grillés, champignons grillés, ketchup, moutarde, relish, oignons, piments jalapenos, poivrons verts, sauce steak, sauce barbecue et sauce piquante. Bon point : on peut choisir autant d’ingrédients que l’on souhaite, sans avoir à payer de suppléments comme dans bon nombre d’enseignes présentant des sandwiches à personnaliser. Au moment de choisir nos frites (de 3,50€ pour une petite portion à 6,50€ pour une grande), la serveuse nous prévient que les doses sont bien supérieures à la moyenne. Nous optons pour une petite et une grande portion de frites aux épices cajun, puisque c’est là l’autre particularité de Five Guys, qui laisse le choix entre assaisonnement traditionnel (Boardwalk Style) et épices pour ses French Fries cuites à l’huile d’arachide, pour lesquelles les pommes de terre seraient coupées chaque jour à la main, pour coller à la politique de l’enseigne qui refuse le surgelé.

Quant à la boisson, le client a le choix entre se servir un gobelet de 50cl aux imposantes machines rouges Coca-Cola Freestyle ou bien opter pour de l’eau minérale ou une bière (Goose Island, Budweiser ou Corona). Intrigués par la mention « + de 100 choix de boissons » affichée, nous choisissons de nous tourner vers les sodas. Une fois la commande passée et réglée, l’équipe s’active derrière le comptoir, où nous pouvons les observer durant la préparation. Lorsque tout est prêt, comme au McDonald’s ou au Burger King, on appelle notre numéro de commande, et ce même si l’on a choisi de manger sur place. En effet, de manière automatique, frites et burger sont servis dans un grand sac en papier kraft, de sorte à pouvoir emporter les restes si nous ne parvenons pas à tout finir. En ouvrant le sac, on comprend immédiatement la remarque du personnel au sujet de la quantité : la petite frite équivaut facilement à 3-4 portions d’une grande frite chez McDonald’s, tandis que la grande est suffisamment généreuse pour nourrir 6 personnes. Un petit cornet en carton est rempli, mais le gros de la portion est directement versée dans le sac. Les hamburgers sont quant à eux emballés bien serrés dans de l’aluminium.

Un burger nourrissant… mais pas gourmet

image hamburger bacon cheeseburger coca five guys bercy paris
© Culturellement Vôtre

En ce qui concerne le sandwich, si celui-ci est de toute évidence bien garni — nous avons opté pour de la salade, des oignons grillés, des cornichons et des piments jalapenos — le bun étonne par sa finesse : moins épais qu’à Burger King, il est moins gras que celui de McDonald’s, mais ne se distingue pas vraiment d’un pain industriel outre mesure. Surtout, il semble trop fin par rapport à l’épaisseur du sandwich et a tendance à suinter en raison des sauces et de l’assaisonnement. Idem pour le fromage et la viande, dont la saveur ne se distingue pas vraiment du tout venant.

En revanche, rien à redire concernant le reste des garnitures : cornichons et oignons grillés sont bons, et les jalapenos bel et bien frais — et donc très forts. L’ensemble est très nourrissant, assez gras aussi, et se mange avec plaisir dans l’ensemble. Cependant, pas d’effet « waouh » : tout en étant supérieurs aux grandes chaînes de fast food, les sandwiches de Five Guys ne tiennent pas la comparaison face aux burgers gourmets des food trucks spécialisés (Cantine California ou Le camion qui fume, notamment) ou de nombreux restaurants parisiens, où le menu burger maison + frites est pour certains proposé au même prix avec des produits bio, un pain de meilleure qualité et des saveurs plus travaillées. Pour un Bacon Cheeseburger servi avec une petite frite et un Coca, la note affiche 18€, ce qui paraît quelque peu excessif.

Frites épicées et sodas inédits

Malgré tout, les frites aux épices cajun valent le détour : de qualité fait maison, croustillantes et bien grillées, elles sont tout simplement délicieuses, et l’assaisonnement est justement dosé. La quantité phénoménale permet également d’en ramener une partie chez soi pour le soir, ou de se contenter de ne prendre qu’une seule petite portion pour 2 voire 3 personnes, ce qui constitue un plus non négligeable. La machine Coca FreeStyle propose également tout un tas de variantes inédites en France au Coca que nous connaissons, comme le Coca Lime, au citron vert, plutôt pas mal. En revanche, le fonctionnement de la machine n’est pas clair : on peut apparemment mélanger plusieurs arômes de Coca pour créer une boisson unique, mais cela n’est pas vraiment mis en avant ni expliqué à l’écran. Sur ce point, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide au personnel.

Au final, manger au Five Guys est loin d’être une expérience déplaisante, mais il ne faut pas s’attendre à découvrir des hamburgers haut de gamme ou gourmet : la chaîne est avant tout un fast-food bien plus nourrissant que la moyenne, avec des produits frais et des garnitures de meilleure qualité. La personnalisation du sandwich et le large choix de garnitures (non limité) est un atout comparé aux deux grandes franchises que sont McDonald’s et Burger King, comme le sont la qualité et la quantité généreuse des frites ou encore les cacahuètes gratuites à volonté, mais la note reste salée pour un produit de moyenne gamme.

A réserver à une sortie ponctuelle entre amis, donc. A noter que si nous n’avons pas testé les desserts, les restaurants proposent un milk-shake à personnaliser selon le même principe, avec toppings à volonté, dont du bacon grillé.

Cécile Desbrun

Cécile Desbrun est une journaliste culturelle spécialisée dans le cinéma, la musique et l'image de la femme dans la culture. Elle créée Culturellement Vôtre en 2009 et écrit parallèlement pour plusieurs publications en ligne. Elle achève actuellement l'écriture d'un livre sur la femme fatale dans l'oeuvre de David Lynch et est la créatrice du site Tori's Maze, dédié à l'artiste américaine Tori Amos, sur laquelle elle mène un travail de recherche approfondi.
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