article coup de coeur

Caractéristiques

    • PlayStation 4
  • Développeur : Sega
  • Editeur : Sega
  • Date de sortie : 17 avril 2018
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Un final en forme de grand jeu

image test yakuza 6
Rollin down the street…

On n’a eu de cesse de l’écrire, et notre petit doigt nous dit qu’on aura encore l’occasion dans un futur plus ou moins proche : la licence Yakuza est l’une des plus importantes que le jeu vidéo japonais a su fabriquer récemment. Depuis 2005 (2006, en Europe), nous suivons les aventures de Kazuma Kiryu, orphelin et si puissant qu’on le surnomme le Dragon de Dojima. Après bien des péripéties, trop nombreuses pour qu’on vous les résume ici (un site est dédié à cette tache), voilà que ce personnage déjà devenu culte connait son apothéose. Du moins, c’est ce que nous annonçait le très fantasque Toshihiro Nagoshi, producteur de la série. C’est, donc, avec une pointe d’émotion qu’on abordait ce test, et ça tombe bien : Yakuza 6 semble avoir été pensé pour exploiter cette position.

Yakuza 6 n’est pas sous-titré The Song of Life pour rien. Kazuma Kiryu vient de purger une peine de 3 ans de prison, et il est devenu un citoyen (presque) lambda. Seulement, la tranquillité est un très lointain concept pour le Dragon de Dojima : alors qu’il rend visite à l’orphelinat dont il s’occupe, voilà qu’il apprend que sa protégée Haruka, une idol tout fraîchement retirée du milieu, est portée disparu. Voilà l’occasion, pour lui, de retourner sur son terrain de prédilection : Kamurocho. C’est là qu’il découvrira que la jeune femme a été renversée, et se retrouve plongée dans le coma. Et ce n’est pas tout : elle protégeait un enfant, indemne, dont elle est la mère. D’une maitrise olympienne, Kiryu se voit obligé de courir plusieurs lièvre : qui a fomenté cette tentative d’assassinat ? Pourquoi ? Et qui est le père de cet enfant, dont il s’empare de la charge, au nez et à la barbe des services sociaux ?

Hiroshima, mon amour

image kitano yakuza 6
Takeshi Kitano tient un rôle, et ça c’est la classe.

La licence a pris l’habitude de nous sortir un peu de l’habituel (mais toujours aussi bonnard à parcourir) quartier de Kamurocho. Ainsi, Yakuza 6 nous fait voyager jusqu’à la très charmante ville côtière d’Onomichi, dans la préfecture de Hiroshima, où Kiryu va faire connaissance avec la pègre locale. C’est ici que la trace du père de l’enfant s’évapore, et c’est aussi là que bien des intérêts ténébreux prennent source. L’histoire du jeu est à ce point sensationnelle que même les cinématiques à rallonge, qui ont pu parfois être un chouïa problématiques dans certains opus, sont ici savoureuses tout du long. Cet épisode sent effectivement la fin d’une époque : notre valeureux avatar n’est plus yakuza, et ses aspirations en font même une sorte d’être humain héroïque, qui attire à lui des thèmes assez profonds quand on s’y attarde. Bien entendu, tout cela à la sauce Toshihiro Nagoshi, c’est à dire avec une bonne grosse dose de délires bien perchés, mais toujours avec l’envie de trouver du sens.

Car, dans Yakuza 6 : The Song of Life, on traverse bien des histoires, qu’elles soient principales ou secondaires. Ces pérégrinations sont incroyablement bien écrites, même si côté gameplay elles seront, pour la plupart, l’occasion de simples allers et retours. Mais passionnants comme rarement. On découvrira l’existence d’une secte étrange, on poursuivra une sorte de drone ménager hystérique, on viendra à bout d’une intelligence artificielle totalement anxiogène, ou encore on devra se mesurer à des revenants pas très amicaux. Si, parfois, l’humour est de mise, on sent aussi que l’occasion est belle pour aborder certains phénomènes de société, et le jeu les aborde du point de vue de son héros un peu largué par la rapidité dévorante du progrès. C’est, donc, une ambiance particulière qui se dégage du titre, un peu nostalgique, comme ont pu l’être certains films de Takeshi Kitano (Kids Return, Hana-Bi). Un nom que l’on ne cite pas par hasard : l’acteur, réalisateur et showman tient un rôle important dans le scénario. Les cinéphiles pourront aussi avoir la douce sensation de croiser des acteurs bien connus, comme Anthony Wong (Exilé, Time and Tide) et Tatsuya Fujiwara (Battle Royale, Death Note), ce qui ajoute au charisme des personnages secondaires.

Les mécaniques de progression s’améliorent encore

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Des combats plus fluides qu’auparavant.

Yakuza 6 : The Song of Life, c’est un récit captivant d’un bout à l’autre (uniquement sous-titré en anglais). Mais le jeu ne serait pas une date très importante, pour 2018, s’il n’était pas, aussi, une tuerie manette en main. Les habitués de la série seront un peu chamboulés au départ : les développeurs ont revu le système de combat. Dorénavant, le joueur ne se perdra plus dans différents styles, et si l’on retrouve toujours des sortes d’arbres de compétences, ils sont désormais divisés par utilités. En remportant des bagarres de rue, en remplissant des objectifs principaux ou secondaires, ou encore en dévorant des plats dans les nombreux restaurants, vous accumulerez différents points d’expérience, répartis dans cinq catégories (Force, Agilité, Esprit, Technique, Charme), que vous dépenserez pour booster votre gain d’XP, parfaire votre style de combat, vos possibilités en mode Heat Action, et tout un tas d’autres capacités liées au côté diplomatique de Kiryu. On juge cette refonte cohérente, simple à comprendre sans faciliter quoi que ce soit.

Ce changement s’accompagne d’un perfectionnement des joutes. Yakuza 6 présente les combats les plus fluides de la série, même si l’on remarque une épuration des effets visuels. On a moins de liasses de billets qui s’envolent sans trop de raison, et les jeux de lumière nous paraissent plus maitrisés. Aussi, il existe toujours plus de possibilités de s’emparer d’éléments du décor, du pot de fleurs au vélo qui traine, et appuyer sur Triangle au bon moment accorde une attaque surpuissante. quant au Heat Action, qu’on citait plus haut, il déchaîne la puissance de Kiryu, qui gagne en force, en vitesse, et peut se lancer dans un enchainement de coups dévastateurs. Qu’on se le dise, le gameplay se situe toujours entre le RPG et le beat’em all, le tout rejoint par le Clan Creator. Un mode de jeu totalement fondu dans l’expérience globale, sorte de jeu de stratégie dans lequel le joueur devra gérer sa bande, constituée de voyous que vous recruterez à la force des poings de l’avatar. Là aussi, il faudra passer du temps à faire évoluer vos ouailles, le tout pour combattre le clan Justis, composé de cinglés, fringués et coiffés comme pas permis. Tout d’abord secondaire, cette expérience s’avère amusante en tous points.

Le Dragon Engine au-delà des espérances

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Des émotions, et du délire !

Yakuza 6 : The Song of Life ne serait pas un Yakuza sans une grande dose d’à-côtés. Les scénarios secondaires certes, mais aussi une tonne de mini-jeux, et d’objets ou d’animaux à collecter. Vous allez en avoir, des raisons de fureter dans Kamurocho et Onomichi ! On retrouve les éternels jeux de cartes, baseball, fléchettes, karaoké, mais aussi les jeux d’arcade entièrement disponibles. Parmi ceux-ci, Virtua Fighter 5 Final Showdown, complet jusqu’au bout des ongles ! À cet événement assez sidérant, s’ajoutent Space Harrier, Out Run, Fantasy Zone, Super Hang-On et Puyo Puyo. Maboule. Ensuite, on a aussi droit à des activités plus fofolles. Par exemple, le Nyan Nyan Café recherche des chats ! Alors, équipez-vous de différents pattés pour séduire des matous qui trainent dans les deux villes. On hallucine toujours autant devant les bars à hôtesses, bien fichus, qui permettent de faire connaissance avec les filles, via des choix de répliques, lesquelles devront être pensées en enchainement. Plus sexy, Kiryu pourra tromper sa solitude avec un Internet Café, en surfant sur un site olé-olé (ça reste soft). Plus sportif, a musculation et, surtout, la plongée sous-marine, cette dernière remportant notre suffrage pour le titre de meilleure activité annexe du soft. Qu’on se le dise : il y a de quoi faire, et à chaque fois cela donne l’occasion d’un mini-jeu très agréable.

Enfin, comment ne pas aborder la refonte technique ? Yakuza 6 : The Song of Life est l’occasion d’un nouveau moteur, le Dragon Engine. Celui-ci repousse les limites qu’on avait atteint auparavant. C’est tout simplement splendide, Kamurocho n’a jamais été aussi détaillé, alors même que le réalisme de reconstitution est au centre de la direction artistique, et ce depuis les débuts de la série. On aime flâner dans cet univers, y perdre du temps, remarquer une enseigne attirante, rentrer dans un magasin et y découvrir des étalages remplis d’objets plus ou moins étranges. cela fourmille dans tous les coins, et seuls les skins des passants pourront être un peu répétitifs à la longue. La nuit, cela devient carrément magique, avec ces néons de partout, et si l’on a dénombré une toute petite poignée de ralentissements, on peut affirmer que le framerate est stable 99% du temps, ce qui est un exploit. Aussi, on vous conseille d’y jouer au casque, afin de profiter au maximum de l’ambiance des rues, bien évidemment différentes selon les endroits, mais aussi la localisation : Kamurocho est bien plus animé qu’Onomichi, ce qui ne signifie pas que cette petite ville n’a pas ses particularité sonores.

Note : 18/20

Mais quel pied ! Yakuza 6 : The Song of Life met un point final (?) à la licence avec un brio constant. Son histoire qui nous prend aux tripes, notamment dans un dernier quart haletant, son système d’évolution idéalement revu et corrigé, ses combat hypers fluides, et ses nombreuses activités parfois bien perchés : le soft atteint des sommets de fun. Seule l’absence d’une traduction française pourra rendre un peu bougon, mais croyez-nous : cela vaut la peine de se mettre à la langue de Shakespeare. On se trouve là devant un hit, un titre qui restera dans les mémoires, et même si la fin peut être effectivement un adieu, on peut aussi y voir une sorte d’espoir. Croisons les doigts, ce serait dommage de ne plus vivre les aventures du Dragon de Dojima…

Retrouvez aussi nos tests de Yakuza Zero et Yakuza Kiwami.

9/10