[Critique] The Dead Don’t Die : Romero selon Jarmusch

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Jim Jarmusch
  • Avec : Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Chloë Sevigny, Steve Buscemi, Danny Glover, Tom Waits
  • Distributeur : Universal Pictures International
  • Genre : Comédie horrifique et dépressive
  • Nationalité : USA
  • Durée : 103 minutes
  • Date de sortie : 14 mai 2019

La mort tourne à vide

image critique the dead don't die
Steve Buscemi recherche l’intérêt de ce film. Nous aussi.

Avec The Dead Don’t Die, Jim Jarmusch, grand habitué du tapis rouge cannois et des expérimentations filmiques, nous livre sa propre vision de l’œuvre de George Romero. Pourquoi pas après tout ? Le thème du mort-vivant a beau être recyclé à outrance depuis ces dernières années, il n’en reste pas moins un outil métaphorique efficace pour tout réalisateur engagé qui souhaiterait produire un parallèle avec notre société contemporaine. Hélas n’est pas Romero qui veut, et le réalisateur, sans doute galvanisé par son riche casting (même si beaucoup de ses stars sentent autant le formol à l’écran que leurs antagonistes zombies), semble davantage enclin à se comporter comme un garnement qui casse ses jouets que comme un artiste cherchant à briser les codes. Là encore, ce ne serait pas vraiment un problème en soi. Du moins, si The Dead Don’t Die optait davantage pour la comédie potache et grand guignol plutôt que pour le récit sombre et engagé. Le vrai souci est que Jim Jarmusch semble chercher à faire un peu des deux et échoue lamentablement pour l’un comme pour l’autre.

Une ambition au point mort

D’un côté du ring, nous avons la nonchalance d’un casting censé caractériser l’humour de The Dead Don’t Die par l’absurde, de l’autre un brûlot naïf (explicité clairement par le personnage incarné par Tom Waits) sur l’environnement et la société de consommation. Le premier tombe à plat ventre avant même le gong de départ, car Jim Jarmusch semble avoir confondu l’absurde et l’abstrait, instaurant une narration plus dépressive que jouissive. Et ce n’est pas Bill Murray ou Adam Driver qui viendront contredire ce fait, tant les deux personnages principaux traversent le film sans ne jamais donner l’impression de se sentir concernés. Qui pourrait les en blâmer ceci dit ? Leurs prestigieux homologues meurent autour d’eux sans jamais avoir su exister, tels de véritables morts-vivants par anticipation. Et l’humour sans surprise ou tombant à plat, comme dans la séquence de fin avec Tilda Swinton, nous amène, comme les protagonistes centraux, à conclure que faire la sieste est encore la meilleure façon de patienter jusqu’au générique de fin. Le second participant, de l’autre côté du ring, a lui déclaré forfait avant l’heure de la rencontre, sans doute conscient qu’il risquait de se ridiculiser à rabâcher pour la centième fois, sans la moindre innovation, la même sempiternelle rengaine de militant en carton. Une initiative intelligente que confirment les messages radios entendus ponctuellement dans The Dead Don’t Die, et relayant souvent les paroles d’un dirigeant manifestement très Trumpien.

Un D.T.V. sauce bobo

Voilà sans doute la parfaite illustration de ce qu’un réalisateur de renom devenu fainéant et répétitif peut proposer de nos jours. The Dead Don’t Die, c’est une comédie faisant peu, voire pas rire, une direction d’acteurs inexistante et réduisant presque tout le casting au statut de figurant. Une critique sociale intellectuellement étriquée se dirigeant totalement dans le sens des médias (faire porter à un fermier redneck une casquette rouge avec écrit dessus « keep America White again », relevant de la pure propagande malhonnête). Et, enfin, une réalisation mollassonne qui, sans Jim Jarmusch et son équipe pour la vendre, aurait sans nul doute achever de conduire le métrage directement à la case vidéo, nous épargnant ainsi de perdre notre temps dans les salles obscures. Un vrai film d’ouverture cannoise en quelque sorte : une majorité passera son chemin, tandis qu’une minorité applaudira… sans doute elle-même transformée en zombie.

1/10

Une réaction

  1. Dur , très dur !
    Je comprends le point de vue, et j’en partage certains mais globalement j’avais plutôt bien aimé le ton, la lenteur, l’image. C’est trop appuyé c’est vrai, il en fait des caisses et compte sur son casting par contre, ça c’est dommage.

Réagir à l’article

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *