[Critique ] Dirty God : un film pesant mais poignant

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Sacha Polak
  • Avec : Vicky Knight, Eliza Brady-Girard, Rebecca Stone...
  • Distributeur : Les Bookmakers/The Jokers
  • Genre : Drame
  • Nationalité : Néerlandais, Anglais, Belge
  • Durée : 1h44
  • Date de sortie : 19 juin 2019

Une interprétation organique

Dirty God  est avant tout et surtout un film sensitif qui, afin d’aller au bout de son sujet, n’hésite pas à commencer par des gros plans sur les cicatrices de son héroïne Jade, au cours d’une longue intro hypnotique.

Dirty God, c’est l’histoire d’une femme qui va devoir réapprendre à vivre malgré les stigmates dont on l’a affublée. C’est aussi l’histoire vraie de l’actrice, Vicky Knight, qui, bien que non victime de violences conjugales comme dans le film, n’en est pas moins marquée dans sa chair par un violent incendie survenu dans enfance (33% de la partie supérieure de son corps marquée à vie). Une interprétation par conséquent habitée, qui donne du relief à ce métrage, mais est-ce bien suffisant pour autant ?

image portrait vicky knight dans dirty god

Car le souci avec ce genre de film, c’est que l’empathie que l’on peut éprouver vis-à-vis de l’héroïne est d’ores et déjà acquise et Sacha Polak, la réalisatrice, le sait parfaitement.

En suivant caméra au poing en permanence son héroïne dans son besoin d’acceptation et de tolérance, elle sait qu’elle fera automatiquement mouche.  Sauf que le but d’une critique est de juger un film, et non de faire dans l’idéologie aveugle, bien que Mademoiselle.com se fera un plaisir de valider le film, même sans l’avoir vu — quoique le mari violent étant d’ascendance algérienne, elle pourrait aussi se dégonfler au nom du “pas d’amalgame”. Oui je sais, je suis cynique. A une époque où les agressions à l’acide (ou “vitriolage”) connaissent une recrudescence alarmante à Londres (en fait depuis l’élection de Sadiq Khan, l’incompétent maire de Londres), on se demande comment noter objectivement un film comme Dirty God. Je suis en forme aujourd’hui, dites donc.

Un pari à moitié réussi

image vicky knight dans film dirty god

D’abord nous pouvons noter l’impeccable photographie de Ruben Impens (Grave, Alabama Monroe) qui parvient à subtilement osciller entre les couleurs chaudes pour traduire les relations humaines et la froideur aseptisée de l’environnement urbain dans lequel les personnages évoluent.

Notons aussi les images éthérées, à la beauté plastique irréprochable dans lesquelles le bourreau de l’héroïne lui apparait parfois tel un corbeau noir façon Black Swan, car jamais l’agression elle-même ne sera montrée ; une décision de la réalisatrice Sacha Polack afin de se concentrer sur la période de convalescence du personnage. Un exercice plus ou moins réussi, car au-delà de son personnage, Dirty God ne parvient jamais à happer le spectateur dans son univers.

La faute sans doute à une narration exagérément sombre, qui perdra en route le public sensible tout comme le militant assidu, par une trop grande abondance des clichés qui semble s’évertuer à noircir encore davantage un sujet qui n’en a nul besoin. Si par le biais du récit initiatique il est louable de mettre en lumière la lutte des grands brûlés (un sujet assez peu traité), il aurait été judicieux pour le bien du film d’éviter une surenchère qui nous rappelle constamment qu’il s’agit d’une fiction.

Un soupçon d’espoir

image vicky knight et acteur dans dirty god

Au-delà donc d’une noirceur désespérée, que ce soit par le biais de ses personnages secondaires plus souvent nocifs qu’utiles à Jade, son besoin de continuer à garder un semblant de vie sociale et sexuelle, ou encore sa lutte pour conserver la garde et l’affection de son enfant, on peut dire que le métrage de Sacha Polack, qui exclue toute tentative d’humour, ne nous laisse pas vraiment respirer pendant près d’1h40.

C’est à la fois la force et la faiblesse du film, qui trouve son point culminant lors d’une escapade au Maroc, dont l’issue nous conduira à une fin douce-amère dans laquelle l’espoir pointe enfin le bout de son nez, mais uniquement par l’idée que le seul moyen d’avancer est d’accepter.

Dirty God est donc un film plein de maladresses, mais dont l’émotion est palpable à chaque instant et qui mérite une chance, ne serait-ce que pour la performance habitée de Vicky Knight.

6/10

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