[Critique] Yesterday : une uchronie peu inspirée

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Danny Boyle
  • Avec : Himesh Patel, Lily James, Kate McKinnon, Ed Sheeran, Ana de Armas
  • Distributeur : Universal Pictures
  • Genre : Comédie
  • Nationalité : Royaume-Uni
  • Durée : 116 minutes
  • Date de sortie : 3 juillet 2019

Beatles or not Beatles

image critique yesterday
On aurait aimé que le film soit plus poil-à-gratter.

Que serait le monde sans les Beatles ? C’est la question à laquelle la comédie fantastique Yesterday, de Danny Boyle, tente de répondre. En fait pas grand chose de très différent et ce, malgré l’immense talent du groupe (et le succès tout aussi immense qu’ils ont eu) car, à part musicalement, nous ne sommes pas confrontés à un changement radical de notre histoire, comme pouvait l’être l’issue de la seconde guerre mondiale ou la découverte de l’électricité. Danny Boyle en a bien conscience, c’est une modification à petit échelle à laquelle nous assistons, à hauteur d’un homme à vrai dire, Jack Malik, jeune musicien en mal de reconnaissance, qui va s’avérer être la dernière personne (ou presque) à se souvenir des Beatles et de leurs célèbres morceaux.

C’est donc là que se trouve la vraie question de Yesterday :  accepteriez-vous de vous approprier le travail de quelqu’un d’autre et de profiter ainsi d’un succès illégitime pour la gloire et l’argent ? Le film va, hélas, emprunter le chemin de la bluette romantique et de la critique capitaliste pour développer son propos. Le premier est loupé car archi vu et revu (en mieux qui plus est), et le second s’avère tellement caricatural et traité sans subtilité que la lassitude nous guette rapidement.

Un casting boiteux

Et ce n’est malheureusement pas le casting de Yesterday qui fera disparaître cette impression de rendez-vous manqué. D’abord à cause du choix d’Himesh Patel dans le rôle principal de Jack Mali, gênant par manque de charisme et de charme, surtout quand on se souvient que jadis l’humour anglais avait des représentants comme Hugh Grant. Là, politiquement correct oblige, le héros moderne ressemble à un immigré indien de dernière génération qui, jamais, ne parvient à se rendre crédible dans le rôle. Ce n’est pourtant pas faute d’essayer, et il est probable que Himesh Patel trouvera à l’avenir des rôles plus adaptés à son talent mais là, on est en plein dans l’erreur de casting. Lily James, dans le rôle de la meilleur ami secrètement amoureuse du héros, se révèle elle aussi pour le moins pénible. Non que son interprétation ne soit pas juste, mais elle représente dans le film à peu près tout ce qui peut nous gonfler de nos jours, dans la représentation de l’amour au cinéma.

Ayant défendu toute sa vie en tant qu’agent artistique celui dont elle est secrètement amoureuse depuis son enfance, elle ne trouve rien de mieux, dans le film, que d’imposer ce choix cornélien : le succès ou l’amour ? En tant que professeur de maternelle dans une petite ville, elle ne peut se résoudre à la quitter, et tente indirectement de convaincre le personnage principal de renoncer à son succès pour vivre avec elle une vie simple mais pétrie d’amour. « Prends le fric ! » a-t-on envie de hurler dans la salle. Ce n’est certes pas très moral, mais cela reste bien mieux que de subir la débilité d’une personne qui pense qu’un homme célèbre ne peut pas aimer une femme modeste. C’est à se demander si Danny Boyle a vu Pretty Woman (qui, encore aujourd’hui, écrase narrative ment Yesterday sans peine). Au final, reste la composition intéressante d’Ed Sheeran (pourtant à la base compositeur interprète et non acteur) ainsi que celle de Kate Mc Kinnon, représentante odieuse d’un système capitaliste caricatural, mais qui au moins compose le seul personnage un peu drôle du film.

Yesterday, no way

En conclusion, si l’on ne peut nier une certaine passion à Danny Boyle pour son sujet, on est tout de même libre de se demander pourquoi il n’a pas poussé le bouchon plus loin. Car un des gags récurrents du film, c’est le personnage de Jack Malik, qui s’aperçoit que dans ce nouveau monde, il n’y a pas que les Beatles qui ont disparu mais également Harry Potter et bien d’autres. En fait, le film aurait sans doute été plus intéressant si on en était resté à la simple uchronie, avec des éléments en moins, d’autres en plus (absents du film), laissant ainsi le personnage se débattre dans un monde à la fois familier et pourtant différent.

Mais non les sujets sont les Beatles (en arrière plan) et la morale (au premier plan). C’est d’un ennui absolu. À quand un film sur un odieux capitaliste ne s’encombrant pas de politiquement correct ? Attendez ça a été fait récemment dans Le Fondateur, avec Michael Keaton, grattant c’est sûr mais nettement moins soporifique et nous vous conseillons donc de le voir. En fait, le déroulé de Yesterday correspond malheureusement au climat actuel : qu’importe les rêves tant qu’on est dans le moule. On aurait souhaité que Danny Boyle soit plus inspiré pour ce film, lui qui fut bien plus surprenant en d’autres temps. L’âge serait-il entrain de nous le gâcher ?

3/10

Réactions (2)

  1. J’ai passé un bon moment de divertissement devant ce film, mais je reconnais que tout ce que tu en dis est juste. Pour un réal de ce niveau, ce film est un peu “juste”.

    1. Merci pour ton commentaire 😉

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