[Critique] Le Coup du Siècle : une plaisanterie de mauvais goût

Caractéristiques

  • Titre original : The Hustle
  • Réalisateur(s) : Chris Addison
  • Avec : Anne Hathaway, Rebel Wilson, Alex Sharp, Ingrid Oliver, Emma Davies
  • Distributeur : Universal Pictures france
  • Genre : Comédie
  • Nationalité : USA
  • Durée : 94 minutes
  • Date de sortie : 17 juillet 2019

Un remake féministe (encore ) raté

image critique le coup du siecle
Cela ne vole pas haut…

Le Coup du Siècle, réalisé par Chris Addison (dont c’est le premier film et espérons le dernier), est un cas d’école à plusieurs niveaux, tant il semble s’évertuer à échouer sur tous les plans. Tout d’abord, il s’inscrit dans la politique « progressiste », et peu créative, d’un bon nombre de studios : remaker des films, avec pour seule originalité de remplacer les hommes par les femmes. On a récemment un exemple avec Ghostbusters, qui fut un tel ratage, aussi bien artistique que commercial, que les exécutants ont tout simplement décider, finalement, de l’ignorer et de sortir prochainement un Ghostbusters 3 officiel. On le verra à nouveau bientôt avec Terminator : Dark Fate, dont l’affiche se contentera de nous faire rire ou pleurer selon les sensibilités.

Féminiser un casting en soi ne serait pas un problème, si l’intention première n’était pas de déconstruire plutôt que de bâtir, de créer des scénarios originaux où les femmes pourraient tenir leur place pour le bien artistique et non idéologique. Hélas, le manque d’imagination actuel se contente de nous resservir des plats réchauffés, uniquement destinés à promouvoir un girl power factice. Lequel ne sort, qui plus est, jamais grandi de ce genre d’exercice. Le Coup du Siècle ne déroge pas à la règle et reprend trait pour trait l’intrigue du film Le plus escroc des deux avec Michael Caine et Steve Martin, sorti en 1988. Une petite comédie mineure mais sympathique, ne s’encombrant pas de réflexions profondes sur la guerre des sexes souhaitées ardemment par une poignée de féministes aigries, avec des poils sous les bras et des tatouages comme signes de contestation. Et qui se payait le luxe modeste, à l’époque, de proposer un script simple mais original, comme le célèbre Certains l’aiment chaud avec Marilyn Monroe et Tony Curtis ou, plus récemment, Beautés empoisonnées avec Sigourney Weaver et Jennifer Love Hewitt (sorti en 2001). Ces longs métrages utilisaient les mêmes ressors humoristiques, mais ne tombaient pas dans la caricature outrancière. Du moins, jamais pour une autre raison que de faire rire le spectateur. La comparaison sur cette base du cinéma d’avant, et l’actuel, d’un point de vue qualitatif, frôle l’humiliation.

Casting téléphone maison

Impossible d’écrire une critique de Le Coup du Siècle sans consacrer un chapitre à la direction d’acteurs catastrophiques, voire aux talents présumés de certaines. Anne Hattaway, d’habitude grande actrice, semble s’être décidée pour ce film à investir le minimum syndical. S’il s’avère que ce n’est pas le cas, c’est qu’elle entame sa longue descente prématurée vers le naufrage de la vieillesse, laquelle semble avoir intégralement sclérosée de grandes figures de jadis comme Meryl Streep ou Robert de Niro. Semblant avoir compris que le flegme britannique, jadis incarné par Michael Caine, signifie avoir deux expressions au compteur, on pourrait penser que le but est atteint. La classe cédant la place à la suffisance, et un balai judicieusement placé là où le soleil ne se lève jamais. Néanmoins son interprétation a le mérite d’essayer de produire quelque chose, ce qui n’est pas le cas de son homologue Rebel Wilson, qui rejoue encore et encore son rôle de la femme outrageusement charpentée censée être drôle, tout en promouvant la magnificence de la tolérance vis-à-vis d’une communauté étrange, qui se définit par un régime basé sur le Burger King ou les pizzas. Une farce d’autant plus probante que c’est avec cette politique qu’elle s’est fait connaître, et engrange désormais des millions, au même âge nous aussi renoncerions à un physique d’Apollon si c’était pour se remplir les poches, dont acte !

Le Coup du Siècle nous mitonne d’ailleurs un moment ubuesque où Rebel Wilson, se justifie d’être une escroc. Elle prétend qu’elle en a trouvé l’envie après avoir menti sur un site de rencontres sur son physique. Et, constatant le regard étonné des hommes, elle se décide à les arnaquer. Super ! « Je mens » puis « j’exige que les hommes m’aiment pour ma beauté intérieur », voilà qui se révèle bien pitoyable et, pour autant, en parfait accord avec une époque où ne pas s’accepter ne demande pas d’effort personnel mais l’effort des autres. Acceptez tout le monde, tout le temps, quel que soit le contexte, ou soyez punis. La faiblesse érigée en porte étendard, en quelque sorte. Terminons ce tour de table avec le troisième rôle du casting, l’acteur Alex Sharp qui remplace donc Glenne Headly dans le rôle du pigeon suprême, mais moins naïf qu’il n’y parait dans l’original. Une inversion logique, puisque le rôle en question était jadis tenu par une femme. Les hommes qui ne peuvent devenir des victimes dans cette version que parce qu’ils sont des clichés franchement très bêtes. Une femme ne peut donc sembler intelligente que face à des idiots, adieu la grande époque des films noirs où la vamp s’avérait une manipulatrice de premier ordre. Décidément c’était plus éloquent avant les féministes aux cheveux rouges ou verts. Le personnage d’Alex Sharp pouvait, pourtant, sauver l’idéologie du long métrage puisque l’ultime pigeon s’avère être l’arnaqueur, mais l’intrigue précise qu’il a tout appris de sa grand-mère, la célèbre Médusa, véritable mythe dans le milieu de l’arnaque. Ouf, on a eu chaud ! Pour un peu, on a failli croire qu’un homme pouvait se construire seul.

Le navet du siècle

Pour conclure, nous aimerions d’abord attirer votre attention sur le résumé de Le Coup du Siècle (qui n’est toujours pas sorti au moment de cette critique, c’est important) sur Wikipedia. Et vous constaterez que si vous pensez que cet article vous spoile un peu l’intrigue, le résumé de la plus célèbre des encyclopédie vous raconte exactement la même chose sur l’intrigue. Celle-ci ne laisse donc en suspense que les dix dernières minutes du film (!). Alors, sommes-nous tous complices d’une campagne de haine contre l’avancée des droits des femmes ou les victimes malgré nous, d’un film qui ne raconte tellement rien que, si l’on tente de le résumer, on se retrouve pratiquement obligé de le décrire intégralement. Certains penseront qu’on pourrait faire le même reproche à l’original car le script est simple. Mais cela serait oublier hâtivement, encore une fois, que Le plus escroc des deux a pondu l’idée originale du script, et peut donc être critiqué sur cette base. Mais que dire, dans ce cas, de son remake ?

Encore une fois, qu’importe l’originalité, le but est de déconstruire ce qui était au profit d’une idéologie nauséabonde qu’on pourrait comparer à Ouroboros (célèbre symbole originellement égyptien), le serpent immortel qui se mord éternellement la queue. Le message se répète inlassablement, et ne trouve que peu d’adeptes (hormis ceux médiatisés qui maintiennent l’illusion). Nous souhaitons que, pour le bien du cinéma, et sans nier l’importance de certains progrès sociaux, on en revienne à une production audacieuse et, donc, non influencée par des minorités dont l’ineptie intellectuelle ne peut que conduire au désastre.

1/10

Réactions (5)

  1. Cette critique ne m’étonne pas, c’est ce que la bande annonce me laissait présager. C’est lourd, mais pas dans le bon sens du terme !

    1. Merci Aurore pour votre retour. 😉

  2. Quelle mauvaise critique…
    Si vous aviez bien fait votre travail, vous avez sûrement vu le dernier interview de Rebel Wilson et Anne Hathaway ? La vidéo dans laquelle elles expliquent clairement qu’il n’y a pas de message dans ce film. C’est simplement une comédie. Du loufoque. De la dérision. Porté par deux actrices qui s’affrontent et s’amusent tout simplement. Et ça fait du bien. Car la réalisation est belle, les décors agréables et l’humour gras propre à la production de Rebel Wilson fait mouche. Et beaucoup moins prétentieux que votre critique.

    1. Cher Arnaud,

      Merci pour votre retour même si je crains de ne pas partager votre point de vue.
      Tout d’abord “bien faire” mon travail ce n’est pas automatiquement écouter toutes les interviews, reportages et interventions d’acteurs, actrices ou réalisateurs sur un même film, je vous laisse imaginer le temps que ça prendrait à chaque fois. Qui plus est ce sont des opinions presque systématiquement faussées (en particulier au moment de la sortie du film) car ces personnes sont liées par contrat avec les studios qui les emploient et il y a peu de chance par conséquent qu’elles donnent une mauvaise image du film, ce ne serait pas professionnel.
      Ce qui est amusant en revanche c’est qu’elles se soient justement senties obligées de se justifier sur ce point précis, comprenne qui voudra.

      Quant à la suite de votre réponse, difficile en la lisant de savoir si vous avez vraiment vu le film tellement cela ressemble à une analyse artificielle destinée à juste me donner tort. Oui j’ai bien compris que c’était une comédie mais j’ai longuement appuyé le fait dans ma critique que JE ne la trouvais pas drôle.

      Quant à la réalisation je ne sais pas si elle est “belle” je la trouve juste classique, les décors jolis mais ça c’est pas trop au crédit du film en lui même et l’humour gras reste seulement gras, le terme en lui même étant rarement employé pour appuyer un compliment.

      Quant à ma prétention, il faudra me citer les passages concernés dans ma critique car en l’état j’ai juste l’impression que vous n’appréciez tout simplement pas que j’ai émis un avis négatif sur ce film. Peut être faites-vous même partie de ces gens qui ne supportent pas qu’on critique tout court hormis positivement.

      Cordialement.

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