[Critique] Music of my Life : un film sans surprise

Caractéristiques

  • Réalisateur(s) : Gurinder Chadha
  • Avec : Viveik Kalra, Hayley Atwell, Rob Brydon, Kulvinder Ghir, Nell Williams
  • Distributeur : UGC Distribution
  • Genre : Comédie dramatique
  • Nationalité : Royaume-Uni
  • Durée : 117 minutes
  • Date de sortie : 11 septembre 2019

Un parcours initiatique déjà vu

 

image critique music of my life
Bon sang, que c’est gnangnan.

Music of my Life, c’est typiquement le genre de film qu’on peut qualifier de vite vu, vite oublié. Non que le métrage soit mauvais ou que les acteurs fassent mal leur travail, c’est juste qu’il n’y a jamais de grain de folie ou de réelle audace dans la narration. Par conséquent, on suit sans déplaisir le parcours initiatique de Javed, mais émotionnellement l’encéphalogramme a tendance à rester plat. À l’image d’un autre film du genre, Yesterday de Danny Boyle, sorti quelques mois plus tôt, on a l’impression que la seule originalité de Music of my Life est de ponctuer son récit par des chansons d’auteurs célèbres, les Beatles pour le premier et Bruce Springsteen pour le second. Le tout servant dans les deux cas un récit trop naïf et sans surprise. C’est dommage car, contrairement au film de Danny Boyle où les musiques ne servaient que de toile de fond, elles s’intègrent ici parfaitement au récit et le font avancer par le biais de chorégraphies dignes de Bollywood.

En outre certaines fulgurances de réalisation émergent parfois dans Music of my Life. Comme la séquence sous la tempête (qui a effectivement causé des ravages en Grande-Bretagne durant le mois d’octobre 1987) où Javed après avoir touché le fond, subit une révélation en écoutant Dancing in the Dark puis Promised Land. Sans doute le plus intéressant moment d’un film qui en compte finalement fort peu, et échoue carrément à d’autres occasions. Comme lors du passage où Javed accompagné de son ami Roops et sa copine Eliza parcourent Londres en chantant. Là, ce n’est ni drôle, ni touchant mais juste un peu ridicule. Si ne pas avoir engagé de chanteurs et de danseurs professionnels afin de préserver l’authenticité est une initiative louable, elle montre aussi ses limites dans cette séquence.

Encore un message moraliste

Si, techniquement, Music of my Life possède ses bons et mauvais moments, et s’avère scénaristiquement convenu, on peut affirmer en revanche que le sous-texte social est lui clairement affirmé. À vrai dire, on se demande si, à l’heure où le Royaume-Uni subit une grave crise politique avec le Brexit, ce film ne serait pas un pamphlet idéologique destiné à nous avertir qu’un retour en arrière, tant d’un point de vue social qu’économique, est à prévoir si le pays continue sur cette voie (surtout en cas du fameux No Deal). Le parallèle avec le racisme et le chômage qu’ont subi les immigrés pakistanais (ainsi qu’afghans et indiens) durant la troisième phase des années Thatcher a beau être réaliste, elle n’en est pas moins très partisane et accumule les clichés. La petite amie gauchiste du héros est un modèle de tolérance, tandis que les parents de cette dernière sont des bourgeois coincés qu’on croirait sortis d’un sketch des Inconnus. La famille du héros vit au quotidien selon leurs propres codes, et non celui de leur pays d’accueil. Et comment les en blâmer vu qu’apparemment la seule chose que la perfide Albion leur offre en retour de leur dévouement, c’est des skinheads et des emplois précaires. Un peu gros.

Heureusement, il y a Bruce Springsteen qui, grâce à la puissance de ses mots, va encourager chacun à devenir meilleur, le tout estampillé du label « histoire vraie ». Lequel achèvera de convaincre les plus réticents que les bons sentiments suffisent souvent à tout arranger, y compris en résolvant en une dizaine de minutes le cœur dramaturgique de Music of my Life, le conflit à la fois générationnel et culturel que Javed entretient avec son père (touchant Kulvinder Ghir).

Un film dispensable

En conclusion, on peut dire que le nouveau film de la réalisatrice Gurinder Chadha (Joue-la comme Beckham et Coup de Foudre à Bollywood, entre autres) ne constituera pas un événement marquant dans sa carrière. Si la direction d’acteurs est correcte, en particulier pour le personnage principal, et la réalisation inspirée par moment, tout cela reste dans des normes quelques peu poussives qui ne parviennent jamais à faire réellement décoller le film. Ajoutons à cela un sous-texte guimauve et trop engagé politiquement. À l’heure où les peuples apprécient de moins en moins que la cinéma et les médias leur expliquent quoi penser et quoi dire, il est peu probable que Music of my Life connaisse un grand succès en salle. À trop vouloir sacrifier l’intégrité et l’innovation artistique au profit du politiquement correct, on ne peut que s’en réjouir.

4/10

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