article coup de coeur

[Test] Deadly Premonition Origins : du David Lynch dans votre Switch

Caractéristiques

    • Nintendo Switch
  • Développeur : Toybox
  • Editeur : Toybox
  • Date de sortie : 5 septembre 2019
  • Acheter : Cliquez ici

Le retour inespéré d’un jeu devenu culte

 

image test deadly origins premonition
York va vivre une enquête mouvementée…

Que ce soit côté cinéma, littérature ou jeu vidéo, l’aventure Culturellement Vôtre n’existe que dans l’espoir de nous frotter à des productions bizarroïdes, marginales. Certes, l’actualité nous pousse à souvent nous concentrer sur elle, plus qu’on ne le voudrait soit écrit entre nous, mais on ne refuse jamais le hors piste. Le récent exemple de Gun Gun Pixies, ou encore celui de Earth Defense Force : Iron Rain, existent pour le rappeler. Parce qu’on aime ce qui nous sort de nos certitudes, bouscule nos conventions. Un jeu comme Deadly Premonition, paru en 2010 sur Xbox 360, fait partie de ces softs qui nous ont durablement marqué, voire même que l’on peut qualifier de culte. Fruit du travail d’un petit studio, Access Games (Toybox s’est chargé du portage) et d’un game designer (Hidetaka « SWERY » Suehiro) doué, mais malheureusement un peu porté disparu depuis qu’il a dû faire face à un grave problème d’hypoglycémie réactive, le jeu est revenu sur Nintendo Switch, à la surprise générale.

Et désormais, Deadly Premonition est sous-titré Origins. Mais au-delà de cette idée malicieusement marketing, histoire de préparer le terrain au diablement attendu Deadly Premonition 2 : A Blessing in Disguise, sachez qu’il s’agit, en fait, de la version Xbox 360, ni plus ni moins. Les fans hardcore de ce titre pousseront un ouf de soulagement, tant l’on se souvient de la médiocrité du Director’s Cut sorti sur PlayStation 3, lequel ramait plus qu’un pratiquant d’aviron. Et n’attendez aucun bonus : il s’agit réellement d’un portage discipliné, sans aucune modification dans l’histoire, le contenu. Vous êtes prévenus, même si c’est assez jouissif de pouvoir y jouer en nomade…

Rappelons pourquoi Deadly Premonition a fait date, du moins selon nous. C’est principalement grâce à son univers, très clairement pensé comme un hommage non seulement à David Lynch, mais aussi au cinéma de série B, le film noir, ce genre de références qui nous plaisent particulièrement. Si l’on vous dit que le récit débute par la découverte du cadavre d’une jeune fille blonde. Qu’un agent du FBI, ici Francis York Morgan, se rend sur place, dans la petite ville de Greenvale, où tous les habitants peuvent être suspectés. Ajoutons que York aime particulièrement le café, et qu’il se réfère souvent à une personne que l’on ne perçoit pas, ici Zach. Le tout baigné dans une atmosphère qui joue habilement avec les ambiances sonores, les musiques, comme pour désamorcer ce qui semble trop évident, et l’on obtient clairement un hommage à Twin Peaks.

Twin Peaks, comme une évidence

image gameplay deadly premonition origins
L’ambiance des phases de shoot fait très Silent Hill.

Si vous n’aviez pas découvert le jeu à l’époque de sa première sortie, Deadly Premonition Origins va vous remuer. Son scénario se veut à la fois sombre, cruel, parfois nappé d’un humour noir très inhabituel. Aussi, le doute constant quant à la santé mentale de York nous plonge dans une insécurité constante, et provoque des phases de tir à la prise en mains moins difficile que redouté, dans un rendu qui nous rappelle les dimensions parallèles de Silent Hill. Ajoutons que le studio Access Games a décidé d’aller au bout de leur concept, en créant non seulement Greenvale, mais aussi tous ses alentours : il faudra conduire une fichue savonnette bagnole de police, et s’attendre à quelques activités annexes, comme la recherche des cartes de personnage, le jeu de fléchette, la pêche, ou encore les courses. C’est assez incroyable que de se rendre compte que ce mélange totalement maboule fonctionne toujours aussi bien. Il se dégage de ce soft un charme étrange, très actif, que seuls les bons kusoge (ces mauvais jeux qui, parfois, peuvent devenir éminemment sympathiques) peuvent dégager. Ce monde ouvert laisse parfois place à des phases d’enquête, pendant lesquelles il faut réunir des preuves, afin de lancer une action de profilage. Cette générosité de mécaniques produit une véritable richesse dans le contenu.

Par contre, attendez-vous à halluciner devant des tares hallucinantes. C’est ici que l’on commencera à émettre quelques regrets : Deadly Premonition Origins n’améliore absolument rien du jeu justement d’origine. Ce qui justifie peut-être le sous-titre, ouaaah l’épiphanie. Bref, il y a tout de même des éléments fichtrement rageants. Le plus énervant, c’est cette fichue carte de Greenvale, tout simplement inapte à l’usage : elle tourne dans tous les sens, atteindre un objectif en voiture devient vite une épreuve pour les nerfs. Et devoir passer par les menus pour l’utiliser, une vraie perte de temps (c’était le seul bienfait du Director’s Cut : l’afficher pendant le gameplay). La caisse, justement, reste cet instrument de torture qui ne cesse de vous tourmenter. Tourner s’avère un supplice, et on a parfois des bugs de collisions incroyables, comme ce pont qu’il nous a fallu contourner, puisqu’une sorte de mur invisible nous empêchait de le traverser. Par contre, on continue de trouver les phases de shoot pas aussi catastrophiques que ce que la critique a remonté, en 2010. Oui, le viseur laser est une idée à double tranchant, oui York est lourd dans ses déplacements. Mais, du coup, on apprécie de le maitriser, et d’enchainer les headshots. Rappelons aussi que l’argent récupéré ici ou là, et sous forme de salaire, permet toujours d’acheter différents objets afin de combattre le sommeil, la faim, ou de se soigner.

On a pris un sacré plaisir à boucler Deadly Premonition Origins, parce qu’il nous pousse à accepter certains défauts pour que des qualités puissent s’exprimer. Par contre, on se doit de fustiger des bugs audios qui n’existaient pas dans le soft d’origine. Ils se déclarent pendant les phases de conduite : les discussions déclenchées, très importantes, non pas pour le récit mais afin de savourer l’ambiance (ah, les croustillantes références au cinéma, comme le monologue sur The Deadly Spawn), peuvent parfois disparaître. On vous conseille, d’ailleurs, de ne jamais mettre sur pause pendant ces discours soignés, que vous vous en voudrez de louper. Quelques bruitages prennent aussi la poudre d’escampette, mais c’est moins grave, et relancer la sauvegarde règle le souci. Mais soyez rassurés : un patch va arriver prochainement, ce qui devrait régler en priorité ce souci. Sinon, côté technique, c’est tout à fait digne de la toute première édition : les textures sont vieillottes, le framerate toussote, mais on est tout de même séduit par la direction artistique. Laquelle distille la dose de bizarrerie dont le titre a forcément besoin. Signalons que l’ensemble est sous-titré en français, ce qui est toujours une bonne chose malgré une bonne dose de coquilles.

Note : 14/20

Si vous êtes du genre gamer curieux, attiré par les productions marginales, parfois culte comme c’est le cas ici, alors Deadly Premonition Origins est carrément un indispensable de votre ludothèque. D’ailleurs, phénomène original, le jeu a beau ne pas atteindre des sommets en terme de note, il se voit tout de même accompagné de notre signalétique Coup de cœur. Car oui, le jeu est laid, le gameplay des phases de bagnole s’avère catastrophique, et ce portage provoque de nouveaux bugs sonores. Mais cela n’est rien comparé au trip lynchien qu’il propose. Ce n’est presque que du détail face à cette ambiance succulente, étrange comme rarement, qui née d’un mélange de mécaniques et d’atmosphère plus intelligent qu’il n’y paraît au premier abord. Voilà typiquement le genre de jeu qui nous rappelle que cette industrie a su se draper de courage, il n’y a pas si longtemps, quand on laissait de la liberté aux productions vidéoludiques japonaises. Aller, rendez-vous est pris avec la suite !

Auteur

  • Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015. Manque clairement de sommeil.

7/10

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